M. Issifi Boureima, Coordonnateur du Cadre Transitoire Opérationnel de la Commission Climat pour la Région du Sahel : « La Commission Climat pour la Région du Sahel s’est dotée d’un Plan d’Investissement Climat (PIC-RS 2018-2030) d’un coût global d’environ 440 milliards de dollars»

Invite de sahel dimanche
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M. le Coordonnateur, en 2016, une commission Climat pour la région du Sahel a été créée et sa présidence a été confiée au Président de la République du Niger :  veuillez nous  faire la genèse de la création de cette commission ?

Le Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement Africains dit « Sommet Africain de l’Action en faveur d’une Co-émergence continentale » tenu à Marrakech au Maroc en marge de la 22ème Conférence des Parties (COP22) à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) en novembre 2016, à l’Initiative de Sa Majesté le Roi du Maroc, a été sanctionné par une Déclaration dite de Marrakech. Il a décidé entre autres la création de trois Commissions climat, une pour la Région du Sahel, présidée par la République du Niger, une  pour le Bassin du Congo, présidée par la République du Congo, et enfin la 3ème  pour la Région des Etats insulaires, présidée par la République des Seychelles. Cette Déclaration de Marrakech a été endossée par la vingt-huitième Session de l’Assemblée de l’Union Africaine (UA), tenue du 30 au 31 janvier 2017 à Addis-Abeba, conférant ainsi la base juridique et la légitimité continentale, nécessaires à la création effective des trois (3) commissions climat de l’Afrique. De même, cette Assemblée de l’UA a souligné l’importance d’assurer une coordination, et une coopération pleine et entière avec la Conférence Ministérielle Africaine sur l’Environnement (CMAE) et le Comité des Chefs d’Etat et de Gouvernement Africains sur les Changements Climatiques (CAHOSCC) afin de consolider la position commune du Continent tant dans la sphère multilatérale que dans la mise en œuvre des décisions y afférentes. Cette décision de l’UA constitue ainsi le mécanisme concret de la mise  en œuvre de l’Accord de Paris en Afrique en général.

 

Quelles sont les missions assignées à la CCRS ?

A travers cette initiative phare de création de ses trois (3) commissions, les dirigeants africains avaient voulu exprimer leur volonté de définir ensemble un mécanisme concret devant faciliter une meilleure mise en œuvre de l’Accord de Paris en Afrique et cela dans le but d’apporter des réponses durables aux effets des changements climatiques sur le continent. Placée sous la présidence de la République du Niger, la Commission de la Région du Sahel (CCRS) est ainsi chargée de la coordination et du suivi des initiatives prioritaires dans le domaine de la lutte contre les changements climatiques et du développement durable dans cet espace, et de la mobilisation des partenaires bilatéraux et multilatéraux aux fins de recueillir les ressources nécessaires pour la mise en œuvre des initiatives identifiées. La CCRS regroupe dix-sept (17) pays du Sahel tels que définis dans le rapport diagnostic sur l’état du climat au Sahel, élaboré dans la perspective de l’élaboration du Plan d’investissements Climat. Ce sont le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, Djibouti, l’Erythrée, l’Ethiopie, la Gambie, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigéria, le Sénégal, le Soudan, le Tchad.

 

Qu’est-ce qui justifie selon vous le choix du Président Issoufou pour diriger la CCRS ?

Ce choix n’est pas du tout le fruit du hasard, il est le résultat de la volonté politique affichée et du leadership de SEM. ISSOUFOU MAHAMADOU sur certains défis et valeurs depuis son accession au pouvoir, parmi lesquels la bonne gouvernance, le respect de la dignité humaine, une vision de l’Afrique unie et la lutte contre les effets néfastes du changement climatique.

Sa vision « sécheresse ne doit plus être synonyme de famine » a conduit à la mise en œuvre de l’initiative 3N (les Nigériens nourrissent les Nigériens). Cet important investissement dans le secteur agrosylvopastoral a été conçu et mis en œuvre afin de sortir le Niger des conséquences désastreuses des aléas climatiques. L’initiative 3N a fait ses preuves au Niger. Et fait école aujourd’hui dans la sous-région. Ce qui conduit la FAO à en faire un exemple dans ses interventions. Tout cela, en plus de la position géographique stratégique du Niger, a concouru à la désignation de SEM ISSOUFOU MAHAMADOU par ses pairs à la Présidence de la CCRS.

 

Notre  pays assure la présidence de la commission, où en est le processus d’opérationnalisation de la CCRS ?

 

Il faut déjà noter que la Présidence de la CCRS confiée au Niger est une présidence permanente qui constitue de ce fait un des héritages stratégiques que lègue le Président Issoufou Mahamadou à la postérité.

Concernant l’opérationnalisation de la CCRS, elle a été enclenchée dès le mois de Janvier 2017, sous l’impulsion de SEM ISSOUFOU MAHAMADOU, Président de la République du Niger, Président de la Commission.

