Le Sahel

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Analyse : Les effets des changements climatiques au Niger : signes et conséquences



repIntroduction
Le changement climatique ou changement global est un phénomène d'augmentation des températures moyennes des océans et de l'atmosphère, au niveau planétaire, depuis une soixantaine d'années. Le réchauffement global du climat est une réalité mise en évidence par les résultats des nombreuses investigations scientifiques menées sur cette thématique. Sur la base des divers paramètres météorologiques, il est établi que la tendance au réchauffement climatique enregistrée au cours des cinquante dernières années (de1956 à 2005) équivaut presque à deux fois celle observée sur un siècle (de 1906 à 2005) (Programme d'Action National pour l'Adaptation (PANA), 2006).
En effet, le changement climatique est un problème dans lequel chacun de nous contribue à travers nos activités quotidiennes nécessitant l'utilisation de combustibles fossiles entraînant le rejet de dioxyde de carbone (CO2), l'un des principaux gaz à effet de serre qui causent le changement climatique.
Les scénarios climatiques générés au niveau des neuf principales stations synoptiques du pays (Agadez, Birni N'Konni, Gaya, Mainé Soroa, Maradi, Niamey, Tahoua, Tillabéri, Zinder) montrent que les températures maximales et minimales seront à la hausse.
En ce qui concerne la pluviométrie, les précipitations moyennes mensuelles connaîtront à l'horizon 2025 une augmentation par rapport à la normale sur la période 1961-1990, sauf les stations de Tillabéri et de Niamey qui connaîtront une diminution. Le présent document traite les effets néfastes, les signes et les conséquences des Changements Climatiques au Niger.
I. Signes du Changements Climatiques au Niger
Les signes du réchauffement climatique sont incontestables. On peut citer entre autres la hausse de température, la mauvaise répartition spatio-temporelle de la pluviométrie annuelle, la fréquence plus élevée des tempêtes violentes, le dérèglement climatique, la multiplication des catastrophes naturelles, la modification de la répartition géographique de la faune et de la flore, l'apparition des maladies dites climato-sensibles. Ainsi, selon les résultats d'analyse des différents paramètres météorologiques par l'équipe du Programme d'Action National pour l'Adaptation (PANA), il ressort qu'au niveau de la majorité des stations météorologiques:
Hausse de Température : Il se dégage qu'en 2025, la température moyenne mensuelle connaîtra une très légère augmentation par rapport à la normale sur la période 1961-1990, à l'exception des stations de Bilma et de Gaya. Cependant, les augmentations deviendront assez significatives pendant la saison des pluies ; par exemple : 2,9°C en Juillet et 3,1°C en Août à Maradi ; 2,8°C en Juillet et 2,9°C en Août à Magaria. L'augmentation moyenne mensuelle la plus importante qui est de 3,1°C, sera enregistrée à Maradi à l'extrême centre sud du pays. Cette variation de la température, qui est très rapide, comparativement aux changements déjà arrivés sur Terre de façon naturelle, entraîne le changement climatique. Son augmentation pourrait accentuer l'évaporation des points d'eau de surface et diminuer ainsi la qualité et la quantité de ces eaux.
Mauvaise répartition spatio-temporelle de la pluviométrie annuelle
La pluviométrie est caractérisée par une forte variation dans l'espace et dans le temps. En effet, depuis le début des années 70, on observe une baisse de la pluviométrie qui se traduit par une migration des isohyètes vers le Sud. D'après le PANA, le scénario humide projette une augmentation moyenne des précipitations par rapport à la période de référence 1961-1990 allant de moins de 10% à Niamey jusqu'à près de 90% à Agadez. Quant au scénario sec, il projette une augmentation des précipitations de 25% à Agadez, mais une faible diminution de l'ordre de 10% à Niamey et Tillabéri. L'augmentation moyenne mensuelle la plus importante qui est de 10 mm, sera enregistrée à Magaria à l'extrême centre sud du pays.
Fréquence plus élevée des tempêtes violentes
La fréquence plus élevée des tempêtes violentes a des impacts sur les vies humaines, les plantes et les animaux. Parfois, on peut observer des vents maximums instantanés (rafales) avec des vitesses supérieures à 40 m/s lors du passage des lignes de grains se déplaçant d'Est en Ouest. Aussi, des tempêtes violentes sont observées sur le pays dans le nord provoquant souvent des pannes de courant pendant de longues périodes, réduisant la circulation automobile et endommageant certaines infras- tructures.

