Le Médiateur de la République sur le «guide du citoyen» : «Notre démarche consiste à renforcer les connaissances et les compétences du citoyen, à forger en lui, et pour le progrès de la nation, les bons réflexes, les bons comportements, le bel esprit» déclare Me Ali Sirfi Maïga

Société
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Monsieur le Médiateur de la République, vous avez élaboré un guide à l’attention de tous les citoyens nigériens. Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs la philosophie qui a présidé à la rédaction de ce «guide du citoyen» ?

Merci de me donner cette opportunité de parler de ce précieux document. Vous savez bien que l’amélioration de la performance de notre administration et le renforcement de la capacité de l’usager du service public ont toujours été les préoccupations les plus constantes de mon institution. Notre sacerdoce consiste donc à rechercher et trouver toutes les formules qui vont conforter l’usager dans sa quête du bonheur, mais aussi toutes les formules qui vont forger l’efficacité du service public. Il s’agit donc d’aménager un rapport entre deux axes : L’Etat, pourvoyeur, serviteur et prestataire des services et le citoyen qui est en droit d’attendre des pouvoirs publics la meilleure prestation. Il s’agit aussi pour mon institution de créer le sentiment affectif qui doit prévaloir entre l’Etat, protecteur et serviteur et le citoyen, servi et protégé. L’individu et la collectivité nationale sont ainsi liés par un lien ombilical qu’on n’a même pas besoin de décrire, mais un lien ombilical qui mérite un encadrement, un rappel. La collectivité nationale, c’est le socle idéal et affectif qui nous enveloppe, comme un bébé serré affectueusement dans les bras de sa maman. L’individu est alors cet être qui doit être regardant, compatissant, respectueux et reconnaissant, avec dévouement et ferveur vis-à-vis de la collectivité nationale. Le parfait rapport collectivité nationale – individu doit conduire ce dernier vers un grade supérieur, une élévation morale supérieure que l’on peut qualifier de citoyenneté.

A travers ce guide, quel est le sens de la démarche que vous adoptez pour renforcer cette citoyenneté et consolider le citoyen dans ses droits et devoirs ?

Notre démarche consiste à renforcer les connaissances et les compétences du citoyen, à forger en lui, et pour le progrès de la nation, les bons réflexes, les bons comportements, le bel esprit, c’est-à-dire l’aptitude à faire du développement, l’aptitude à vivre la démocratie, l’aptitude à rester moderne et efficace. L’Etat est un être virtuel que le citoyen doit connaitre, saisir et sentir avec ses identifiants et ses signes dont la sacralité est même soulignée dans la constitution. Le citoyen doit aussi connaitre l’organisation politique, administrative et judicaire de son pays. Chercher à connaitre et maitriser ces aspects, traduit déjà la parfaite citoyenneté. L’administration publique ne doit pas être une forêt dense et impénétrable. Elle doit être une belle clairière, visible, vivable, abordable, avec des sentiers et des pistes praticables et menant, sans encombres, vers des points précis. Quant au citoyen, il ne doit pas rester aveuglé par les imprécisions et les imperfections de la machine administrative. Il ne doit pas rester confiné dans sa propre ignorance ou sa propre lassitude. Il doit être outillé, éclairé, guidé à l’effet d’accéder sans difficultés, aux différents services fournis par l’administration. Car, sous-informé et rechignant à affronter la complexité de la machine administrative, l’usager a tendance à vivre hors de la république sans repères, sans informations et dans l’ignorance totale de ses droits et de la limite de ses devoirs. L’avènement du ‘’guide du citoyen’’ permettra à plusieurs de nos concitoyens d’apprendre, de réapprendre ou encore de consolider les données fondamentales en ce qui concerne notre pays. Il faut rappeler ici que sans la connaissance des données fondamentales du pays, il n’y a point de patriotisme et sans la manifestation collective du patriotisme, l’Etat est exposé à tous les dangers, à toutes les menaces.

En effet, l’Afrique en général et le Niger en particulier, connaissent des drames de la démocratie électorale, avec des débordements qui égratignent souvent la paix et la cohésion sociale. L’appropriation du guide par les citoyens pourrait forger un nouveau sentiment, moins politique et moins partisan. Une mentalité nouvelle et constructive de la nation. Enfin, on peut avancer que l’avènement du guide est une facilitation de l’accès, par les citoyens, aux différents services publics.

