Le Ministère de la Santé Publique, appuyé par le Fonds des Nations Unies pour l'Enfance (Unicef), a organisé, du 15 au 24 novembre dernier, une mission-terrain de reportage, à l'intérieur du pays, avec la presse nationale, sur le sujet relatif à la transmission mère-enfant du virus du sida. La mission, constituée d'une équipe de l'ORTN et de l'Office National d'Edition et de Presse (ONEP), qu'accompagnent deux cadres de la division Prévention de la Transmission Mère-enfant du virus du sida (PTME) du MSP et le chargé de communication à l'UNICEF, s'est successivement rendue à Goudoumaria dans la région de Diffa ; à Tanout dans la région de Zinder ; à Maradi au niveau de la Communauté urbaine ; à Konni dans la région de Tahoua et à Ouallam, région de Tillabéry.
La transmission du virus du sida d'une mère à son enfant est un sujet qui devient de plus en plus préoccupant au Niger, selon Dr Mariama Abdoulaye, coordinatrice du Programme PTME à la direction de la santé de la mère et de l'enfant. Les chiffres parlent d'eux-mêmes, car actuellement au Niger, il a été établi que 90 % des enfants atteints du sida, l'ont été par leur mère et ceci de trois principales manières : pendant la grossesse, au moment de l'accouchement et au cours de l'allaitement maternel. Ainsi, pour la transmission pendant que la femme est enceinte, les spécialistes disent qu'en principe, le fœtus est protégé des agressions microbiennes grâce au placenta. Toutefois, en cas de complication de la grossesse, cette protection n'est pas assurée et la contamination virale peut se produire.
Pour ce qui est de la transmission du virus d'une mère à son nouveau-né, il faut dire que l'accouchement est un moment pendant lequel il y a beaucoup de sortie de fluides, dont le sang en particulier. Or, ces liquides ont un potentiel de transmission très élevé, du VIH/Sida notamment. A titre illustratif, le virus peut circuler à l'intérieur du placenta pour arriver au bébé. Quant à la contamination au cours de l'allaitement, les spécialiste indiquent que jusqu'à 4 mois, en cas de pratique de l'allaitement maternel exclusif, donc essentiellement le lait de la maman, le bébé est efficacement protégé contre une éventuelle contamination via le lait de sa mère, et ceci parce que la muqueuse du tube digestif de la maman constitue une barrière naturelle contre une infiltration de virus. Cependant, disent les experts, en cas de pratique d'allaitement non exclusif et prolongé, cette protection naturelle est traumatisée et présente des failles par lesquelles survient la contamination par le lait maternel.
Goudoumaria (Diffa) : Prise de conscience chez les femmes
A Goudoumaria, première étape de cette mission de reportage sur la PTME à l'intérieur du pays, c'est tout simplement une petite révolution qui est entrain de s'opérer dans la mentalité de bien de femmes de cette localité du Manga, relativement à l'acceptation du fait que le VIH/Sida existe. En effet, si il y a quelques années, la prise de conscience sur ce fléau qu'est le sida laissait encore à désirer, il n'en est plus de même aujourd'hui. Et pour cause : toutes les femmes en âge de procréer, qui viennent en consultation au centre de santé intégré (CSI) de Goudoumaria, acceptent de faire volontairement le test de dépistage du VIH/Sida, et ceci après que les agents de santé les ont sensibilisées sur le sujet. A titre indicatif, en un (1) an de mise en œuvre du programme PTME dans ce CSI, les 1 223 femmes ayant bénéficié des conseils sur la prévention du virus du Sida d'une mère à son enfant, ont toutes accepté de faire le test de dépistage du sida, soit un pourcentage de 100 %, dans le but ultime de connaître si oui ou non elles sont contaminées, et se mettre par conséquent à la disposition des agents de santé pour leur suivi, et/ou éventuellement celui de leurs enfants et les autres membres de leurs familles. Cette prouesse qui a consisté à convaincre de nombreuses mères de ce poste administratif à faire le test du sida et à en connaître les résultats, est à mettre à l'actif du personnel de santé travaillant au CSI de Goudoumaria, et plus particulièrement les sages-femmes, grâce à leurs efforts d'information et de sensibilisation. Ce CSI a d'ailleurs reçu, en 2007, un témoignage officiel de satisfaction du Ministère de la Santé Publique, pour les résultats qu'il a obtenus dans le cadre de la PTME. Il convient de préciser que le processus défini comme la prévention de la transmission du sida de la mère à l'enfant (PTME), est " une opération qui combine la sensibilisation sur la transmission du VIH/Sida, le conseil et le test dépistage du virus, l'administration du traitement au moyen des médicaments appelés antitroviraux destinés à prévenir la transmission du virus au bébé, et enfin le suivi de la mère infectée ou déjà malade ". La PTME vise donc à couper court la transmission directe du VIH/Sida d'une mère à son bébé ; une transmission qui peut survenir soit pendant la grossesse, soit au moment de l'accouchement ou après, c'est-à-dire pendant la période de l'allaitement. Des médicaments (les antitroviraux ou ARV) existent donc aujourd'hui au Niger pour arrêter ce système de contamination.
