L’air du temps : Ramadan : absolution et pondération !

L'air du temps
Spread the love

Sharing is caring!

Le mois béni du Ramadan, ça change vraiment la vie. Nul besoin d’un baromètre pour mesurer le niveau de ralentissement du train de la vie, dans nos villes et villages, dont la locomotive qui tourne généralement en plein régime et dans une atmosphère de surchauffe, semble avoir pris un sacré coup de froid depuis le 2 avril dernier, avec le démarrage du jeûne du ramadan. Exit les turbulences habituelles de la vie citadine et autres fantaisies des jeunes, place à la ferveur religieuse et à l’absolution !…

Depuis quelques jours, l’air est à la morosité dans les bistrots, et autres lieux de loisirs et de grand regroupement. En effet, désertés par les habitués, et même les plus irréductibles bons-viveurs frappés du label ‘’Dan Douniya’’, ces coins connus comme étant les plus chauds et bruyants de la ville se sont bizarrement ‘’refroidis’’, se morfondant dans un spleen profond et une solitude inouïe. A certaines heures critiques de la journée, les rares cercles de rencontre et de causerie ou ‘’fadas’’ qui accueillent encore quelques habitués, eux-mêmes commencent à se vider, sinon à baigner dans une atmosphère de dissipation du débat. Il faut dire qu’avec la chaleur qui assèche les gorges pour y insuffler la soif et la faim, ils ne sont pas nombreux les jeûneurs qui supportent trop la parlotte. D’ailleurs, aux instants cruciaux de la journée, il y en a même que le ‘’trop-parler’’ irrite, et ils n’hésitent pas à vous le faire savoir sur un ton de mise en garde à peine voilée en lançant : ‘’Hé, nanfa ! Aï si ba sanni !’’, ou alors ‘’kaweye, bani son magana !…’’. Comme quoi, pour parler comme nos cousins ivoiriens, ‘’Ramadan n’est pas camarade de quelqu’un…’’.

Autrement dit, le mois du ramadan, c’est le temps des grandes métamorphoses comportementales. Les premiers signes de mutation sont surtout perceptibles au niveau des mosquées où on assiste à une remarquable  ruée des fidèles aux heures de prière. Ainsi, ces lieux de culte, dont la plupart restaient clairsemées presque toute l’année durant, renouent avec l’affluence des fidèles, le temps du mois du ramadan. Tant et si bien que, pour être sûr de se frayer une place dans la mosquée du quartier, il faudra alors se lever plus tôt que d’habitude.

Dans le zèle et la précipitation, certains ‘’nouveaux-venus’’ assaillent les fidèles les plus assidus en ces lieux de culte, allant jusqu’à les reléguer aux seconds rangs. Instants de grande ferveur religieuse, le mois béni du Ramadan a ceci de particulier qu’il constitue un immense moment de paix, d’apaisement et de solidarité. Et cela s’explique ! Car, ne l’oublions pas, tout au long de ce mois, pas un seul sombre génie ou démon qui bouge ! Tous ces semeurs de discorde et de zizanie, mus par la seule motivation de conduire la race humaine vers les chemins sans issue, resteront solidement ligotés, immobilisés et mis hors d’état de nuire. Voilà pourquoi, en dépit des longues journées de peine et de privation, le mois du ramadan porte en lui tous les charmes et attraits de ce long fleuve tranquille dont l’humanité a toujours rêvé.

Assane Soumana(onep)