M. Adam Efangal, Maire de Tabelot : « Nous avons l’espoir qu’avec le travail de sensibilisation, le taux de recouvrement de la taxe municipale, qui vacille de 20 à 30%, montera jusqu’à 70% »

Invite de sahel dimanche
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Située dans le département de Tchirozerine, au nord-est de la ville d’Agadez, la commune rurale de Tabelot est une zone de productions maraichères, à laquelle s’ajoute l’orpaillage. Selon l’Institut national de la statistique, la commune rurale de Tabelot a une population de 50.071 habitants avec une superficie de 47.122,59 km2. La culture de l’oignon est l’une des principales activités des populations. Cette production est estimée, en 2021, à environ 11 mille tonnes d’oignon, pour une valeur estimée à plus de 3 milliards et demie de FCFA. D’autres spéculations y sont aussi produites. Par ailleurs, l’orpaillage, qui a fait son apparition, il y a trois ans, contribue beaucoup aux recettes communales de cette localité. Sous la conduite du Maire Adam Efangal, le Conseil municipal de Tabelot a, au cours des trois dernières années, investi sur fonds propres la somme de 793.454.710 FCFA au profit de plusieurs secteurs sociaux de base. Le maire Adam Efangal évoque, dans l’entretien qui suit, les potentialités, les défis et les perspectives de la commune de Tabelot.

M. le Maire, pouvez- vous nous parler des potentialités et des ressources dont dispose la commune de Tabalot pour répondre aux besoins des populations ?

En général, nos communes ont des ressources assez limitées. Ces ressources se résument à des taxes sur les marchés, quelques rétrocessions de certaines taxes au niveau du gouvernement et la taxe municipale. C’est ainsi que dès le départ nous avons misé sur la taxation de la production marchande sur les produits agricoles, car la commune a une capacité de grande production agricole. Nous voulons sensibiliser la population pour que cette taxe soit mobilisée et nous avons encouragé la création d’un certain nombre de marchés. Ici à Tabelot nous en avons deux, celui de Tabelot chef-lieu et celui d’Aberdek, il y a un troisième à Mouajoud, qui commence timidement. Nous prélevons des taxes au niveau de ces différents marchés. Ces trois dernières années avec le développement de l’orpaillage, nous avons décidé, au niveau du conseil de taxer ces activités pour mobiliser encore plus de ressources. Cependant, l’incivisme fiscal se fait sentir au niveau de la taxe municipale, où les gens, après plusieurs années de rébellion, dans cette zone sont réfractaires au paiement de cette taxe. D’ailleurs dans plusieurs communes d’Agadez, le taux de recouvrement de la taxe municipale ne dépasse guère les 20¨%. Pour d’autres communes ce taux insignifiant n’est même pas atteint. Par contre, la taxe sur la production marchande et celle de l’orpaillage ont des taux de recouvrement assez appréciables. Si on met le tout ensemble, le taux de réalisation du budget, en termes de recettes n’est pas satisfaisant. Car on enregistre entre 30 et 40% et cela est insuffisant pour nous et il reste beaucoup à faire en termes de sensibilisation. Nous y travaillons et nous érigeons nos hameaux en villages administratifs, pour responsabiliser les chefs de ces villages par rapport à la mobilisation de la taxe municipale. A la fin de l’année, nous allons voir quels en sont les résultats. Mais déjà avec le travail que nous avons commencé, nous remarquons qu’il y a un changement, il y a un engouement, nous avons l’espoir qu’avec le travail de sensibilisation que nous menons, ce taux de recouvrement de la taxe municipale, qui vacille de 20 à 30%, montera jusqu’à 70%. Nous sommes convaincus qu’il faut beaucoup de travail de sensibilisation pour atteindre ce taux. Car sans ressources internes, on ne peut ni lever les ressources externes encore moins faire le développement. Or la population attend beaucoup de la part des responsables plusieurs services dans les domaines de la santé, de l’hydraulique, de l’éducation et dans beaucoup d’autres secteurs.

Qu’en est-il justement des secteurs sociaux de base comme l’éducation, la santé dans votre commune ?

