Interview du Préfet de Torodi : « Toutes les communautés du département de Torodi vivent en parfaite symbiose, malgré leur diversité », affirme M  Mahamane Abou Labo, préfet du département de Torodi

Société
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M Mahamane Abou Labo, vous êtes le Préfet du département de Torodi, voudriez-vous nous présenter cette entité administrative que vous dirigez ?

Volontiers et c’est avec beaucoup de plaisir que nous vous recevons ici. Je tiens à vous remercier d’abord pour nous avoir visités et nous donné l’occasion de parler de notre entité administrative d’une part et d’autre part d’évoquer aussi  la fête tournante du 18 décembre, date anniversaire de la proclamation de la République. Cette année comme vous le savez, c’est  sous le slogan « Tillabéry Tchandalo » que notre région, la région de Tillabéry  accueille cet important évènement, à l’instar des autres régions de notre pays qui l’ont précédée. Pour présenter le département de Torodi, je rappellerais que ce fut d’abord  un poste administratif à l’intérieur de l’ancien département de Say.Lorsque par la bénédiction des autorités de la 7èmeRépublique tous les postes administratifs, les 27 pour être exacts,  ont été érigés en départements dont celui de Torodi est devenu un département à part entière à partir de 2012 et dont nous avons la charge aujourd’hui. Ce département est frontalier du département de Say à l’est, limité au nord par le département de Kollo, par celui de Gotheye au nord-ouest et il est  frontalier du Burkina Faso à l’ouest.  Il a une superficie de 6900 km2 pour une  population estimée à 250 000 habitants  répartis entre les deux  communes du département que sont la commune de Torodi et celle de Makalondi avec respectivement 143 000  et 95 000 habitants chacune. Nous avons à peu près 49% de femmes et 51% d’hommes et la population est jeune à hauteur de 60%. Pour présenter la composition socio-ethnique, j’allais dire que le département est  pratiquement le Niger en miniature, malgré le fait qu’il y a des populations autochtones qui sont essentiellement des peulhs, des Gourmantchés et des Djerma. Il y a aussi des Haoussa que vous pouvez retrouver même dans les coins les plus reculés avec des villages et chefs de village en bonne et due forme. ous avons également des Touaregs. Dans la ville de Torodi, il y a  même une importante communauté d’expatriés.  Nous avons des contrées comme le village Kobadjé qui est  ce que je peux qualifier d’une sorte de consulat où vous retrouvez tout un melting-pot ethnique. C’est un village très marchand, bien connu et visité pour la qualité de  sa viande et qui regorge en son sein presque des personnes issues de toutes les communautés du Niger. Il faut se féliciter que toutes les communautés du département de Torodi vivent en parfaite  symbiose, malgré leur diversité.

 

Quelles sont les principales activités socioéconomiques des populations de votre entité administrative de  Torodi ?

Pour l’essentiel, au même titre que l’agriculture et l’élevage constituent  les mamelles de l’économie nigérienne, Torodi n’échappe pas à cet état de fait. Le département est très riche en ressources naturelles et donc l’agriculture et l’élevage sont les principales activités.  Pour l’essentiel, les populations sont des agropasteurs. Nous avons aussi l’exploitation du bois qui est tout de même une activité génératrice de richesse pour les populations. Il  y a des marchés ruraux organisés gérés par les services de l’environnement. Beaucoup de personnes s’adonnent à cette activité qu’il s’agisse du transport, de la commercialisation des produits forestiers. L’axe Torodi est celui qui approvisionne le plus en bois la capitale. Et quand vous parlez des produits forestiers au niveau de Torodi, on ne peut pas occulter le miel surtout au fond dans la zone de Makalondi. Là-bas,  les populations s’en sont même  spécialisées. Ce miel de Makalondi est bien connu et même  reconnu au-delà de nos frontières, fort heureusement.

 

Comment se présente la situation du département en ce qui concerne les secteurs sociaux de base ?

