M. Dalla Korodji, président du Conseil Régional de Diffa « Avec l’accalmie sécuritaire, malgré les inondations, nos communautés peuvent, avec des moyens conséquents, se prendre en charge»

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Le Conseil Régional de Diffa est au coeur des défis du développement socio-économique et culturel du Manga. La région sort progressivement d’une situation sécuritaire critique. A peine, reprennent les activités phares de la zone, comme l’irrigation, l’élevage et la pêche que survient un cycle d’inondation de plus en plus dévastateur des productions agricoles et des pâturages, d’année en année. Dans cet entretien, le président dudit Conseil, M. Dalla Korodji, nous explique ces défis, ainsi que le rôle de son institution.

Monsieur le président, la région de Diffa vit sous l’état d’urgence sécuritaire depuis quelques années. L’accalmie revient progressivement et l’heure semble être à la relance des activités socio-économiques. Et vous venez d’entamer votre mandat à la tête du conseil régional. Voudriez-vous nous parler de vos principaux défis ?
Les défis sont énormes. Récemment, en prélude à l’élaboration de notre budget, nous avons sillonné les 12 communes de la région, pour prendre en compte les préoccupations essentielles de toutes les communautés. Et là, nous avons fait une synthèse régionale. En terme de défis, il y’a d’abord la question sécuritaire. Malgré l’accalmie retrouvée, nous avons des problèmes particulièrement au niveau de la commune de Gueskerou où l’on enregistre des cas d’enlèvement et des vols à main armée. L’Etat et les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) sont à pied d’oeuvre pour garantir la quiétude sociale.
Maintenant, c’est vrai, vous n’êtes pas sans savoir qu’il y’a ce processus de retour des populations déplacées dans leurs villages. Le défi majeur est, alors, d’arriver à satisfaire les besoins socio-éducatifs de base, notamment en matière d’infrastructures hydrauliques, d’infrastructures sanitaires et d’infrastructures éducatives. Parce que tout est parti!
Le Conseil Régional porte le développement socio-économique et culturel. Et nous avons pour mandat de satisfaire les besoins minimums de ces populations. Nous sommes allés sur le terrain, nous avons discuté avec les communautés. Elles nous ont fait part de leurs attentes. Le premier aspect, c’est le déficit alimentaire et fourrager, compte tenu de la faible pluviométrie enregistrée au cours de la campagne agro-sylvo-pastorale. Il va falloir apporter des réponses à ce déficit alimentaire et fourrager.
Deuxièmement, nous avons relevé une insuffisance d’infrastructures hydrauliques, surtout dans les zones pastorales. Pour assurer l’accès à l’eau potable à ces populations, il va falloir réhabiliter les ouvrages et construire de nouveaux. En termes d’éducation, c’est surtout l’insuffisance de l’effectif du personnel enseignant. Pareillement dans le domaine de la santé.
Le troisième aspect, qui est particulier à la région, c’est le phénomène récurrent d’inondations. La Komadougou longe notre région sur 150km. Et nous assistons chaque année à des inondations. C’est cyclique! Dans le temps, la montée des eaux n’impactait pas au-delà de 5km. Actuellement cela touche plus de 70km. L’eau a même coupé la route nationale N°1 (RN1) entre la ville de Diffa et Nguigmi, obligeant les usagers à contourner sur une centaine de km. L’eau dévaste une grande partie des productions irriguées et impacte même le pâturage. C’est là un défi énorme pour la région: maitriser cette eau, afin qu’elle n’ait plus de conséquence négative mais qu’elle soit plutôt exploitée à bon escient. Il va falloir envisager des barrages ou des ouvrages de retenue d’eau qui puissent profiter aux communautés riveraines. De Mainé-Soroa jusqu’à Bosso, les populations ont demandé à être protégées contre ces inondations.
Le défi environnemental est important. Le changement climatique s’accentue de plus en plus par la déforestation. La situation est assez remarquable autour des camps des réfugiés. Au niveau du Conseil Régional, nous réfléchissons sur un mécanisme qui nous permettra de faire changer les comportements et amener les communautés à participer à la reforestation.
Et, que faut-il, dans l’immédiat ou à court terme, pour permettre aux communautés impactées par l’insécurité et ces inondations cycliques, d’être plus résilientes ?
Les producteurs le long de la Komadougou ont besoin d’appui en équipement de production et en intrants agricoles, parce qu’avec l’accalmie sécuritaire, malgré les inondations, nos communautés peuvent, avec des moyens conséquents, se prendre en charge.
Par rapport à la pêche, qui représente beaucoup pour l’économie de la région, les acteurs ont des difficultés en termes d’équipements également. Et l’activité est risquée au niveau du lac. Mais nous espérons qu’il y aura des solutions idoines, avec l’engagement de nos FDS. Quand vous partez à Bosso où à Nguigmi, vous verrez le volume important de poisson du lac. Nous pensons que c’est un espoir pour la région de Diffa.
Du point de vue action de développement, il y a un besoin de coordination de tous les acteurs autour du Conseil Régional. Avec toute cette pléthore de partenaires à Diffa, nous avons vraiment besoin de cette coordination, pour une synergie d’action. Nous, nous avons jugé nécessaire d’aller rencontrer les communautés des 12 communes. Chaque commune a les besoins réels de sa communauté. Et il y a des priorités partout. C’est pourquoi nous invitons tous les acteurs et les partenaires à se pencher sur ces priorités exprimées par les communautés elles-mêmes. Il ne s’agit pas de faire des investissements où l’on veut mais où il faut selon les attentes essentielles des bénéficiaires.
Vous avez évoqué le processus d’élaboration de votre budget. Ce qui suppose évidement un programme à mettre en oeuvre. Concrètement quelles sont les actions envisagées ou envisageables au niveau du Conseil Régional ?
Il y a des aspects que le Conseil Régional peut prendre en compte, il y a des aspects que la commune peut prendre en compte. Au-delà, le Conseil Régional en tant que porteur du développement économique, social et culturel de la région, nous sommes appelés à mener des plaidoyers auprès de l’Etat et de ses partenaires pour la résolution de certaines priorités.
Nous avons un Plan de développement régional (PDR) qui est vraiment un cadre de référence pour toutes les actions de développement. Et c’est vrai, ce plan est à son terme. Mais ce PDR s’aligne, dans une suite logique, au Plan du Développement Economique et Social de l’Etat. Toutes nos actions consistent à voir d’abord comment arriver à relever le défi alimentaire et fourrager.
Selon le transfert des compétences, il y’a des domaines spécifiquement à la charge du Conseil Régional (environnement, formation professionnelle et l’éducation, la santé, l’hydraulique pastorale). En ce sens, le Conseil Régional fait la situation, l’état de la région.
Et quels sont vos moyens d’actions ?

Conformément aux domaines transférés, des ressources devraient suivre. L’Etat est en train de fournir les efforts nécessaires pour transférer les ressources pour la mise en oeuvre des activités. A part cela, ici à Diffa, nous avons des taxes que le Conseil Régional mobilise, notamment la taxe environnementale (TR) qui contribue à la mise en oeuvre de nos activités. Il y a également des taxes parafiscales qui reviennent aux collectivités. Nous avons aussi des partenaires qui s’inscrivent dans la vision de notre plan de développement régional. Dieu merci, à 6 mois de notre installation, nous bénéficions d’un regain d’attention et de considération dans le mécanisme de coordination et de synergie des actions.

Réalisé par Ismaël Chékaré,
Envoyé Spécial(onep)