Ce secteur, il faut le dire, rencontre beaucoup de difficultés, notamment dans la qualité de l’offre de cette éducation. Ici nous n’avons pas suffisamment d’enseignants dans toutes les écoles, ces enseignants ne sont pas de qualité, comme dans tout le Niger. Au niveau de la commune, nous consacrons une part importante de notre budget pour appuyer l’école. Nous réalisons des infrastructures, nous dotons les classes de matériels éducatifs comme les tables-bancs, nous aidons les structures de l’éducation, comme le CAPED, à se réunir. Par la force des choses, nous aidons même les collèges d’enseignement général, pour seulement permettre aux enfants de poursuivre normalement leur cycle scolaire, à travers l’internat et en assurant aussi leur alimentation. Car sans cela, le taux de déperdition scolaire risque d’être important, les enfants provenant des différents villages risquent d’abandonner l’école s’ils n’ont pas là où se loger et se nourrir. Nous prenons aussi en charge les locations des élèves qui arrivent à atteindre le lycée ou l’université à Niamey. Les enfants des pauvres s’ils sont dans les grandes villes, sans soutien, ils abandonnent les études. Nous sommes obligés d’apporter ces soutiens, même si cela ne relève pas des communes. Car sans cela, tous les efforts consentis à la base seront vains. Par rapport à l’éducation des jeunes filles, certains parents sont hésitants et réfractaires à envoyer leurs filles à l’école, ils préfèrent les garder à la maison pour les travaux ménagers et pour ensuite les donner en mariage. Là aussi nous les sensibilisons pour qu’ils laissent ces enfants aller à l’école comme leurs frères garçons. Car sans éducation et sans formation, on ne peut pas assurer un développement de qualité à nos populations. D’ailleurs, nous saluons et félicitons le Président de la République, SEM Mohamed Bazoum pour avoir mis un point d’honneur et décider de promouvoir l’éducation de la jeune fille nigérienne. Concernant la santé, je reconnais que là aussi les besoins sont nombreux en personnel et en infrastructures. Là aussi, nous avons apporté notre appui, en construisant des cases de santé, en recrutant des jeunes de la commune, pour les envoyer dans des écoles de santé pour être formées et aptes à gérer ces cases de santé. Au niveau de la commune de Tabelot, nous avons 5 CSI et plus d’une dizaine de cases de santé, dont la majeure partie a été construite avec nos propres moyens ou souvent avec l’appui de nos partenaires. Les CSI ont été construites par l’Etat mais à tous les niveaux, nous essayons d’apporter  appui à travers la mise en place des agents auxiliaires, des ambulanciers, des achats des produits ainsi que la formation des agents de santé. Durant les 6 dernières années, sur fonds propres de la commune, nous avons formé une dizaine d’agents et engagé huit autres pour servir dans les cases de santé.

Votre commune connait aussi, depuis quelques années l’afflux des orpailleurs. Quels sont les avantages que la commune de Tabelot tire des activités d’orpaillage et quelles sont les difficultés qui résultent de ces activités ?

En effet, depuis ces trois dernières années, un afflux massif d’orpailleurs a été constaté, en provenance de l’intérieur comme de l’extérieur du Niger. Certes, il y a des aspects positifs concernant ces sites d’orpaillage mais il y a aussi des aspects négatifs. Par rapport aux points positifs, comme je l’ai dit ci-haut, les recettes de notre commune ont sensiblement augmenté suite à ces activités d’orpaillage, dont certaines sont taxées. Cependant, la gestion de tous ces migrants et la cohabitation avec les autochtones nous posent beaucoup de travail. Car, là encore il faut beaucoup sensibiliser. D’abord, sur les sites d’orpaillage il faut mettre des comités, il faut aussi sensibiliser par rapport à la gestion de l’environnement, surtout que nous sommes dans une zone presque désertique. Les orpailleurs coupent, à tout bout de champ, les rares arbres qui sont là, ce qui constitue un vrai problème pour nous. Il y a aussi l’aspect socio-culturel, où les gens viennent avec leurs pratiques. Il y a aussi la  prostitution qui s’y développe, la consommation des stupéfiants, ce qui donne des mauvais exemples aux enfants et à la communauté. Les tentatives d’imitation de ces pratiques découragent les enfants à aller à l’école, car ils pensent que c’est là où la vie est plus facile et gagner facilement de l’argent. Il faut donc veiller à l’harmonie entre les différents acteurs qui interviennent, ce qui n’est pas du tout facile. Cet afflux pose aussi le problème de la gestion des infrastructures, les produits sanitaires, etc, qui ne sont pas suffisantes pour accueillir tout ce beau monde. C’est pour cela que je dis que la commune à elle seule ne peut pas y faire face. Des organisations comme l’OIM, nous aident dans ce sens, en prenant en compte nos besoins et ceux des populations. L’Etat doit faire des efforts pour nous accompagner à travers la réalisation des infrastructures et autres investissements pour encadrer tout ce beau monde.