A Goudoumaria d'ailleurs, une mère infectée par le virus du sida a accepté de témoigner, toute heureuse d'avoir pu sauver son nourrisson grâce à l'encadrement-conseil et suivi de la sage-femme du centre. Jeune primipare, H.I est une mère courageuse qui n'a pas hésité à faire son test de sida, afin dit-elle de protéger son bébé à naître. Son entourage a été compréhensible avec elle, précise-t-elle, lorsqu'elle a informé les membres de sa famille de sa séropositivité. H.I est en fait l'une des 13 femmes détectées séropositives au CSI de Goudoumaria, depuis le commencement de la PTME dans cette localité, en septembre 2007.
Tanout : dédramatiser le Sida
A l'image de ces femmes de Goudoumaria, celles du département de Tanout, dans le Nord de la région de Zinder, sont aussi entrain d'être acquises aux séances de conseil sur la PTME que les agents de l'hôpital de district et du CSI urbain organisent à leur intention. Certes, relève-t-on ici, l'acceptation du test de dépistage n'est pas aussi réussie à 100 % comme dans le poste administratif de Goudoumaria, mais apparemment les choses commencent à venir. En effet, au 3ème trimestre de cette année 2008, dans les 2 sites PTME que comptent le district sanitaire, 557 des 691 femmes ayant reçu des conseils sur les risques de contamination mère-enfant du virus du Sida ont accepté de subir le test, soit 80,8 %, et parmi celles-ci, 3 étaient séropositives, soit 0,78 %. Lancé en début d'année 2007 avec 2 sites (qui seront élargis à 5 en 2009), le Programme PTME dans le département de Tanout avait connu un démarrage laborieux du fait essentiellement de la réticence des femmes à se faire dépister : " non seulement il nous a semblé qu'elles n'ont pas assez d'informations sur le Sida, mais en plus, elles se sont laissées gagner par les rumeurs, vraies ou fausses, qui entourent cette maladie. Alors, elles avaient peur de cette affection qu'on dit de sexe et de femme légère, et avaient peur par conséquent d'être pointées du doigt, jugées négativement, si elles cherchaient à approcher les agents de santé pour connaître leur état sérologique", nous confie Mme Hassan Halima, sage-femme responsable de la PTME à l'hôpital de district de Tanout. Il a fallu beaucoup de persévérance aux agents de santé impliqués dans le Programme pour dédramatiser la maladie aux yeux de leur public cible, avec des arguments scientifiques à l'appui. Mme Hassan Halima explique qu'au démarrage de la PTME dans son centre, certaines femmes étaient complètement paniquées à la seule idée de suggérer à leurs époux qu'elles souhaiteraient faire le test du Sida.
