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Dossier1Au-delà de la beauté artistique et visuelle, la tresse symbolise une forme d'expression pour les femmes. Elle fait partie des parures importantes de la femme africaine ; chaque modèle pratiqué traduisait l'état d'âme de la porteuse. Au Niger, les coiffures traditionnelles et modernes cohabitent bien pour la beauté de cette dernière. Elle exprimait également l'appartenance d'un individu à un groupe ethnique. Et est signe distinctif d'une ethnie ou la traduction d'un évènement dans la société : coiffure de jeune mariée, coiffure de veuve, coiffure de fête.

Lors des grands évènements culturels, notamment les festivals, les participants sont curieux de découvrir certains traits culturels de notre pays, notamment les merveilleuses tresses nigériennes ; ils restent sur leur faim. De nos jours, les coiffures de toutes les femmes dans ce genre de rencontres se valent. Une uniformité qui ne dit pas son nom. Or la coiffure est un élément culturel important dans les critères de beauté dans une société. Les anciens détenaient le code secret pour distinguer les différentes catégories de femmes dans la société.
Les tresses modernes offrent une gamme variée de modèles avec des mèches de toutes catégories qui coûtent souvent une fortune. Les coiffures traditionnelles se faisaient sur cheveux naturels, sans rajouts et étaient ornées d'or, d'argent, de cauris ou de perles. L'art de la coiffure était transmis de mère en fille et les tresses étaient un moyen de sublimer la chevelure. À cette époque, ni le tissage, ni le défrisage n'existaient pas encore. Mais, ces valeurs culturelles commencent à être rangées dans les rayons des musées du fait de l'influence occidentale.
Aujourd'hui, très peu de salons peuvent tresser nos modèles à cause du faible niveau de demandes. Les offres de services dans le domaine de la coiffure traditionnelle s'affaissent. Les jeunes femmes et les filles préfèrent se coiffer dans les salons modernes. Aux dires de Aichatou Maiga, une fille de 28 ans qui attendait impatiemment son tour chez une des nombreuses coiffeuses dans un salon de beauté de la place, « la coiffure du salon est jolie et est rapide ; les tresses traditionnelles sont dépassées maintenant; et c'est timide mais elles viennent surtout pour les petites tresses traditionnelles avec des modèles souvent compliqués, différentes des nattes grosses d'antan».
Au-delà des salons, elles sont nombreuses les femmes ménagères qui, assises dans des coins des maisons ou des hangars devant les maisons, s'adonnent à cette activité avec dextérité.

Des coiffes avec des signes distinctifs

« Il y a très longtemps de cela, la tresse était un moyen d'expression culturelle ; en effet, pendant des époques lointaines, les tresses représentent l'identité traditionnelle des populations qui la pratiquaient. La septuagénaire Kardiatou explique que, chez les Djerma sonrhaï, on reconnaît la parturiente par la coiffure qu'elle porte. Cette coiffure qui s'appelle "manga" est typiquement son¬rhaï.
Tout comme le "zoumboutou" qui est composé de deux sillons de chaque côté des oreilles. Les mèches sont ornées de colliers, une grosse crête rouge trône au milieu. Un mélange de fils rouges, de colliers, tire vers les oreilles. Le "zoumboutou" est réser¬vé aux femmes mariées. La cohabitation pacifique s'est réalisée dans le respect des identités culturelles. Depuis ces temps lointains, seule la beauté artistique inspire l'émulation entre les femmes dans la conception et la confection de leurs coiffures.
Selon elle, les tresses des nomades, notamment des touarègues, des peuhles, sont généralement couvertes de parures dorées, argentées et parsemées de col¬liers, de fines perles. Pendant la période de viduité, une veuve n'a pas le droit de se faire belle. Sa coiffure ne dépasse guère deux sillons. On remarque cette simplification de la coiffure de la veuve dans toutes les ethnies de notre pays. Chez les Kanuris, on trouve les belles ''kilayasskou'' en référence aux tresses traditionnelles de la région de Diffa. Pour dire que dans les tradi¬tions, les tresses des femmes sont aussi vieilles que les terres qui nous portent.

Une longue histoire chez la femme nigérienne.

Le langage ésotérique fait la différence entre telle coif¬fure et tel modèle. Dans notre tradition, la femme ne se tresse pas au hasard. Toute coiffure féminine a un sens bien déterminé selon l'âge de celle qui la porte. Cependant, le modè¬le varie d'une ethnie à une autre. Les tresses longues sont le trait caractéristique de la femme peulhe qui ne laisse jamais ces cheveux hirsutes. A tous moments, elle est tressée, de la tendre enfance au mariage. Comme dans toutes les eth¬nies de notre pays, la nouvelle mariée peulhe porte une tresse spéciale.
D'après Mamadou, un chef de famille, gardien des traditions, «nous voulons que nos femmes se tressent comme avant ; c'est vrai que la religion musulmane décourage certaines de ces tresses qui utilisent beaucoup de mèches, de fils et autres ajouts qui empêchent pendant les ablutions l'eau de pénétrer le dessous des cheveux. Et aussi, reconnaissons-le, c'est coûteux. Moi, j'aime bien voir une femme tressée simplement sans rajouts, ni perles. Pour certains hommes aussi, le port des foulards et du voile sont les meilleurs accessoires pour les femmes ».
Mintou Diallo, trouvée dans un salon dénommé '' Divas'' du quartier Plateau, confirme que la coiffure est l'un des artifices importants de la séduction. La chevelure a un grand pouvoir de séduction sur les hommes. Sa particularité ? elle n'attend pas que les clientes viennent vers elle ; pour cela, elle a mis en place un concept intéressant à travers sa page Facebook, où toute une gamme de modèles est présentée. Les femmes choisissent les modèles de leur choix et fixent un rendez-vous. Des nattes simples ou compliquées, elle a l'art de les réussir en un temps record (une heure à deux heures) et peut tresser trois à cinq personnes par jour. Comme conseils et astuces, Mintou invite les femmes à se tresser, car les tresses favorisent la pousse et l'entretien des cheveux. Elle déconseille aux femmes de faire les nattes trop serrées qui peuvent abimer les cheveux. Mme Soumaila, une coiffeuse spécialiste des grosses et petites tresses, fait partie de ces nombreuses femmes.
Précisément, elle fait des tresses crochets, des tresses renversées. En effet, elle se consacre depuis 2011 aux tresses qui, selon elle, offrent beaucoup d'avantages aux femmes. Elle cite entre autres la protection des cheveux, leur facile entretien puisque ces tresses peuvent durer un, deux souvent trois mois. La dame nous confie : «nous avons continué à pratiquer les tresses traditionnelles, héritées de nos parents. Mais, aujourd'hui, la demande a diminué à cause de la modernisation ; presque toutes les femmes aiment se faire coiffer dans les salons modernes. Nos clientes sont les femmes âgées et les petites filles qui connaissent la valeur de la tresse traditionnelle ; c'est une tresse qui dure et avec laquelle les cheveux ne se cassent pas. Lors des défilés de mode, les promotrices de ces évènements font recours souvent à nos services», affirme-t-elle.
Imiter les Rihanna, les Beyoncé, les Jennifer et autres n'est pas une mauvaise chose en soi, mais il faut savoir aussi garder sa propre culture. La nouvelle génération ne doit pas seulement se fier à la culture occidentale ; il existe aussi, chez nous, des pratiques importantes qu'on doit sauvegarder.
Par Aïssa Abdoulaye Alfary (ONEP)
(19/04/2019)

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