Le Sahel

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Le ministre d'Etat Mohamed Bazoum sur TV5 Afrique: «Nous ne sommes pas prêts à ce qu'on nous donne des leçons (...), il est plus aisé de faire des critiques que de penser aux problèmes auxquels nous sommes confrontés», estime Mohamed Bazoum


BazoumEn marge de sa participation à la réunion des ministres de l'Intérieur des pays du G7, sur la lutte contre le terrorisme et la migration, le ministre d'Etat, en charge de l'Intérieur, M. Mohamed Bazoum, candidat investi du PNDS-Tarayya, pour les présidentielles de 2021, a accordé, le 4 avril dernier, un entretien à la chaîne française TV5 monde. Dans le franc-parler, qu'on lui reconnaît, le candidat Mohamed Bazoum a répondu aux nombreuses questions relatives notamment à son investiture par son parti, à la question sécuritaire, à l'uranium, à la coopération militaire. Nous vous proposons l'essentiel de cette interview accordée à la télévision TV5 monde.

Bonsoir Monsieur le ministre. Vous êtes candidat du parti au pouvoir. On s'organise très tôt dans le camp du pouvoir. Pourquoi ?
Ooof, c'est un agenda qui nous aura été imposé par quelques soucis que nous avons eus dans la gestion des préparatifs de la campagne. Evidemment, dans des circonstances ordinaires, nous aurions envisagé les choses un peu plus tard....

Quels sont ces soucis de préparations dont vous parlez ?
Nous avons besoin de définir un cap très tôt et de créer les conditions d'une bonne cohésion au sein de notre parti. Cela nous a paru passer par une décision comme celle que nous venons de prendre. Celle d'annoncer qui va être notre candidat et de nous préparer en conséquence. Cela ne veut pas dire que nous entrerions en campagne aussitôt et que nous ferions comme si nous avons devant nous deux années pour faire la campagne. Non ! Nous allons commencer mais ça va être très progressif en vérité.

Est-ce-ce que à votre désignation, à deux ans des présidentielles, est-ce que c'est pour ainsi mettre fin à des querelles de succession qui se jouaient ?
Oui ! C'est aussi pour que nous créions les conditions d'une plus grande cohésion, au sein de notre parti politique.
Pourquoi avez-vous été choisi ?
Ha ! çà c'est une question qu'il fallait poser à quelqu'un d'autre, pas à moi. Je constate seulement que je suis président du parti, j'ai été élu à la tête de ce parti, deux fois de suite. Cela peut être considéré par les militants comme une base de légitimité, à partir de laquelle, on peut considérer que je peux être le candidat naturel du parti.

Parlons maintenant d'un gros dossier, celui de l'uranium. Le Niger est 4ème producteur mondial, poste très important dans les ressources du pays. Dans votre programme est-il prévu de renégocier le contrat avec les français d'Areva ?
Madame, l'uranium aujourd'hui c'est autre chose! Depuis l'accident de
Fukushima, au Japon en 2011, le prix de l'uranium a tout simplement sombré, et donc plus personne n'achète de l'uranium et les quantités que nous pourrions produire, n'auraient même pas de
preneurs. Tous les pays qui utilisent cette énergie, ont
annoncé des programmes soient de renoncement, soit de réduction. L'uranium malheureusement aujourd'hui c'est aussi çà.

C'est un poste important dans le budget du Niger ?
Non, pas du tout. Çà ne représente absolument pas grand-chose. Juste, quelques recettes fiscales, tout à fait dérisoires. Aujourd'hui l'uranium c'est un mythe pour l'économie du Niger depuis 2011, plus qu'avant. Même auparavant ce n'étais pas un poste aussi important qu'on l'aurait cru.
Parce que beaucoup dénoncent le prix de vente qui sont beaucoup trop bas, par rapport à d'autres pays producteurs d'uranium. C'est une réalité çà. Est-ce-que vous allez y remédier ?
Non ! Non ! Non ! Malheureusement ce n'est pas vrai, de penser que le Niger, du fait de sa relation avec la France, vendrait son uranium à un prix moindre que sur le marché international. Il y a un marché spot. Il était loisible pour le Niger de le vendre sur ce marché spot. Sauf que l'uranium ce n'est pas du riz, ou ces genres de choses qu'on peut vendre sur le marché, parce qu'il y a des acquéreurs. Les acquéreurs ici sont rares. Nous avons une politique d'établissement de prix, à terme, avec Areva, qui enlève sa part mais aussi qui enlève la part du Niger. Mais là, la part du Niger c'est 30% de la production. Il était donc loisible au Niger de la vendre à qui veut l'acheter.