D'autres mères s'indignaient carrément, clamant qu'elles ne voient pas comment elles peuvent attraper le virus du sida, car elles n'ont rien à se reprocher et que le sida ne peut être que pour les autres, ajoute notre interlocutrice. Progressivement, au cours des séances d'éducation pour la santé, les responsables du programme PTME des deux sites du district sanitaire de Tanout sont arrivés à faire comprendre aux femmes qui viennent en consultation les différents modes de transmission du virus du sida ; comment se protéger contre chacune des formes de transmission et aussi et surtout les informer qu'aujourd'hui, grâce aux progrès de la médecine, toute personne porteuse du virus du sida peut vivre, sans problème avec le virus dans son organisme, des années durant, si elle prend la précaution de suivre le traitement que lui aura prescrit l'agent de santé. En effet, à l'heure actuelle, dans les formations sanitaires du Niger, il existe des produits pharmaceutiques qui neutralisent le virus et qui sont distribués gratuitement aux personnes atteintes du VIH-Sida.
Chez une femme enceinte porteuse du virus, ces médicaments empêchent tout simplement qu'elle contamine son bébé. La formation renforcée de certains agents du district sanitaire de Tanout en PTME a joué un rôle déterminant dans l'acceptation des mères à faire le test de dépistage VIH-Sida : " nous essayons de faire comprendre aux femmes quelle douleur, quel mal, quelle amertume ressentira un jour la mère qui apprendra que c'est elle qui a contaminé son bébé, parce que tout simplement au moment où il le fallait, elle avait refusé ou négligé de faire le test du sida pour savoir si oui ou non elle ne fait courir aucun risque à son enfant", dit la sage-femme responsable de la PTME à la maternité de l'hôpital de district de Tanout. Il faut que les gens apprennent désormais à dédramatiser le Sida, à le considérer comme les autres maladies, puisqu'aujourd'hui tous les moyens de prise en charge des personnes vivant avec le VIH et celles développant la maladie existent, explique de son côté le responsable du Centre de santé intégré urbain de la commune de Tanout, M. Issaka Ahamadou.
Maradi : politique de l'autruche chez les hommes
Puisse cet appel du chef CSI de Tanout être entendu par nombre d'hommes de la capitale économique du Niger, Maradi. En effet, dans la Cité du Katshina et du Gobir, il semble bien que si les femmes acceptent de plus en plus le dépistage du VIH dans les formations sanitaires, c'est à l'inverse les hommes qui font de la résistance au test du VIH. ''Parmi les consultantes détectées séropositives au district sanitaire de Maradi, le pourcentage des maris qui répondent aux sollicitations des agents de santé aux fins de faire le test du Sida, comme l'ont fait leurs épouses, est nul'', confie M. Mahaman Bako, le point focal PTME du district sanitaire de Maradi. Le refus des hommes à accompagner leurs femmes reconnues positives au test VIH-Sida et à se soumettre eux-mêmes au dépistage afin de protéger toute la famille, est préoccupant à plus d'un titre ici, surtout quand on sait que le Sida est une maladie transmissible, qui s'attrape à deux, insiste le responsable PTME du DS de Maradi. Pour trouver une solution adéquate à ce problème, l'équipe cadre du district est entrain d'élaborer une stratégie de communication basée sur le plaidoyer et les échanges, afin d'amener les hommes à une prise de conscience conséquente par rapport à toutes les implications que peut renfermer l'infection à VIH-Sida, chez l'individu, le couple, la famille, la communauté, voire le pays tout entier. La prise en charge du VIH-Sida ne pose aujourd'hui aucun problème, puisque non seulement les tests de dépistage sont gratuits, mais aussi les médicaments pour combattre les effets maléfiques du virus sont fournis gratuitement. Or, avec le Sida, plus on s'y prend à temps, c'est-à-dire tôt en faisant son test de dépistage, plus on a la chance d'être rapidement mis sous traitement si les résultats sont positifs ou recevoir des conseils pour éviter la contamination si le test est négatif. En fait, les spécialistes disent qu'un individu porteur du virus du Sida, s'il suit correctement le traitement qui lui est prescrit, peut vivre toute sa vie et mourir d'autre chose et non du Sida. Au niveau du district sanitaire de la communauté urbaine de Maradi, entre 2005, 2006, 2007, sur un total de 13026 femmes testées, 163 étaient séropositives. Seuls 37 des maris de ces 163 femmes avaient accepté de subir le test du VIH.
