La contribution des artistes dans le processus électoral au Niger : Les artistes nigériens jouent leur partition

Société
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A l’approche des élections, beaucoup d’artistes vont en studio pour composer des titres qui vont contribuer à la cohésion sociale. Ils  réalisent aussi des albums qui vont inciter les populations surtout jeunes à aller voter et avoir ainsi des élections apaisées. A travers ces productions, ils exhortent les jeunes  à cultiver la paix au quotidien et  à être vigilants face aux politiciens. Des artistes qui, au-delà de toute considération politique, entendent œuvrer  pour la quiétude à travers des séances de sensibilisation avant, pendant et après les élections.

Les artistes doivent s’approprier le contexte électoral pour appeler les électeurs à plus de patience, d’humanisme. Faire en sorte qu’il y ait un choix utile, un climat serein au cours des campagnes électorales. De par leurs productions, ces artistes font appel à la responsabilité patriotique et à la citoyenneté vertueuse qui concourent au civisme de tous les fils et filles pour un Niger de quiétude. L’artiste doit être lui-même un modèle. Tout en respectant le choix des uns et des autres, il prône la tolérance, peu importe son bord.

«C’est bientôt les élections au Niger et un peu partout dans les pays de la sous-région. J’aimerai à travers ce son ‘’Monsieur le politicien’’ amener les populations à prendre leur destin en main. C’est-à-dire voter utile, pas parce qu’on vous donne de l’argent, mais parce que nous voulons un changement. J’aimerai également dire aux hommes politiques que la politique du ventre et l’achat de conscience ne peut en aucun cas faire avancer un pays», pense Jhonel Hamani, artiste slamer.

Selon lui, il n’est nullement  pressé de monter sur la scène, ni de sortir une chanson.  Il le fait quand le moment sied et répond quand le besoin se fait sentir. La preuve : il a fait sortir deux (2) titres en moins de deux (2) mois dont un sur les inondations récentes  et  M. le politicien. Deux sons qui collent à l’actualité. Il croit fermement qu’avec l’art, on peut changer de comportement, on peut changer de regard et par conséquent, on peut faire fléchir n’importe qui sans exception.

Son symbolique, accoutrement dans ce clip et dans presque tous ses clips d’ailleurs : c’est pour justement ressembler à moitié aux nobles et à moitié aux griots. « Je me faisais appeler le griot moderne. Dans mes recherches d’accoutrement de la scène, je suis tombé sur une photo du roi Béhanzin et pleins d’autres rois de la Côte d’Ivoire et du Ghana, des hommes de l’histoire qui sont des modèles. Et je veux juste leur ressembler pour refléter l’identité d’un  peuple, d’une Afrique fière de ses origines », explique-t-il.

Le slam est un mode d’expression agréable à l’écoute lorsqu’il est bien pensé et bien dit. A en croire Jhonel, c’est une des raisons qui font que le slam s’impose et qu’il commence à intéresser beaucoup de personnes. «Il faut noter aussi que nous sommes dans une société de tradition orale, ce qui peut justifier l’importance de ce mode d’expression et le meilleur moyen de passer des messages notamment politiques qui allient tradition et modernité, de l’arbre à palabre au slam », se rappelle-t-il.

Pour Ado Saleh Mahamet, artiste conteur, au départ,  il avait eu l’idée de faire des spectacles de théâtre de rue et ou bien faire des petites scénettes, mettre des messages pour inciter les populations à aller voter ;  bien écouter les programmes des candidats, éviter le sectarisme, le régionalisme, mais opter pour des candidats selon leurs visions, leurs engagements. Pour cela, il a voulu faire des sketchs d’une minute ou de deux minutes avec l’appui des partenaires ; Ado souhaite les approcher pour faire des spots sur les medias sociaux, les télévisions ou même aller directement dans les villages au niveau des marchés pour sensibiliser les populations à sortir massivement le jour de vote, car la participation est aussi importante en matière d’élections.