Je vais d’abord évoquer la question de l’éducation, un secteur dans lequel nous avons enregistré une amélioration significative.  Il y’ a une évolution des mentalités qui s’est matérialisée par la volonté des parents à inscrire leurs enfants à l’école. Ce qui n’était pas le cas avant, notamment dans le cadre de la scolarisation de la jeune fille. L’Etat accompagné par ses partenaires a lancé plusieurs initiatives en direction des populations, des actions et activités ont été  menées à travers les projets et programmes pour l’amélioration de la fréquentation scolaire de la jeune fille et aussi pour la lutte contre le mariage précoce, qui est souvent la cause de l’abandon du cycle scolaire chez ce groupe  notamment. Dans ce sens-là j’avoue qu’il y a une nette amélioration parce qu’avant il était fréquent pour nous  d’avoir à intervenir pour suspendre un processus d’un mariage d’une prétendue conjointe n’ayant pas encore atteint l’âge de pouvoir supporter les responsabilités. Heureusement depuis un certain temps, les choses s’arrangent mieux même au niveau local avec les enseignants ou les responsables coutumiers. En ce qui concerne l’autre aspect non moins important, je veux dire la santé, il faut situer le contexte dans lequel se trouve le département pour l’appréhender. Globalement dans tous les secteurs sociaux dont vous faites allusion, on enregistre que de l’évolution. Sauf qu’il y a un goulot d’étranglement que j’évoquerai plus tard. Mais ici, il faut que la sensibilisation d’une manière générale par rapport à l’accès à l’école, aux centres de soin, disons-le  sans ambages que les écoles sont disponibles, les centres de santé sont disponibles. Mais le goulot d’étranglement,  c’est cette question d’insécurité qui sévit au niveau du département. Et cette question d’insécurité qui est d’ailleurs transversale rend la tâche très complexe pour l’Etat. Et c’est dans ce cadre que  le gouvernement a instauré l’état d’urgence dans 10 des 13 départements de la région de Tillabéry. Mais qui dit « état d’urgence » dit aussi réduction de la mobilité,  du coup cet état de fait donne quelques difficultés aux populations. Les parents adhèrent bien à l’idée d’amener les enfants à l’école. Mais si un matin, on constate que l’école est brûlée par les prétendus djihadistes ou que les enseignants sont menacés et obligés de quitter leurs postes, je dirais que c’est comme s’il y a eu du recul dans l’avancée. Je m’explique. Par rapport à ce que l’Etat fait et ce que les partenaires, les autorités administratives, locales et coutumières font, nous allons dans le sens d’une avancée. Mais par rapport à la question de l’insécurité qui sévit,  il y a un recul. Ce qui rend le résultat mitigé. Néanmoins nous menons toujours le combat pour voir s’améliorer cette  situation sécuritaire dans le département pour qu’on puisse continuer d’améliorer  tous ces secteurs sociaux de base.

 

M le préfet, ici à Torodi on parle de la présence des personnes  déplacées  ayant quitté leurs villages pour fuir les exactions. Si tel est le cas, est-ce que des mesures sont prises pour leur prise en charge ?

Vous savez, lorsque le flux des réfugiés atteint un certain seuil, dès qu’on arrive sur le lieu on le constate. Et si on est là et qu’on ne le constate pas, cela veut dire qu’on n’a pas atteint un seuil d’alerte. Vous êtes là et vous n’avez pas vu ces hommes et femmes dans la rue ou campés ailleurs. Certes on ne nie pas qu’il y a eu des personnes qui ont choisi de venir ici pour fuir les exactions comme vous l’avez dit.  Mais il n’y a pas de camp de réfugiés ici. Ça veut dire que ces présumés déplacés de Torodi sont des gens qui sont venus et ont été pris en charge par leurs familles d’accueil grâce à la solidarité. Des partenaires sont venus  aider ces personnes-là. Nous leur avons conseillé d’essayer de leur apporter les appuis à l’intérieur de leurs familles d’accueil et d’améliorer la résilience de ces familles-là. C’est ce qui fait que vous ne les croisez pas dans les rues, non plus autour de la ville avec des camps précaires qui n’existent d’ailleurs pas. Ça veut dire les personnes dont cette insécurité a occasionné le déplacement  sont prises en charge au niveau des parents, amis et connaissances et avec l’appui de certains partenaires.

 

Pour revenir sur la situation sécuritaire, pouvez-vous rassurer les populations quant aux mesures prises par nos vaillantes Forces de Défense et de Sécurité ?

Il faut comprendre que  cette nouvelle forme d’insécurité qui sévit dans certaines localités de notre pays voire de nos Etats n’a pas de particularité pour Torodi, le  mal est partout et nulle part, l’ennemi est invisible. Personne ne peut dire que les agresseurs sont dans un endroit quelconque et qu’on a été incapable de venir à bout. Non. L’inquiétude, c’est qu’ils peuvent apparaitre partout, c’est une question de surprise et non de rapport de force dans cette guerre asymétrique.  Il faut voir agir pour savoir et riposter. Du coup la tâche devient très difficile. Nos FDS sont toujours sur le qui-vive, elles sont en brousse patrouillant et  en ville parce qu’elles ne savent pas où se trouve l‘ennemi. Bref la situation à Torodi est la même qu’ailleurs. Il y a une semaine, les FDS ont repoussé une attaque et neutralisé certains assaillants non loin de Torodi. L’Etat est donc en train de faire de son mieux pour assurer la sécurité des citoyens à travers les FDS qui s’acquittent de leur mission traditionnelle et aussi à travers des missions spéciales. Nous gardons l’espoir qu’avec la détermination de nos autorités le pari de la sécurité sera gagné.

 

 Réalisée par Zabeirou Moussa(onep)