Birni N'Konni : les hommes moins décidés que les femmes
C'est dans ce combat pour amener les hommes à s'impliquer véritablement dans la lutte contre l'infection à VIH-Sida, qu'une mère de famille de Birni'N Konni, dans la région de Tahoua, Mme Aïda Yahaya, s'est engagée, voici un peu plus de deux ans, au niveau du district sanitaire de la ville. Seulement, elle reconnaît que ce n'est pas facile car les hommes ne sont pas aussi décidés que les femmes. Elle-même ayant accepté de faire le test du Sida, qui s'est avéré négatif, elle a affirmé qu'à travers ce geste, elle a voulu donner le bon exemple, démontrer qu'il n'y a pas plus important pour une mère que de vouloir protéger son enfant. Mme Yahaya affirme malgré tout continuer son combat, tant pour amener ses consoeurs à prendre conscience de la réalité du Sida, que pour que les hommes s'investissent davantage dans la protection de leur famille. De la mobilisation en faveur de la PTME, le médecin chef adjoint du district sanitaire de Konni, Dr Omar Amadou, dit qu'ils en ont bien besoin : " Nous ne sommes encore qu'à 30 ou 40 % du taux d'acceptabilité de la PTME par séance de conseils, alors que l'idéal devrait être de 80 % ". Dr Omar Amadou précise que sur 5.000 femmes ayant reçu les conseils en PTME, seules un peu plus de 1.000 ont accepté de faire le test de dépistage. La formation du personnel PTME dit-il, est à renforcer au niveau de l'hôpital de district ; en effet a-t-il indiqué, l'établissement a besoin d'un médecin prescripteur des médicaments, car pour le moment, l'hôpital de Konni est obligé d'envoyer les femmes dépistées séropositives à l'hôpital de Galmi pour leur mise sous traitement. Cet état de fait, selon Dr Omar Amadou, décourage nombre d'entre elles, du fait du voyage à entreprendre et des frais que cela engendre ; aussi certaines mères abandonnant tout simplement. Il y a donc beaucoup de perdues de vue, donc un problème de suivi. Le district de Birni N'Konni a aussi besoin que ses assistantes sociales, qui interviennent notamment dans la consultation des nourrissons, soient formées en PTME.
Ouallam : sous le poids de la stigmatisation des malades
Dans le district sanitaire de Ouallam, région de Tillabéry, les agents responsables du programme PTME sont eux confrontés à deux problèmes principaux : le refus des mères à subir le test de dépistage et les abandons, en ce qui concerne celles qui acceptent de le faire. La peur du qu'en dira-t-on, la stigmatisation en sont pour quelque chose. Mme Abdou Fatouma, responsable de la maternité de l'hôpital du district, explique qu'il y a eu des femmes enceintes dépistées positives au VIH, mais qui ont tout simplement refusé d'être mises sous traitement, " parce qu'elles n'admettent pas qu'une telle chose puisse leur arriver et ont par conséquent peur de la réaction de l'entourage, peur de perdre son mari, son foyer ". La responsable de la maternité de l'hôpital de Tanout reconnaît cependant qu'un effort plus poussé de sensibilisation des agents de santé responsables du programme PTME du district est à fournir davantage. Dans le district de Ouallam, il apparaît en fait que même dans le cadre plus élargi des autres activités de prestations de services mère-enfant, il y a par exemple un fort taux d'accouchement à domicile dans cette localité. En matière de PTME, la stigmatisation est une réalité dans le district, reconnaissent les responsables de l'hôpital ; une stigmatisation contre laquelle il faut trouver des stratégies efficaces pour la faire disparaître, dit-on.
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