Si je comprends bien, l'uranium n'est plus une priorité pour le Niger ?
Non ! L'uranium n'est pas déterminant dans l'économie du Niger et nous n'envisageons pas l'avenir de l'économie de notre pays à partir du prix de l'uranium.

Une dernière question, tout de même à ce sujet. Il y a plusieurs enquêtes, dont celle de Médiapart, qui abordent les conséquences désastreuses de l'extraction de l'uranium sur les populations d'Arlit notamment. Comment vous règlerez cette situation, si vous deveniez président ?
Nous la réglerons avec les conditions que nous avons définies avec nos partenaires. C'est vrai l'uranium c'est une matière qui comporte une certaine forme de dangerosité. Son exploitation, dans certaines conditions, peut présenter un certain nombre de risques. Des mesures sont prises pour prévenir les dangers en question. Aujourd'hui, nous sommes à la fin d'une exploitation d'une mine, qui est la mine de Cominak, on va envisager sa fermeture et il y a un cahier de charge à cet effet, qui va être respecté par nos partenaires, dans l'exploitation de ce produit.

Un autre défi pour le Niger, c'est la lutte contre le terrorisme. La situation sécuritaire se dégrade au Mali, au Burkina Faso. Maintenant le conflit se communautarise. Est-ce-que demain le Niger ne sera pas le prochain foyer de tensions ?
Non ! S'il devait être un foyer de tensions, il l'aurait déjà été. Parce que c'est depuis 2012, car c'est à notre frontière, très proche du Mali que ces évènements se passent sans qu'ils aient pu s'étendre sur le Niger. Nous avons une forme de gouvernance qui nous met à l'abri des risques de ce genre-là. Je ne vois pas comment il peut être possible que ce qui se passe au Mali ou au Burkina puissent nous atteindre et qu'il peut y avoir des risques de conflits intercommunautaires. Non ! Cela ne nous parait pas envisageable au Niger.
Mais, comment enrayer cette vague ?
Au Mali et au Burkina, il faut prévoir une gouvernance qui prévienne ce genre de situation. Il faut régler les cas qui se posent déjà, il faut affirmer l'autorité de l'Etat, il faut clairement faire en sorte que le monopole de la violence légitime reste l'apanage exclusif de l'Etat, il faut que l'Etat ait le crédibilité qu'il faut pour parler aux communautés, promouvoir le dialogue entre elles et user de son autorité pour que personne n'envisage de régler des comptes à son voisin et cela au nom de quelque raison que ce soit.
En octobre 2017, un attentat contre des soldats américains, révèlait l'ampleur de la présence américaine au Niger. Une base de drones est en cours de construction. Qu'est-ce-que gagne dans tout çà le Niger, avec cette base, avec cette présence américaine ?
Ce n'était pas un attentat. C'était bien plus que cela. C'était une agression...
Dans nos relations avec nos partenaires, nous gagnons des informations précieuses. Si nous vivons en paix aujourd'hui, malgré le fait que nous ayons des foyers d'insécurité à nos frontières, c'est aussi, en partie, dû à la coopération que nous entretenons avec les partenaires. Nous n'avons pas livré notre territoire,.....
C'est comme si vous sous-traitez votre souveraineté nationale ?
Non ! Nous ne la sous traitons pas. Ce sont nos militaires qui assurent la sécurité dans notre pays. Mais en amont, il y a des renseignements qui sont importants. Nous avons aussi beaucoup d'autres avantages en termes d'acquisition des moyens, dans le cadre justement de cette coopération. Personne ne se soucie de notre sécurité plus que nous. Nous ne sommes pas prêts à ce qu'on nous donne des leçons, parce que tout simplement, il est plus aisé de faire des critiques de ce genre que de penser aux problèmes auxquels nous sommes confrontés.
Script : Mahamadou Diallo (ONEP)
(09/04/2019)

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