Par rapport aux redevances minières, votre commune en bénéficie-t-elle ?  

Comme vous le savez, la région d’Agadez est une zone minière. Les arriérés de ces redevances se chiffrent à plus d’une dizaine de milliards FCFA. C’est dire que l’Etat n’est pas à jour par rapport au paiement de ces redevances minières. Certes, les sociétés sont en règle mais l’Etat ne l’est pas. Je pense qu’il va falloir trouver un mécanisme mieux adapté pour que ces redevances minières de 15% reviennent aux collectivités, en temps réel et cela surtout pour les communes qui n’ont pas un grand potentiel fiscal, comme les communes rurales comme Tabelot. Notre commune possède 60% de la production des produits maraîchers de la région d’Agadez. L’oignon est de loin la production la plus importante à Tabelot, il y est produit deux à trois fois par an. Les gens préfèrent attendre quand les prix sont intéressants et quand les marchés extérieurs (Côte d’Ivoire, Ghana, Bénin), sont accessibles et aussi quand les régions du sud (Tahoua et Maradi) n’ont pas encore récolté, pour écouler leurs productions d’oignon. C’est donc une stratégie que nos producteurs adoptent pour éviter la mévente. A Tabelot, nous produisons d’autres spéculations comme l’ail, la pomme de terre, la coriandre, les agrumes, qui sont produits en quantité minime. 

Quels sont les sujets qui vous tiennent à cœur, en tant que maire de Tabelot ?

En tant que maire de la commune de Tabelot, je constate que les populations ont beaucoup de problèmes et d’attentes qui n’ont pas eu de réponses et cela dans divers secteurs. Je pense que pour que la commune puisse faire face à ces différents problèmes, il lui faut des ressources propres. De façon générale, la mobilisation des ressources propres, dans nos communes, nécessitent beaucoup, beaucoup de travail, d’engagement, de mobilisation et surtout de sensibilisation. Aussi, il faut surtout beaucoup travailler sur l’agriculture, sur l’élevage et exploiter l’opportunité à travers l’orpaillage. A ce niveau, l’Etat doit accompagner, encore plus, les collectivités, car, je pense que les efforts de l’Etat ne sont pas suffisants. Je pense aussi que le développement doit partir de la base au sommet pas l’inverse. La majorité de la population de Tabelot a un âge compris entre 15 à 45 ans, c’est dire que cette population est jeune, donc une main d’œuvre disponible, qui ne demande qu’à être utilisée. Car si ces jeunes n’ont pas d’occupation, cela constitue une vraie menace pour la commune et même pour le pays entier. Il va falloir occuper toute cette jeuneusse d’ici comme d’ailleurs à travers l’agriculture et l’élevage, grâce à la maîtrise de l’eau. C’est quand ces deux secteurs sont promus et développés que les Nigériens peuvent effectivement nourrir les Nigériens, que les jeunes auront du travail et qu’ils ne tombent pas dans certaines mauvaises pratiques et que les communes et le pays se développeront. Un autre sujet qui me tient à cœur est l’enclavement de notre commune lié à l’état ou même l’inexistence des routes. Tabelot est une zone montagneuse, les crues dues aux pluies dégradent annuellement les rares routes qui existent. Je lance un appel pour qu’on nous aide à bitumer, à goudronner nos routes et surtout celle qui quitte Agadez pour aller à Dabaga, jusqu’à Tabelot. Car, c’est une importante zone de production et d’échanges, où dans l’année, on peut enregistrer 50 jusqu’à 100 camions qui font des va et vient pour transporter les productions maraîchères. Je lance ce cri d’alarme à l’Etat nigérien pour que cette importante route soit réhabilitée pour accélérer le développement de notre zone.

Par Mahamadou Diallo(onep)