Depuis lors, plusieurs résultats ont été obtenus dont la mise en place du Groupe de Travail Conjoint (GTC) des experts des pays membres de la Commission, l’élaboration et la validation du rapport diagnostic sur les changements climatiques au Sahel, la mise en place de l’instance ministérielle de la Commission. Aussi, le cadre de son opérationnalisation, la CCRS, s’est dotée d’un Plan d’Investissement Climat (PIC-RS 2018-2030), d’un coût global d’environ 440 milliards de dollars avec pour objectif de contribuer à l’effort planétaire d’atténuation des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) et d’accroitre les capacités d’adaptation et de résilience des populations sahéliennes et leurs moyens d’existence. L’élaboration et l’adoption de ce Plan d’investissement a été accompagnée d’une stratégie de Mobilisation et de Plaidoyer, d’un Plan de suivi Evaluation et d’un Dispositif Institutionnel. Aussi, un Programme Prioritaire comprenant six (6) axes  a été élaboré sur la période 2020-2025 afin de Catalyser les Investissements Climat au Sahel.

Comme autres résultats atteints par la CCRS, nous pouvons également citer la préparation et l’organisation à Niamey, le 25 Février 2019, de la 1ère Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement des pays membres de la Commission, précédée par quatre réunions successives du Groupe de Travail Conjoint (GTC) et de trois (3) réunions des Ministres de l’Environnement des pays membres. Cette conférence a été suivie par l’organisation d’une table ronde à Niamey pour le financement du PIC-RS et du PPCI (2020-2025). Lors de la même Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement, les pays membres ont convenu de la création d’un Secrétariat Permanent (SP) qui devrait être chargé au niveau opérationnel, de la coordination et du suivi de la mise en œuvre du PIC-RS et du PPCI-Sahel.

La CCRS a aussi organisé une réunion consultative des dirigeants du Sahel sous la présidence de SEM ISSOUFOU MAHAMADOU en septembre 2019 à New York, réunion qui a vu la participation d’éminentes personnalités et des organisations internationales dont le Secrétaire Général des Nations Unies.

 

Quel est le   mécanisme de fonctionnement de la CCRS?

Il faudrait rappeler le fait que la commission, c’est un processus. Il faut alors se mettre à l’esprit qu’il est inclusif. Sous l’impulsion du Président de la République, président de la CCRS, nous avons mandat de veiller à ce que soient impliqués tous les acteurs des parties prenantes, c’est-à-dire les pays membres, les partenaires, les organisations étatiques et non-étatiques. Il faut ensuite l’approche stratégique. A ce niveau, nous avons plusieurs mécanismes. D’abord, on doit s’assurer de l’implication cohérente du dispositif institutionnel de la commission. Sur ce point, je précise qu’il y a un groupe de travail conjoint mis en place depuis mai 2017 ici à Niamey, composé de deux experts par pays membre. Puis vient le dispositif ministériel qui institue la réunion des ministres de l’environnement de la région.  Il y a également la présidence de la commission assurée de façon permanente par la république du Niger à travers la personne du président de la République qui, à la différence des autres institutions est fixe, non rotatoire. C’est, il faut le dire, un des héritages que le Président Issoufou va nous laisser. Il faut se féliciter  de ce succès diplomatique.  A travers ces aspects de mission d’implantation durable du dispositif institutionnel de la commission, nous avons mandat aussi de créer et de veiller sur toutes les études concourant à renforcer la base juridique de la commission.  Il s’agit notamment de l’élaboration et la validation de l’acte constitutif de la commission qui, rappelons-le, est née d’un sommet des chefs d’Etat et a reçu en janvier 2017 le cachet   juridique de l’Union Africaine en entérinant toutes les décisions issues dudit sommet. Au niveau de l’espace Sahel climatique qui est composé de 17 pays issus de trois espaces sous régionaux différents, à savoir la CEDEAO, la CEMAC et la LIGAD. Vu cette composition, il  nous faut prendre un acte constitutif permettant de lier tous ces pays-là. Nous allons prendre des dispositions pour, d’ici au terme du processus transitoire, élaborer et valider les textes permettant au secrétariat permanent  de travailler de façon cohérente et nous avons aussi le devoir de veiller à ce que tous les projets identifiés à travers le PIC soient conduits. Côté partenariat, il faut souligner que la Banque Mondiale a accepté qu’on lui soumette une note conceptuelle pour financer la première phase d’élaboration des projets  du PIC pour catalyser des investissements. Nous avons entamé les mêmes consultations avec les autres partenaires. Je peux vous dire que toutes les conditions sont créées, reposant déjà sur la volonté politique affichée  du Président Issoufou, président de la CCRS, pour que la commission atteigne les résultats attendus, c’est-à-dire avoir un Sahel où les populations sont devenues résilientes,  mises à l’abri des caprices de la nature et disposant des moyens d’existence améliorés.

 

Il a été créé une structure dénommée «Cadre Transitoire Opérationnel» que vous dirigez. A quoi consiste-t-il ?

