Le tramadol et ses alliés : Ces «comprimés» qui gangrènent la société

Société
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‘’Kartchi kassa’’, ‘’Issaka Issaka’’, ‘’Dongo ou Aradou’ ’, pour ne citer que ceux-là, sont les noms des différents comprimés consommés pour la plupart par des jeunes à Niamey. Vendus en plaquettes ou par paquets à des prix variant de 500 à 1000 FCFA, ces comprimés bon marché et facilement accessibles font des ravages. Il semble que les travailleurs de force sont les plus adeptes de ces produits toxiques à effets euphorisants et hallucinogènes. Avec ces comprimés, l’impossible devient possible, tout devient facile et faisable. Cependant, cela n’est pas sans conséquences. En effet, ces pilules roses ou blanches sont très dangereuses pour la santé mais aussi pour la sécurité car favorisant la délinquance. Au niveau de plusieurs carrefours de la ville de Niamey, le constat est amer et écœurant. Des jeunes qui, dirait-on, auraient pu avoir un avenir radieux, oscillent de gauche à droite sous l’effet de ces ‘’gâcheurs de vie ‘’.

Vendus par les faux pharmaciens et/ou par les petits vendeurs ambulants de médicaments dans les rues ou encore par les vendeurs de café, ces comprimés sont accessibles à tous. Selon des témoignages, les jeunes s’intéressent à ces comprimés afin de se donner la force de travailler pour certains et pour d’autres pour oublier leurs problèmes. Dilués dans du thé ou du café, les comprimés roses et blancs ne tardent pas à montrer leurs effets souvent contraires aux résultats attendus. En effet, ils sont nombreux ces jeunes qui, après consommation, vadrouillent dans les rues sans destination sous l’effet de ces comprimés. Et parmi eux, on peut distinguer des adolescents et des adultes. Ces comprimés connus sous diverses appellations sont des dérivés du tramadol ou tramol.  Leur consommation est devenue la solution par excellence pour les jeunes à tous leurs maux. Il semble que la prise commence souvent par deux petits comprimés et cela dans le but d’étudier pour certains écoliers jusqu’à des heures impossibles, de travailler sans ressentir la moindre fatigue.

Assis à même le sol dans le sable chaud du quartier centre aéré, le regard vide et l’air pensif, le jeune dénommé x est dans les vapes. Tantôt bafouillant des paroles incompréhensibles et insaisissables ou riant à gorge déployée, il ne se gêne pas de demander aux passants quelques pièces de monnaie pour soit disant manger. Dépendant de ces pilules ‘’gâcheurs de vie et d’avenir’’, il se retrouve à la merci de la rue. Il n’est malheureusement pas le seul ; au niveau du petit marché, ils sont aussi nombreux. Vêtu de haillons, papier plié à la main, il fait semblant de tirer sur son joint. Comme quelqu’un qui se bronze, il reste au soleil jusqu’à la fin de la journée sans se soucier du regard des uns et des autres. Tel un possédé, il est dans un autre monde, celui de l’hallucination et de l’étourdissement. D’aucuns le prendraient pour un fou mais il n’en est pas un. Ceux qui le reconnaitront diront la tranchante phrase ’’Irkoye béri (Dieu est grand), il n’était pas ainsi avant’’ ou ‘’ c’était un crack à l’école’’, ou feront l’habituel geste de la tête à leur vue tandis que les moins tolérants ne manqueront pas de les injurier.

Confondus à des fous ou des mendiants, ils parcourent la ville à la recherche de pièces d’argent pouvant leur permettre de payer leur dose journalière. Certains vont jusqu’à violenter les passants en cas de refus.

Ce fléau gangrène également le système éducatif où certains élèves ne se gênent pas pour consommer des comprimés dilués dans des boissons ou de fumer de l’herbe derrière les salles de cours ou les établissements. Les plus malins se cachent tandis que les audacieux s’en vantent. De deux comprimés, ils deviennent dépendants et finissent par abandonner l’école. Nombre d’élèves violents et virulents ou encore victimes de crise d’épilepsie ou de convulsion sont souvent dépendants de ces pilules. Si dans les écoles, l’espoir de réinsertion de l’élève y est, dans les villes, l’espoir n’y est pas. Pour les travailleurs de force, ce sont des plaquettes qui sont consommées à longueur de journée.

Et pourtant, selon les spécialistes de la santé, le Tramadol est un antalgique prescrit pour soulager en général des douleurs. Il est sous forme de cachets, gélules ou solution buvable, et, est vendu sous présentation d’une ordonnance car une surconsommation a de lourds dégâts sur l’organisme. Malgré tout cela, ces comprimés continuent de circuler clandestinement dans la ville et de gâcher la vie des jeunes. Cela constitue une énorme perte pour le pays.

Par Rahila Tagou(onep)