Multiplication des catastrophes naturelles
La multiplication et/ou l'intensification ces dernières années des catastrophes naturelles liées au climat, comme les inondations, la sécheresse, les incendies de forêt, etc. rendent encore plus vulnérables les populations et freinent ainsi le développement du pays.
Modification de la répartition géographique de la faune et de la flore
Des constats montrent que certaines espèces animales et végétales ont tendance à migrer vers des zones plus favorables à leur développement. Egalement des floraisons précoces et des périodes plus longues de croissance des plantes et de reproduction des animaux au niveau de certaines zones du pays, une migration en latitude et en altitude des plantes, des poissons, des oiseaux et des insectes.

II. Conséquences du Changements Climatiques au Niger
Conséquences environnementales
Les secteurs les plus affectés au Niger sont notamment les ressources forestières, les ressources en eau, les ressources fauniques, la pêche, et les zones humides.

2.1.1. Ressources en eau
Les ressources en eau ont subi au cours des trente dernières années les effets pervers des changements climatiques notamment des multiples sécheresses. En effet, la sensibilité des ressources en eau de surface aux variabilités climatiques a été mise en évidence en utilisant les indices de débits du Fleuve Niger à Niamey, de la Komadougou Yobé à Bagara, du Goulbi de Maradi à Nielloua.
La force du débit des eaux de ruissellement durant les pluies diluviennes érode considérablement les sols. Les eaux emportent dans les lits des cours d'eau des quantités importantes de sable d'où l'ensablement des cours d'eau dont le plus préoccupant à l'heure actuelle est celui du fleuve Niger (PANA, 2006).

2.1.2. Ressources végétales
Les superficies forestières d'environ 338.180 ha sont perdues du fait des sécheresses de 1968, 1973, 1977, 1985 et 2004 et par bien d'autres facteurs anthropiques et des variations climatiques ; environ 100.000 à 120.000 ha de superficies forestières disparaissent chaque année, (PANA, 2006).
Les inondations, les pluies diluviennes et les crues occasionnent des pertes d'espèces végétales ligneuses et herbacées. Elles contribuent à la mort prématurée de certaines espèces et provoquent le faible développement des espèces fourragères.
Les vents violents accompagnant souvent les lignes de grains orageuses occasionnent le plus souvent des dégâts sur les forêts, la végétation et les sols.

2.1.3. Ressources faunique
Parmi les variations climatiques la baisse de la pluviométrie, est l'un des principaux facteurs de dégradation des habitats et de diminution de la diversité biologique. Mais aussi les inondations et les hautes températures provoquent les mêmes effets sur la faune. Les feux de brousse quant à eux détruisent la faune et son habitat et entraînent une érosion génétique des espèces fauniques. Les hautes températures provoquent la mort des animaux et ralentissent la reproduction de certaines espèces comme les reptiles et les oiseaux. Elles contribuent à la disparition des espèces aquatiques à travers l'assèchement des points d'eau.

2.1.4. Pêche
Les phénomènes climatiques extrêmes en particulier la sécheresse ont contribué à l'assèchement des points d'eau, donc à une diminution de la production piscicole et a ensuite provoqué une baisse des revenus des pêcheurs.
L'ensablement des points d'eau de surface occasionné à long terme par les pluies diluviennes et l'élévation de l'évaporation due aux fortes températures, contribuent à la baisse de la production piscicole.

2.1.5. Zones Humides
Tout comme les actions dévastatrices de l'homme sur les ressources naturelles (surexploitation, ensablement, culture...), les sécheresses constituent un des ennemis redoutables des zones humides. De 1974 à 2004, le Niger a connu des pertes énormes de cette richesse écologique. En effet, si certains plans d'eau se sont évaporés, d'autres se sont retirées totalement du Niger à une certaine époque comme c'est le cas du lac Tchad sous l'effet persistant des années successives de sécheresses. Les inondations/pluies diluviennes ou crues provoquent le débordement des Zones Humides avec la destruction des infrastructures en aval et les hautes températures engendrent le dessèchement de ces zones humides.