La 1ère  conférence des chefs d’Etat tenue le 25 Février 2019 à Niamey a décidé de la création du Secrétariat Permanent (SP) de la Commission. Toutefois, avant la mise en place effective du SP, il est apparu nécessaire de mettre en place un Cadre Transitoire Opérationnel (CTO). Le CTO a été ainsi créé par Décret n°2019-561/PRN du 04 octobre 2019, auprès du Président de la République du Niger, Président de la Commission Climat pour la Région du Sahel. Ce Cadre Transitoire Opérationnel (CTO) a pour missions de conduire le processus du règlement d’une série de diligences stratégiques et règlementaires devant permettre un fonctionnement cohérent et durable des instances de la Commission et d’assurer une meilleure capitalisation des résultats issus de la table ronde pour le financement du PIC-RS et de son PPCI – Sahel. Le CTO conduira ainsi en relation avec toutes les parties prenantes, l’opérationnalisation de la Commission jusqu’à la mise en place effective du Secrétariat Permanent. Pour mener ce travail, en plus du Coordonnateur, le CTO-CCRS est assisté d’un personnel d’appui national et de quatre (4) experts transversaux issus du Burkina Faso pour le Sahel Ouest, du Tchad pour le Sahel Centre, de Djibouti pour le Sahel Est, et du Nigeria représentant le Sahel Anglophone.

 

Le CTO-CCRS doit conduire l’opérationnalisation de la commission jusqu’à la mise en place effective du Secrétariat Permanent de la CCRS. Y’a-t-il un délai pour cela ?

Pour mener à bien ses missions, le CTO-CCRS s’est doté d’une feuille de route comportant un ensemble d’activités programmées sur un horizon temporel de 2 ans allant du 4ème Trimestre 2020 au 4ème Trimestre 2022. Il s’agit de préparer et soumettre le projet d’Acte constitutif de la CCRS, de préparer les textes règlementaires relatifs à la mise en place, à l’organisation et au recrutement de l’équipe du Secrétariat Permanent de la CCRS, de contribuer à l’opérationnalisation du dispositif de suivi et de gouvernance de la mise en œuvre du Plan d’investissement climat-région du Sahel (PIC-RS) et de son Programme régional prioritaire (PRP), d’appuyer les pays membres dans l’opérationnalisation des Groupes de travail nationaux (GTN), de conduire la préparation et le suivi des projets issus du Programme Prioritaire pour Catalyser les Investissements (PPCI-Sahel), d’assurer le suivi de la concrétisation des annonces des partenaires techniques et financiers enregistrées lors de la table ronde sur le financement du PIC-RS et du PPCI – Sahel, d’assurer le suivi de la concrétisation des engagements financiers à hauteur de (10%) des contributions des pays dans la formulation et la mise en œuvre des projets, d’assurer une mobilisation effective des acteurs non étatiques (société civile, ONG, secteur privé, collectivités territoriales, etc.), de contribuer à la poursuite du plaidoyer pour le financement du PIC-RS, de préparer les TDR de l’étude de faisabilité relative à la mise en place du mécanisme financier de la CCRS, de superviser la réalisation effective de toutes les études prévues au cours du processus transitoire et veiller à une prise en compte des questions émergentes notamment le genre et des approches innovantes d’adaptation et d’atténuation (agro-écologie, villages climato-intelligents, éco-villages, etc.), et enfin d’assurer un bon fonctionnement du cadre de concertation avec les Partenaires techniques et financiers, les instances des Commissions sœurs et les autres initiatives africaines et internationales sur le climat. L’ensemble des activités programmées d’ici fin 2022 dans le cadre de la mise en œuvre de cette feuille de route recommande la mobilisation de 8,4 milliards de F CFA soit 14,5 millions de Dollars US. La réalisation de toutes ces activités est apparue nécessaire pour assurer une durabilité à la Commission notamment en garantissant un fonctionnement cohérent de son Secrétariat Permanent (SP) à travers la définition des mécanismes performants permettant son financement régulier.

 

Le Niger et le Royaume du Maroc ont signé, le soir du lancement officiel des activités du CTO-CCRS, un mémorandum d’entente :  quelles sont les principales articulations de ce mémorandum ?

Effectivement, dans la soirée-même du lancement officiel des activités régionales du CTO-CCRS le 28 octobre dernier, M. Ouhoumoudou Mahamadou, le Ministre Directeur de Cabinet du Président de la République, Président de la CCRS et M. Aziz RABBAH, Ministre Marocain de l’énergie, des Mines et de l’Environnement, Président du Centre de Compétence en Changement climatique (4C – Maroc), ont signé un mémorandum d’entente scellant le début du partenariat entre le CTO – CCRS et le 4C – Maroc.

 

Ce Mémorandum d’Entente concerne un certain nombre d’actions dont la définition des mécanismes cohérents et synergiques pour la conduite de l’étude de préfiguration du mécanisme financier de la CCRS, la mobilisation des ressources relatives à la réalisation de ladite étude, et enfin la définition des mécanismes cohérents et pertinents d’échanges d’expériences et de renforcement des capacités dans le domaine de la lutte contre les changements climatiques entre les Parties. L’objectif général de cette étude est de mettre à la disposition de la CCRS un mécanisme financier de son Plan d’Investissement Climat (PIC) conformément aux orientations issues de la première Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CCRS.

 

 

Réalisé par Zabeirou Moussa(onep)