Interview avec le Directeur Général de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) : «Nous devons travailler encore durement pour que l’actionnariat populaire se développe davantage au Niger», estime M Edoh Kossi Amenounve

Société
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En visite au Niger dans le cadre de la tournée annuelle qu’il effectue dans les huit (8) pays de l’UEMOA, le directeur général de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières BRVM a bien voulu se prêter à nos questions afin d’éclairer la lanterne des populations sur l’institution qu’il dirige. Dans cet entretien, M Edoh Kossi Amenounve parle de la BRVM, de sa mission, sa vocation mais aussi des opportunités d’affaires et d’investissement qu’elle offre aux populations de l’espace communautaire. Il revient également sur l’émission de l’emprunt obligataire réalisée par le Niger.

Monsieur de directeur général, voudriez-vous nous dire ce qu’est la Bourse Régionale des Valeurs mobilières (BRVM)?

Comme son nom l’indique, la BRVM, c’est la bourse régionale des valeurs mobilières de l’UEMOA. C’est la bourse commune aux huit (8) pays qui a pour vocation de favoriser la mobilisation des ressources, à long terme, pour un meilleur financement des économies de notre Union. La bourse met donc en relation les épargnants et les Etats ou les entreprises pour que les épargnants qui sont en excédant de ressources puissent donner ces ressources-là aux Etats ou aux entreprises pour pouvoir  investir et créer de la richesse dans une économie. La BRVM a été créée pour cela et elle est en même temps le lieu de cotation des titres qui sont émis par les Etats ou les entreprises, que ça soit les obligations ou les actions pour permettre aux investisseurs d’échanger ces titres-là entre eux, pour avoir une certaine liquidité sur les titres émis. Bref, la BRVM est un instrument de financement, à long terme, complémentaire au financement bancaire.

Dans quel cadre êtes-vous venu au Niger?

Le Niger est partie intégrante de la BRVM et chaque année, j’effectue une visite-pays dans les différents pays de notre Union pour rencontrer les autorités, les investisseurs institutionnels, les émetteurs actuels ou potentiels, les représentants du secteur privé pour parler de la bourse. Et bien évidemment échanger avec tous ces acteurs-là de l’évolution du marché, de notre vision, notre stratégie et de recueillir leurs préoccupations de manière à pouvoir ajuster nos actions de développement en conséquence. C’est la visite-pays que je fais au Niger aujourd’hui et donc ça me donne l’opportunité de rencontrer toutes ces autorités, institutions et personnalités que j’ai citées ci-haut.

Votre visite coïncide avec l’émission de l’emprunt obligataire du trésor public que le Niger a lancée et qui a connu un réel succès. Qu’avez-vous à nous dire par rapport à cette opération ?

Effectivement, c’est une coïncidence mais c’est en même temps une opportunité de cette émission importante qui a été un franc succès au regard des chiffres qui nous ont été communiqués par la Société de Gestion et d’Intermédiation (la SGI). On est à plus de 100% de souscription. Aujourd’hui, c’est 165 milliards F CFA qui sont retenus au titre de cet emprunt. C’est le 4ème emprunt de l’Etat du Niger qui est parti avec 40 Milliards, 60 milliards, 110 milliards et maintenant 165 milliards. Je pense que cet emprunt montre l’engagement de l’Etat du Niger à solliciter le marché financier régional pour financer ses actions de développement. Mais cet emprunt montre surtout la confiance des investisseurs dans l’économie nigérienne et dans les actions du gouvernement nigérien. Parce que l’accueil massif et rapide que les investisseurs ont réservé à cet emprunt dans toute la sous-région témoigne vraiment de la qualité de la signature de l’Etat du Niger et de la foi de ces investisseurs dans le développement économique du Niger. Pour moi, c’est un signal extrêmement important et extrêmement fort. Je voudrais saisir l’occasion pour féliciter la SGI du Niger qui a organisé et placé cette opération ainsi que toutes les SGI qui ont participé à son succès. C’est de ces nouvelles-là dont nous avons besoin dans notre marché pour pouvoir sensibiliser davantage les émetteurs, les investisseurs au rôle important que joue la bourse dans le développement économique de nos pays.

L’une des missions de la BRVM est la promotion de l’actionnariat populaire. Comment appréciez-vous l’actionnariat au Niger ?