Il faut parler d’art, de culture et en faire un enjeu politique de toutes les élections ; ces slamers, ces humoristes et tous les artistes épris de paix, de cohésion, à travers leurs productions ont le secret de détendre l’atmosphère  pendant les joutes électorales. Ils ne sont pas là spécifiquement prêts à égayer le public lors des rassemblements, à chanter, à danser mais aussi  ils sont là prêts à apporter la paix et la sérénité. Ils essaient lors des campagnes de galvaniser le public à aimer la politique. Ils sensibilisent, véhiculent des messages de paix. « Nous ne soutenons personne, on va juste demander aux gens d’aller voter. Il faut qu’il y ait une participation massive des jeunes le jour de vote, que le taux de participation soit très important », soutient-il. Il faut certes valoriser la culture nigérienne par la musique, mais il faut aussi sensibiliser, car les messages ne passent que si on est bien suivi et là les artistes assurent.

Selon Mahaman Sani Maty, artiste musicien, son titre qui a trait aux élections qu’il a présenté au public « iyalgwadé-iyalgwadé » est inspiré d’un jeu de vérité. « Iyalgwadé-iyalgwadé, gwada mou na gadongidankou » (traduction : Toi qui tranche, démontre nous ce que tu as hérité). Tous les participants étant convaincus qu’iyalgwadé ne sait trancher qu’en toute conséquence. «Peuple d’Afrique, Citoyen lambda, cette chanson d’espoir t’est dédié. Le pouvoir appartient au peuple. Ce peuple très souvent malmené, usé, abusé, désabusé. Ce peuple chez qui  l’homme politique se plie en quatre pour acquérir sa confiance et sa force pour diriger sa destinée pour un mandat électif. Peuple souverain, Peuple, tu es fort. Tu es la légitimité de tout pouvoir humain sur terre».

D’après l’artiste, la thématique développée dans ce clip est donc le pouvoir du peuple  souverain qui est appelé à trancher entre plusieurs personnalités du moment. Un appel à des élections apaisées, libres et transparentes. Un cri de cœur pour faire un choix judicieux. Très souvent, a t-il rappelé, les élections sont sources de conflit en Afrique mais depuis quelques années, un vent nouveau souffle sur le continent, une réelle volonté de vivre dans la paix et de s’épanouir en toute liberté à côté des autres peuples. « Je suis très heureux de constater que je ne me suis pas trompé sur l’aspiration légitime des peuples d’Afrique à l’image du peuple Nigérien, à la paix, la quiétude sociale et le progrès. Il sort massivement s’exprimer dans les urnes et là, nous nous acheminons vers des élections législatives, communales et présidentielles », soutient-il, avant d’ajouter : « très bientôt, nous aurons la possibilité de choisir à qui confier la direction de notre destin pour cinq (5) ans. Oui, peuple souverain, fier et digne, tu verras venir les « puissants » à tes pieds pour solliciter ta voix et je suis plus que convaincu de ta grande maturité pour voter utile et élire en toute objectivité tes représentants dans le calme et la sérénité. L’Afrique est le nouveau pôle du développement mondial et nous devons rester sereins et unis pour affronter avec objectivité les défis et opportunités qui s’offrent à nous. La mobilisation pour des élections apaisées, libres et transparentes est déjà un pas vers le progrès, l’honneur et la dignité ».

Des élections apaisées, il nous le faut, car notre pays, bien qu’étant sous développé, a une notoriété internationale à préserver, le Niger est bien entendu dans les grandes tribunes du monde. Dieu merci. Ce sont des élections qui vont se dérouler dans un contexte particulier à cause de la crise sécuritaire qui secoue beaucoup de pays de la sous-région. Il faut juste éviter de relayer des messages de récupération politique face à certains sujets sensibles.

 

 

Par Aïssa Abdoulaye Alfary(onep)