M. Adji Mansour, Secrétaire général de l’Ordre National des Architectes du Niger : « L’Ordre National des Architectes du Niger milite auprès des services de l’Etat et des services municipaux pour le respect de la loi régissant la construction des bâtiments»

Invite de sahel dimanche
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Ces dernières années les nigériens s’intéressent de plus en plus à la construction des immeubles qui poussent comme des champignons et ce, dans presque tous les quartiers de la capitale, surtout sur les grandes voies, ces bâtiments sont pour la plupart à usage commercial. Ces infrastructures contribuent certes à l’embellissement et la modernisation de la ville ;  cependant, nous assistons à des effondrements de ces bâtisses conçues à grand frais.

M. le secrétaire général pouvez-vous nous dire les causes de l’effondrement de certains immeubles dans la capitale ?  

Ces sinistres sont le plus souvent liés à un phénomène qui prolifère au Niger, quand on sait que les propriétaires des terrains ont pour culture de réaliser leur conception avec l’aide des maçons, des techniciens et tâcherons qui n’ont reçu aucune formation dans le domaine, et qui ont appris la construction de manières empiriques. Il n’y a pas d’étude technique et ou solide réalisée pour calculer les charges qui vont arriver sur le bâtiment, ou une bonne coordination des travaux, ce qui fait que les structures peuvent être mal  dimensionnées et à la longue, elles peuvent  s’effondrer. Parfois les gens s’implantent sur le terrain, font des fondations, placent leurs bâtiments sans bien étudier le sol, sans associer les architectes qui ont pour vocation d’étudier le sol, faire une conception adaptée à l’environnement et aux caractéristiques du sol. Il y a aussi la nature des matériaux qui entrent dans la composition de l’ouvrage.

Quelle est la voie à suivre pour éviter ce genre de situation ?

 Les propriétaires des terrains doivent respecter les normes. Le Niger  dispose d’un ensemble de lois et de principes qui encadrent la réalisation des bâtiments. Si par exemple la personne habite dans une maison simple et veut ajouter un niveau(R+1), elle doit d’abord adresser une demande d’autorisation de construction à la Mairie qui dispose en son sein d’.une commission spécialisée qui est là pour orienter les intéressés et leur permettre d’améliorer la qualité de leur projet. Ainsi, les membres de ladite commission se réunissent pour étudier le plan et faire des observations ;  s’il y a des défauts par rapport aux règlementations, au voisinage ou si le bâtiment est proche de la limite de la parcelle, la personne n’a pas respectée un certain nombre de règlementations, de recul, d’exposition solaire ou d’éclairage.

Lorsque  le propriétaire de terrain veut réaliser un bâtiment qui atteint R+2 ou plus, il doit passer par le Ministère des Domaines, de l’Urbanisme et du Logement. Le Ministère a à son niveau une commission d’approbation qui va aussi étudier le plan des ingénieurs, le plan d’électricité, de plomberie, et qui va s’assurer que le bâtiment respecte les normes. C’est certes contraignant et le grand public fuit ces démarches, mais c’est ça qui garantit la qualité et la stabilité de la construction dans la durée. Si on respectait ces normes, si on faisait appel aux architectes et ingénieurs, si on faisait le suivi de la construction on aura moins des cas d’effondrement des bâtiments qui met en jeu les vies humaines. Il faut faire appel à l’expertise. Les architectes élaborent le plan et participent à toutes les démarches tant au niveau de la Mairie qu’au niveau du Ministère et l’intéressé obtient une autorisation de construire en bonne et due forme ; ça rassure l’ensemble de partenaires avec lesquels il est censé travailler. Dans la commission de permis de construire, il y a également tous les services de protection civile, même la réglementation en terme de sécurité incendie, d’évacuation, d’accessibilité sera intégrée dans le projet. Malheureusement dans le contexte nigérien on le fait peu.

Que faut-il faire pour que cette réglementation soit respectée ?

L’Ordre National des Architectes du Niger milite auprès des services de l’Etat et de services municipaux pour le respect de la loi régissant la construction des bâtiments. Puisqu’il est dit au Niger, au-delà de 100 mètres carré et 20 millions de coup de construction, le propriétaire est obligé de faire appel à un architecte. Dans ce contexte les 80% de constructions qui se réalisent ici sont dans l’illégalité. Que ce soit les constructions des particuliers, que ce soit également des constructions des grands projets faits par l’Etat, où on fait appel à des architectes non agréés qui ne sont pas inscrits à l’ordre des architectes du Niger, qui certes sont des architectes chez eux mais ne connaissent pas le contexte nigérien et donc ne peuvent pas intégrer les contraintes à la fois climatiques, règlementaires, socioculturelles dans les constructions qu’ils réalisent. Au-delà du problème des bâtiments qui s’effondrent il y a aussi des bâtiments inadaptés à notre contexte.

Les architectes locaux sont-ils associés dans des projets de construction  de grande envergure ?

La majorité des grands projets ont été initiés par ces architectes locaux qui réfléchissent parfois gratuitement pour l’Etat, pour des structures comme Niamey Nyala ; ils s’engagent pour les projets de fêtes tournantes dans les différentes régions mais ils sont  malheureusement écartés quand il s’agit de la réalisation. Ces architectes se trouvent parfois dans l’incapacité de supporter leurs propres charges, une difficulté dans laquelle on place tout un secteur de l’économie qui emploie beaucoup des jeunes. L’Etat doit faire en sorte que ce secteur générateur de milliards de FCFA chaque année puisse avoir des retombées plus importantes au Niger, pour le nigériens et pour ceux qui se battent pour le développement de la qualité architecturale et de la construction au Niger. On évolue dans un contexte où les structures œuvrant dans la chaine de la production des bâtiments souffrent d’un manque de formation, de qualification une formation continue des acteurs de la construction est plus que nécessaire.

Réalisée par Aïchatou Hamma Wakasso(onep)