Aujourd’hui, le Niger n’a qu’une seule société cotée, la BOA Niger. C’est cette société uniquement qui a pu ouvrir  son capital aux Nigériens mais aussi aux citoyens régionaux. C’est déjà un bon début. Par ailleurs, à travers la SGI, il y a des Nigériens (personnes physiques et morales) qui achètent des actions des autres sociétés cotées dans notre sous-région. Mais nous devons travailler encore durement pour que l’actionnariat populaire se développe davantage au Niger parce que pour nous cet actionnariat développe un sentiment d’appartenance des personnes physiques à leur économie en étant actionnaires des sociétés qui produisent et créent de la richesse. L’actionnariat populaire permet aussi un meilleur partage de richesse dans l’économie puisque toutes ces personnes bénéficient des fruits de la richesse notamment à travers les dividendes qui leur sont payés chaque année. Pour nous à la BRVM, l’actionnariat populaire est un instrument de la démocratie économique et financière, c’est un instrument important de développement économique et nous devons déployer nos meilleurs efforts pour que cet actionnariat populaire se développe. Nous avons rencontré les autorités sur le sujet, partagé nos idées et avons reçu un écho favorable pour le travail commun à faire afin de développer davantage l’actionnariat populaire au Niger. J’ai rencontré le président du CESOC. L’actionnariat populaire est un des sujets que nous avons abordés et c’est un sujet qui est favorablement accueilli, puisque l’une des missions du conseil c’est aussi de travailler à ce que l’économique rejaillisse sur le social et que cela contribue au bien-être des populations. L’actionnariat populaire va dans ce sens-là. Etant donné que le CESOC est une représentation assez large de tous les acteurs économiques du pays, une telle idée portée par ce conseil pourrait être mieux partagée et déboucher sur des propositions au gouvernement ou à l’Assemblée nationale, s’il y a des textes ou des lois à prendre. Je crois que le CESOC est mieux indiqué pour porter ce genre d’idée et nous allons travailler avec le conseil pour vulgariser l’idée et travailler techniquement pour préparer les éventuels actes qui peuvent encadrer cet actionnariat et sensibiliser les autorités pour qu’elles puissent nous accompagner.

Qu’est-ce qui entrave selon vous la cotation des sociétés nigériennes à la BRVM et que faut-il faire pour renverser la donne ?

Je dois d’abord préciser que l’alimentation d’une bourse se fait de trois sortes : les privatisations, les admissions volontaires et la sortie des fonds de Private Equity. Donc, pour pouvoir avoir plus de sociétés nigériennes cotées à la BRVM, il faut que certaines de ces sociétés soient issues des privatisations, d’autres viennent volontaires comme le cas de la BOA Niger ou d’autres viennent par le canal de la sortie de Private Equity. Nous allons travailler sur ces trois axes-là avec tous les acteurs sous l’éclairage des autorités nigériennes de manière à avoir, dans les prochaines années, certaines sociétés nigériennes candidates à une admission à la BRVM.

Qu’avez-vous  à dire aux Nigériens sur l’actionnariat, le marché financier en général?

Je dirais que la bourse est un formidable instrument de démocratie financière et économique. La bourse permet aux populations d’être parties prenantes à la gestion de leurs entreprises, des actifs de leurs économies. Je pense que dans cette phase de développement que le Niger a amorcée, accompagner les actions du gouvernement, de la possibilité a été donnée aux populations à travers l’actionnariat populaire d’avoir d’autres sources de revenu en dehors de leurs activités traditionnelles. Cela va forcément augmenter  les revenus  et permettre de consommer davantage pour pouvoir effectivement booster le développement économique au Niger. C’est pour ce complément de revenu qu’apporte l’actionnariat populaire aux Nigériens que nous souhaitons le développer au Niger. Je voudrais sensibiliser et encourager les populations nigériennes à s’intéresser à la bourse, à s’intéresser à l’achat d’actions sur le marché financier. Les SGI dont la SGI Niger sont les intermédiaires agréés pour aider les candidats à avoir des actions dans les entreprises cotées en bourses. Les SGI vont les accompagner, conseiller et agir pour leur compte et leur mettre en place un portefeuille de titres en vue de leur permettre de générer des revenus complémentaires.

Certaines personnes pensent qu’il faut avoir beaucoup d’argent pour prendre une action, pour être actionnaire et rechignent à s’y essayer. Que leur répondez-vous ?

Alors là, pas du tout ! Quand vous regardez le prix des actions à la BRVM, il y a des actions qui coûtent moins de 1000 F CFA. Cela veut dire que même avec 100.000 F ou même 10.000 F CFA, on peut acheter quelques actions. On n’a pas besoin d’être millionnaire ou milliardaire, on a juste besoin d’une petite épargne pour commencer. Le plus important, c’est de rentrer dans une dynamique d’épargne progressive et de long terme, de manière à ce que les revenus générés sur cette épargne-là permettent de faire face à des dépenses planifiées dans le futur. Et,  c’est ça en fait la logique qu’il faut suivre. Donc, la bourse, ce n’est pas une affaire des riches, des millionnaires ou milliardaires. C’est une affaire nous concernant, nous tous.

Interview réalisée par Zabeirou Moussa(onep)