Interview de l’actrice camerounaise Blanche Bana : «Le cinéma est venu à moi et j’ai donc décidé d’en faire mon métier avec le soutien des proches et amis», confie t-elle

Culture
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Il y a quelques années encore le cinéma ne faisait pas partie des métiers dont rêvait Blanche Bana. Mais il y a eu ce premier rôle assez réussi du personnage de  Orphée Sata,   dans le long métrage «Le Colis 1»  du réalisateur camerounais Parfait Zambo, en 2012.  Depuis, cette jeune camerounaise qui a incarné plusieurs personnages dans une quinzaine de longs, courts métrages et séries télévisées, a fait du cinéma son métier. L’actrice continue de se perfectionner à travers des formations, tout enchainant des rôles avec succès comme l’illustre les distinctions obtenues en 2015 lors du Festival Ecrans Noirs. Et, tout récemment, le 2 novembre dernier lors de Toukountchi festival de cinéma du Niger, Blanche Bana a reçu le prix de la meilleure interprétation féminine dans le long métrage «Si loin si près» de Saturnin Ayenouet du Gabon produit en 2018  par Serge Abessolo qui a eu également le prix de la meilleure fiction. Actuellement, «Au nom de la loi» une des premières séries télévisées dans laquelle   Blanche Bana a joué le rôle de  Madeleine est en diffusion sur la chaine A+ du bouquet Canal+.

 

Dans cet entretien, l’actrice parle de la distinction qu’elle vient de recevoir pour cette carrière qui la passionne, son appréciation sur la présence des femmes dans le cinéma, son engagement, ses ambitions…

 

Que représente pour vous  le prix de la meilleure interprétation féminine qui vous a été attribué le 2 novembre à Niamey pour le personnage de Matho dans le film «Si loin si près « ?

Permettez-moi d’abord de saluer l’équipe du quotidien Le Sahel, ses abonnés et toutes les personnes qui me lisent. C’est toujours un immense plaisir de recevoir une distinction,  ceci est une grande preuve de reconnaissance pour le travail abattu et surtout une interpellation à plus d’ardeur, de travail et par ailleurs une lourde responsabilité. Recevoir une récompense dans son pays natal, comme ça a  été le cas en 2015 lors du Festival Ecrans Noirs est une énorme fierté,  mais quand on la reçoit dans un autre pays, on a cette lumière qui ne nous quitte plus jamais, cette assurance d’avoir été en compétition au-delà des frontières, sur une terre étrangère et d’être sortie victorieuse, en gros c’est une fierté au-delà de l’imagination.

 

Le personnage de Matho dans «Si loin si près» est juste un rôle comme tant d’autres pour vous? Y a-t-il un genre de personnage  que vous préférez en tant qu’actrice ? 

A vrai  dire, le personnage de Matho  n’est pas qu’un rôle  parmi  tant d’autres,  c’est une performance, pouvoir me débarrasser de la personne que je suis pour laisser place  à l’adolescente extravertie pendant un bon moment, surtout lorsqu’on a quitté les bancs du collège depuis des dizaines d’années et qu’on a perdu les aptitudes( rires).

Je n’ai pas de préférence de rôle en tant qu’actrice, chaque rôle a sa particularité et sa caractérisation, deux atouts qui suscitent la curiosité et  m’emmènent  chaque fois que j’ai l’occasion à vouloir découvrir le personnage qui s’y cache.

 

Qu’est-ce qui vous a motivé à devenir actrice ? 

Le résultat à l’écran de mon tout premier rôle !… Il y a sept ans je ne rêvais pas faire du cinéma du moins pas mon métier.  Puis,  comme par magie le cinéma est venu à moi, j’ai eu une proposition de rôle par un réalisateur, j’ai essayé et après avoir vu ce que j’avais fait, j’ai donc décidé d’en faire mon métier avec le soutien des proches et amis.  Par la suite, je me suis donné les moyens qui vont avec, en passant par des formations et différents ateliers organisés par les metteurs en scène du Cameroun et d’autres pays et depuis lors, je n’arrive plus à m’imaginer faire autre que le cinéma,  tellement il est passionnant. D’ailleurs je le considère comme l’un des plus beaux métiers au monde.

 

Y-a-t-il des défis particuliers pour la femme  actrice  dans votre milieu? 

Je pense que le premier et le plus gros  défi a déjà été relevé,  à savoir la notoriété de la femme cinéaste ; aujourd’hui on retrouve les femmes dans les métiers du Cinéma qui auparavant étaient réservés uniquement à la gente masculine, ce qui à mon avis contribuait à rabaisser les femmes d’une façon subtile.  Je suis fière de voir les femmes à la Caméra, au Son, au Montage à l’étalonnage etc…d’autant plus que la femme est de nature très fine et attentionnée (rires).

 

Que pensez-vous du mouvement #mêmepaspeur engagé par les actrices du continent africain pour dénoncer les abus sexuels dans le milieu du cinéma?

Je pense qu’il était temps que ce mouvement se mette en place, la femme cinéaste Africaine doit être respectée, elle doit sortir de son silence et ne plus tomber sous le joug du chantage dont la plupart des hommes font montre. Le harcèlement sexuel doit être dénoncé. Les femmes cinéastes doivent briser le silence par ce que plusieurs en souffrent et n’ont malheureusement pas le courage de dénoncer leurs bourreaux.  Je me joins entièrement à cette initiative et interpelle toutes les femmes cinéastes à y adhérer.

Comme l’a dit l’actrice Nadège Beausson Diagne dans son témoignage, «La reconstruction ne peut se faire qu’en libérant cette parole».

 

 Envisagez-vous de vous retrouver derrière la caméra ?

J’ai beaucoup d’ambition pour ma carrière d’actrice, dont l’une et la plus    importante est d’intégrer une école d’Art dramatique de renom. Et parallèlement  j’aspire aussi  à la production.

 

Interview réalisée par  Souley Moutari(onep)