2.2. Conséquences socio-économiques
2.2.1. Agriculture
La question de la sécurité alimentaire apparait comme un grand défi, compte tenu des nombreux risques climatiques notamment la sécheresse, l'inondation et la modification des régimes de précipitations. Les précipitations n'ont cessé de baisser le long de la bande sahélienne et le calendrier des pluies y a changé. Les conséquences en sont catastrophiques, avec une baisse importante des rendements dans la production agricole notamment les cultures vivrières (le maïs, le mil et le sorgho).
Selon le PANA, la production agricole excédentaire jusqu'au début des années 70, ne couvrait à la fin des années 80 que 86% des besoins alimentaires pour devenir structurellement déficitaire de nos jours à cause principalement du dérèglement climatique dont entre autres les sécheresses. Il a été remarqué que le bilan céréalier a été particulièrement négatif de 1989 à 1996. Aussi, les inondations tout comme les sécheresses influencent de façon négative l'agriculture. Pour l'année 1998 par exemple, ce sont 588 ha de rizières, 8608 ha de champs de mil et 203 vergers qui ont été endommagés au Niger.
2.2.2. Santé
Au Niger, les impacts des changements climatiques sur la santé concernent essentiellement les maladies climato-sensibles tel que le paludisme, la méningite et la rougeole (PN/CC, 2012). En effet, la sécheresse, jointe aux hautes températures, accentue certaines maladies comme la rougeole tandis que les fortes pluies et les inondations quant à elles, favorisent la prolifération de certaines maladies à caractère endémique dont la plus dangereuse reste le paludisme. Les tempêtes de sable et/ou de poussière, combinées aux extrêmes de certaines variables climatiques telles que la température et l'humidité relative de l'air accentuent considérablement certaines maladies respiratoires et causent des irritations des yeux. Elles peuvent être associées aussi à la propagation de la méningite.
Sur le plan nutritionnel, la sécheresse a pour conséquence la famine qui constitue certainement une des causes de la malnutrition et de la fragilité de certains groupes vulnérables qui sont les femmes enceintes, allaitantes et les enfants.

2.2.3. Elevage
Les conséquences des changements climatiques sur l'élevage sont étroitement liées à la sensibilité et à la vulnérabilité des systèmes d'élevage (CNEDD/ UNCP-AAP/Niger, 2011). Ainsi, selon le PANA (2006), les années de sécheresse ont occasionné des pertes énormes sur le cheptel alors que la contribution de l'élevage s'élevait à 10 % du PIB en 2003. En effet, ce dernier a été décimé à plus de 50%. Chez les ovins 5.04% de pertes ont été enregistrées contre 21.92% chez les caprins en 1974. En 1984, les pertes à la première année qui suit la sécheresse se sont élevées à 33% chez les caprins et 35% chez les ovins. Les caprins semblent donc plus résistants. Les camelins ont enregistré les taux de perte les plus bas : 17.48% en 1974 et 19% en 1984.
Quant aux inondations, selon le bilan des dégâts publiés par le SAP/GC dans son bulletin n° 37, 2005 sur l'ensemble du pays a causé la mort de 7798 têtes de bétail.
En matière d'exposition aux maladies animales, l'augmentation de la température va engendrer une redistribution géographique de certaines maladies infectieuses à vecteur notamment la fièvre de la vallée du Rift, la fièvre catarrhale du mouton et le virus du Nil occidental vers des altitudes et sous des latitudes plus élevées.

2.2.4. Flux migratoires
Au Niger, les migrations peuvent être liées aux conséquences des changements climatiques. En effet, les baisses des productions agricoles constatées, la diminution voire même la disparition du cheptel dans certaines localités contraignent les populations à migrer vers les grandes villes ou vers des pays étrangers dans l'espoir de trouver des endroits plus cléments pour leur subsistance.