Monsieur le Médiateur quel est donc succinctement le contenu du guide du citoyen ?

Il faut savoir que le guide est une sorte de rapprochement technique entre le citoyen et l’administration. Cette dernière verra ses procédures simplifiées, parce que l’usager qui vient est déjà outillé et éclairé par le guide. Le guide du citoyen doit alors être un document de chevet pour tout Nigérien, puisqu’il décrit, selon des expressions et des illustrations, tout ce qui concerne l’Etat et la République, mais aussi les procédures et les mécanismes d’obtention de certains documents essentiels pour l’exercice de la citoyenneté. Le guide fournit aussi des informations et des indications destinées à améliorer la qualité de la gouvernance administrative et celle des entreprises. Je dois dire ici que l’élaboration de ce document est le résultat d’un partenariat entre l’USAID, l’ONG Counterpart international, l’ONDPH et mon cabinet. Permettez-moi de témoigner toute ma gratitude et ma reconnaissance à l’égard de l’USAID à travers son Programme de Gouvernance participative et réceptive-Activité (PRG-PA) et Counterpart international qui ont appuyé et encadré ce travail. C’est aussi le lieu de relever, pour mieux relater l’engagement dans ce processus et la présence à nos côtés de l’organisation nigérienne pour le développement à la base du potentiel Humain dont je salue le courage et la détermination. Par sa participation, elle donne un écho encore plus grand pour des résultats certains et largement diffusés.

Après l’élaboration de ce guide du citoyen, vous avez procédé, dans toutes les régions du Niger, à la phase de vulgarisation de ce document. Comment a-t-il été accueilli par les populations ?

Les populations ont vraiment aimé l’avènement de ce guide. La preuve, tous les jours, beaucoup réclament des exemplaires pour se cultiver eux-mêmes et pour sensibiliser leurs entourages. C’est le cas des élus, des organisations et même des citoyens lambda. C’est pourquoi je suis en train de former des citoyens leaders qui vont former beaucoup de personnes au niveau de l’ensemble des régions de notre pays. Du reste cette sensibilisation va continuer dans les 266 communes du Niger. Mais il ya des contraintes financières. On va continuer avec des partenaires pour atteindre le maximum de citoyens. C’est un enjeu capital pour le renforcement de l’Etat de droit au Niger. Du reste des populations réclament que ce guide soit introduit dans l’enseignement à tous les niveaux. C’est dans ce sens que nous sommes en train de traduire dans nos langues nationales ce guide et réaliser des illustrations pour la majorité de la population qui reste analphabète. L’intérêt et l’engagement des populations sont réels  à travers les différentes saisines.

Le guide du citoyen vient après un autre guide portant sur la «cartographie des voies de recours et des mécanismes de plaintes en cas d’abus par des membres des forces de sécurité». Que visiez-vous à travers l’élaboration de ce document ?

Permettez-moi de rappeler que ce document fait l’inventaire de tous les mécanismes internes et externes de contrôle de l’action des forces de défense et de sécurité. C’est un outil à l’usage non seulement des points focaux du Médiateur, mais aussi et surtout à l’usage de tout citoyen victime d’un abus, ou d’une inconduite de la part des personnels des services publics de sécurité. Par ce travail, mon institution vise, du point de vue général, la consolidation de l’Etat de droit, une œuvre constamment perfectible. Il faut dire que l’exercice effectif des droits et libertés et le parfait accomplissement des devoirs demeurent un vaste chantier, surtout dans un pays comme le nôtre qui connaît un très faible taux de scolarisation. En effet, le sous-développement et l’analphabétisme sont des sources de fragilisation des droits humains. Les pouvoirs publics et leurs partenaires doivent œuvrer chaque jour pour améliorer cette situation. Il s’agit de faire toujours un peu plus pour promouvoir et protéger les droits et les libertés publiques tout en donnant aux citoyennes et aux citoyens les moyens de faire entendre leurs voix. Car, au Niger le premier frein à l’exercice des droits et libertés, ce sont souvent les comportements. Par méconnaissance de leurs droits fondamentaux, par peur ou réticence face à la machine administrative ou par fatalisme, de nombreuses victimes renoncent à utiliser les voies de recours disponibles. Pour promouvoir l’Etat de droit et la bonne gouvernance, il faut donc sans relâche vulgariser le droit et mieux faire connaître les institutions de l’Etat.

Réalisée par  Oumarou Moussa(onep)