Le Sahel

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L'air du temps


assane-soumanaC'est le cas surtout à Niamey où il est fréquent de voir les élèves venir à l'école le matin pour rebrousser chemin, quelques minutes seulement après. Et quand vous leur demandez la raison de ce remue-ménage, ils vous répondront simplement : ''on a sifflé''... Sur le motif, ils n'en savent rien. L'occasion faisant le larron, personne ne se soucie de savoir pourquoi ce ''on'' a pris sur lui la fatidique décision de siffler pour perturber les cours. En revanche, le message véhiculé par le strident coup de sifflet est très clair dans toutes les têtes : quand ''on siffle'', tout le monde rentre à la maison !
Les temps sont vraiment révolus ! On se rappelle qu'à une certaine époque lointaine, seul le ''mauvais élève'' commet le ''péché'' de sécher les cours. Et pour ça, il fallait se soumettre à l'épreuve pas trop plaisante de l'école buissonnière, car il doit se planquer dans les buissons ou se percher sur un arbre en attendant l'heure de la descente.
A cette époque-là, pour déclencher un mouvement dans les écoles, les dirigeants des associations scolaires avaient besoin de trouver un bon prétexte soutenu par des arguments solides pour convaincre les camarades à suivre le mot d'ordre de grève. Aussi, il fallait tenir des AG au cours desquelles les idées se frottaient et s'entrechoquaient, donnant ainsi lieu à de longues heures de débat contradictoire. Et ceux qui ont connu cette époque se rappelleront que pour conduire la troupe dans un mouvement, il faut s'appuyer sur une plate-forme revendicative couchée noir sur blanc et soumise aux autorités compétentes. Et même là, il y avait un ultimatum !...
Mais de nos jours, tout est si facile. Un seul coup de sifflet suffit pour déclencher une grève. Il se trouve que cette jeune génération est gagnée par une certaine lassitude. Avec cet effet de baguette magique que le sifflet exerce sur les élèves en mal de désertion des classes, nous disons qu'il y a péril en la demeure. Imaginez un seul instant ce qui va se passer quand, dans une école, le fameux sifflet magique arrive à tomber dans les mains du plus paresseux et récalcitrant des élèves. Scénario catastrophe !...Et pourtant, c'est très souvent le cas. Voilà, entre autres, une des causes de la décadence de l'école publique nigérienne. Cette dernière mérite d'être sauvée...
Assane Soumana(onep)
02/11/18

Publié dans L'air du temps
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