Interview du Préfet du département de Mainé Soroa : «La construction de la route Mainé-Gaïdam dont les travaux ont débuté va booster l’économie du département et plus globalement celle de la région de Diffa», déclare M. Issaka Mai Salé

Société
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Monsieur le Préfet, quelles sont les principales réalisations enregistrées au niveau de votre entité administrative dans le cadre de la mise en œuvre du programme de renaissance du Niger ?

Comme tous les départements de notre pays, Mainé-soroa a également bénécifié de beaucoup d’investissements. Pour les citer pêle-mêle, le premier qui me vient à l’esprit, c’est l’investissement fait dans le domaine de l’hydraulique. En effet, les conditions d’accès à l’eau potable dans le département ont été nettement améliorées, que ce soit en ville ou en milieu rural. Avant Mainé-soroa ne connaissait pas ce qu’on appelle les forages pastoraux. Mais avec le programme de renaissance, les deux communes pastorales, à savoir : Flatari et N’Guelbeli, ont toutes bénéficié de ce type de forages. Les forages sont actuellement opérationnels avec des châteaux de grande capacité. Ce qui permet d’abreuver aisément les animaux.

Il y’a eu également des infrastructures scolaires, sanitaires et plein d’autres investissements pratiquement annuels. Des actions de soutien aux populations vulnérables avec la politique de vente à prix modéré de céréales. L’une des réalisations phares, c’est la route Mainé-Gaïdam dont les travaux ont débuté. Souvenez-vous que nous ne sommes pas loin de la frontière avec le Nigéria où est dirigée une grande partie de l’économie du département. La construction de cette route va vraiment booster l’économie du département de Mainé-soroa en particulier et celle de la région de Diffa en général.

La région de Diffa est confrontée depuis 2015 à l’insécurité née des exactions de la secte terroriste Boko Haram, comment se présente la situation sécuritaire de votre département ?

Ces derniers temps, ou disons ces derniers mois, la situation sécuritaire s’est nettement améliorée. Elle est actuellement calme. Il y’a un an environ, certaines zones étaient classées zones rouges où les populations n’y allaient pas et que nous mêmes les autorités évitions d’y aller. Ca ne fait pas longtemps j’étais au bord de la Komadougou pour constater les dégâts causés par les inondations. Et à propos de la sécurité, nous pouvons dire que la situation est stable. Ici, elle se limitait d’ailleurs à quelques cas de vols. Des individus armés arrivaient parfois à intercepter des paisibles gens pour commettre leur forfait. Je profite de vos colonnes pour rendre un hommage mérité aux forces de défense et de sécurité de notre pays qui veillent, à travers notamment des patrouilles nuits et jours, sur la sécurité des populations.

Est-ce à dire que l’état d’urgence peut être levé bientôt? 

Ce sont des dispositions qui concernent toute la région. C’aurait été que ce n’était pas généralisé, peut être que le préfet de Mainé-soroa en déciderait, mais l’Etat d’urgence est décidé au niveau central par le gouvernement. Toutefois nous avons l’espoir qu’avec le temps, la vie reprendra son cours normal dans toute la région. Pour le moment, il n’est pas prudent d’envisager la levée de l’état d’urgence.

Pour rendre la guerre plus difficile et complexe à nos Forces de Défense et de Sécurité, le groupe terroriste Boko Haram recrutait à l’époque beaucoup de jeunes dans les différentes localités de région de Diffa, quelles ont été les stratégies mises en œuvre au plan régional pour ralentir ce phénomène périlleux et l’éradiquer totalement de la Région?

La croissance rapide de la population a fait en sorte que les jeunes ne sont pas tous scolarisés, d’autres ne travaillent pas. Et lorsqu’ils sont désœuvrés, ils sont forcement vulnérables. L’accent a été mis particulièrement sur la formation de ces jeunes aux métiers, dans les centres de formation aux métiers que l’Etat a créés dans toutes les communes. Après l’apprentissage, les jeunes sont accompagnés pour lancer leurs activités. Ensuite, il y’a l’aspect sensibilisation qui a réduit leur départ.