2.2.5. Energie
Les changements climatiques causent d'énormes conséquences sur le secteur d'énergie au Niger et se traduisent non seulement par les manifestations de vents violents qui entrainent des risques de chute des pylônes et câbles provoquant ainsi la rupture du courant électrique mais, aussi par les fortes pluies qui érodent les fondations des pylônes causant ainsi des dégâts importants sur le réseau de transport et de distribution.

2.2.6. Transport
Les infrastructures routières sont directement touchées par les conditions météorologiques (les précipitations, les températures et rayonnements, les vents et pression atmosphérique) du siècle, qu'il s'agit de conditions moyennes ou extrêmes. Ces conditions ont un impact sur les performances structurelles et fonctionnelles des chaussées, sur les matériaux, sur le choix du tracé des routes etc. Ce fait a des conséquences marquées sur la sécurité des usagers, la durée de vie des revêtements etc.

2.2.7. Risques des catastrophes naturelles
Le Niger, à l'instar des autres pays du monde subit de plein fouet les impacts économiques des catastrophes à la limite insupportables pourr les populations qui sont particulièrement vulnérables aux catastrophes d'ordre climatique aggravées par la variabilité et les changements climatiques de ces dernières décennies (SRRC, 2016).
Il s'agit principalement des inondations, sécheresses, invasion des ennemis des cultures, épidémies, épizooties, feux de brousse, tempêtes qui affectent une franche importante de la population et du cheptel. Du fait de leurs impacts négatifs sur les systèmes de productions et les moyens d'existence, ils sont classés parmi les facteurs causaux fondamentaux de la vulnérabilité des populations à l'insécurité alimentaire et nutritionnelle. Notamment, le secteur agricole, poumon de l'économie nationale est soumis à l'adversité de ces aléas climatiques.
Les inondations sont devenues de plus en plus fréquentes avec des multiples conséquences sur la vie des populations et leurs moyens d'existence. En plus des pertes en vies humaines, les inondations engendrent d'énormes pertes économiques avec des dommages chiffrés à plusieurs dizaines de milliards de Francs CFA (PA-SRRC 2016-2020, 2015).
Conclusion
Au Niger, les effets du changement climatique sont néfastes et variés. En effet, ces derniers affectent non seulement l'Environnement mais aussi tous les secteurs socio-économiques. Les secteurs les plus touchés par ce phénomène sont l'agriculture, la santé, l'élevage, l'énergie et le transport constituant ainsi une entrave au développement du pays.
Eu égard à cette situation, il est impératif de prendre en compte les effets du changement climatique dans tous les secteurs de développement afin de mieux appréhender des stratégies d'adaptation pour améliorer la résilience.

Références bibliographiques

Cellule de Coordination du Système d'Alerte Précoce et de Prévention des Catastrophes (CC/SAP/PC), 2016. Le Plan d'actions pour la mise en œuvre de la stratégie de réduction des risques des catastrophes (2016-2020), 20 p.
Cellule de Coordination du Système d'Alerte Précoce et de Prévention des Catastrophes (CC/SAP/PC), 2016. Stratégie Nationale de réduction des risques des catastrophes, 36 p.
Centre Régional AGRHYMET, 2010. Le Sahel face aux changements climatiques : Enjeux pour un développement durable. Numéro spécial, Niamey, Niger, 42p.
CNEDD, 2007. Seconde communication à la convention cadre des nations unies sur le changement climatique : Evaluation nationale de la vulnérabilité et de l'adaptation aux changements climatiques, version provisoire, Niamey, Niger. 66 pages.
Ministère de l'Elevage, 2016. Etude de l'intégration des changementsclimatiques dans le secteur de l'élevage au Niger, 123 p.
CNEDD/UNC/AAP/Niger, 2011. Impact des Changements Climatiques sur le sous-secteur de l'élevage. Rapport provisoire, 61 p.
CNEDD/FEM/PNUD, 2012. Politique Nationale en matière de ChangementsClimatiques (PNLCC). Rapport final, 54 p.
CNEDD/PNUD, 2006. Programme d'Action National pour l'Adaptation aux changements climatiques. Rapport final, 77 p.
http://www.changement-climatique.fr/signes-changement-climatique.php
Par Cdt. Moussa Bachir, Direction Générale de l'Environnement et du Développement Durable
onep
04/08/17

Société

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