Qu’en est-il de la réinsertion sociale de ceux qui reviennent, les repentis ?

Ils sont tous formés à des métiers, comme je l’ai tantôt souligné, au niveau du  centre des repentis de Goudoumaria. Que ce soit en menuiserie bois et métallique, en couture, en plomberie, en mécanique, en électricité etc. Et chacun en sort avec un kit pour pouvoir exercer son métier. C’est tout cela qui fait qu’aujourd’hui les jeunes ne partent pas vers la secte.

L’économie régionale est complètement exsangue avec l’insécurité qui sévit dans la région, quelles sont les stratégies de relance des activités économiques dans votre entité administrative ?

Comme je le disais tantôt, ici notre économie est dirigée vers le Nigéria. A partir du moment où la secte terroriste de Boko-haram sévit aussi de l’autre côté, le blocage des activités déjà existante a été accentué encore par la pandémie du COVID-19. Les problèmes se sont multipliés. L’Etat s’est focalisé sur une zone agricole, dans le cadre de l’initiative 3N (les Nigériens nourrissent les Nigériens), tout le long de la Komadougou qui est vraiment une terre fertile, en mettant l’accent sur la productivité des cuvettes. Et la construction de la route Mainé-Gaidam va faciliter les échanges avec le Nigéria.

L’une des conséquences de l’insécurité dans la région de Diffa, c’est aussi le déplacement des populations vers les zones plus paisibles comme le département de Mainé-soroa.  Comment les réfugiés sont-ils pris en charge ici ?

Le département de Mainé-soroa a commencé à accueillir des réfugiés bien avant les premières attaques de Boko-haram sur le sol nigérien. Je suis venu ici en 2013 et j’en ai trouvé déjà. Dans la ville de Mainé, ils ont un quartier spécial. En 2016, c’était toute la population de Gaidam, la plus grande ville nigériane frontalière proche, qui était venue à l’intérieur de la ville de Mainé, après une attaque de Boko-haram. Dieu merci, les choses se sont bien passées, ils ont pu regagner leur ville. Vous avez aussi vu, en venant de Diffa à l’entrée de la ville, des centaines de familles de Toumour, de Bosso et de Kablewa ont trouvé refuge ici. Mais depuis toujours, l’Etat et ces partenaires dont le HCR et tous les organismes du Système des Nations Unies n’ont jamais cessé de prendre leurs responsabilités en main. Les réfugiés sont assistés en abris, en soins de santé, en vivre, et ils sont nombreux tout au long de la RN1 entre Diffa et Mainé-soroa.

La campagne agro-sylvo-pastorale a été marquée cette année par des fortes précipitations dans quasiment toutes les régions du Niger avec son corollaire d’inondations, quelle évaluation peut-on faire de cette campagne tant du point de vue céréalier et fourrager que de la gestion même des inondations ?

Effectivement, cette année, la pluviométrie a été exceptionnelle. La production agricole a été de façon globale satisfaisante. Il y’a, certes, quelques villages agricoles qui ont été déficitaires du fait surtout des attaques de chenilles et autres ennemis de culture. La partie nord du département est quasi-désertique, certaines zones ne produisent pas. Quand nous prenons les communes de Flatari et N’Guelbeli qui ont d’énormes potentiels de pastoralisme, il a été produit assez de fourrage à même de permettre aux animaux d’atteindre sans difficulté la prochaine saison pluvieuse.

L’inondation a touché beaucoup de périmètres irrigués. Les populations ont perdu des productions de riz et d’oignon etc. Nous sommes en train de prendre des dispositions pour leur venir en aide. Nous sommes en train de voir aussi comment créer les conditions pour que la prochaine saison culturale soit une réussite pour les paysans.

 Ismaël Chékaré Envoyé Spécial(onep)