M. Maman Ousmane, Secrétaire général de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Niger : Dans la sous-région, la CCIN est l’une des premières chambres à avoir réagi avec une étude d’impact sur les effets de la Covid-19 sur ses opérateurs économiques

Invite de sahel dimanche
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Depuis un peu plus d’un an, le premier cas de coronavirus a été découvert au Niger. Cette pandémie a eu des sérieux impacts sur plusieurs secteurs socioéconomiques dans notre pays. Cependant les autorités nigériennes ont mis en œuvre de nombreuses mesures pour que l’impact de la Covid-19 soit amoindri et pour que les Nigériens souffrent moins de la pandémie qui fait des centaines de morts et des milliers de victimes sur le plan économique. Le Secrétaire Général de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Niger (CCIN), M. Maman Ousmane, nous parle de ces mesures prises par les Autorités de la 7ème République en général et par la CCIN, en particulier. Il nous propose aussi des solutions de sortie de crise.

Le 19 mai 2020, un Accord-cadre, en vue de mettre en place un mécanisme de financement d’un montant de 150 milliards de FCFA pour soutenir les entreprises affectées par la pandémie de COVID-19, a été signé par le ministre en charge des Finances. Pouvez-vous nous dire, quel a été l’impact d’un tel mécanisme de financement sur les entreprises bénéficiaires ?

Avant de répondre à votre question, je souhaiterais rappeler le contexte. Depuis que la pandémie de la Covid-19 a été déclarée comme étant objet de préoccupation sanitaire au niveau mondial, les Organisations internationales, en charge de la question sanitaire, ont suggéré un certain nombre de dispositions à prendre, au niveau des différents pays, pouvant permettre d’atténuer l’impact de ladite pandémie. Certes ces mesures pouvaient amoindrir les risques de la propagation du virus de la Covid-19, mais elles ont aussi d’autres conséquences sur le rythme et le niveau de la production dans plusieurs secteurs. Ce qui a bien entendu ralentit toutes les activités économiques et le Niger n’était pas épargné. Face à cette situation, la Chambre de Commerce et d’Industrie du Niger, (CCIN), a très rapidement réagi en commanditant une étude pour analyser l’impact de cette pandémie sur les différents outils de production, aussi bien au sein des entreprises qu’au niveau des industries mais aussi dans les commerces généraux. Cette étude à fait ressortir, en termes de pourcentage, le niveau d’impact, secteur par secteur. Après la validation de cette étude, nous l’avons solennellement transmise aux pouvoirs publics, pour envisager des mesures à prendre pour atténuer l’impact, sinon relever certaines entreprises qui étaient au bord du gouffre, suite à la pandémie. C’est dans cette logique que les pouvoirs publics, ont répondu à cette étude et à cet appel pour proposer une ligne de crédit pour les entreprises, les industries et les commerces généraux, qui remplissent un certain nombre de critères, avec des taux d’intérêts négociés, ainsi que des facilités d’accès aux financements auprès de l’ensemble des banques présentes sur le territoire national. Ce processus a été installé à travers l’Accord cadre, que vous avez évoqué, qui engageait les pouvoirs publics avec l’Association des Professionnels des Banques et des Etablissements financiers. La CCIN a pris part à la signature dudit accord. Le ministre des Finances a, alors mis en place un comité chargé d’analyser, d’accepter ou de rejeter les dossiers, en fonctions des critères retenus et préétablis. Après plus de 7 mois de travaux, le comité a permis le déblocage de fonds de plus de 10 milliards FCFA, en faveur des différentes entreprises de tous les secteurs ayant satisfaits aux critères retenus. Certes, 10 milliards FCFA, par rapport à 150 milliards FCFA, ce n’est pas beaucoup. Mais en tenant compte des critères sélectifs fixés, auxquels beaucoup de nos opérateurs économiques, entreprises et industries ne satisfaisaient pas et donc se trouvaient être du coup mis à côté. C’est d’ailleurs, ayant constaté cet état de fait, au niveau de la Chambre de Commerce, que nous avons mené une autre réflexion, visant à se pencher sur 80% de ceux qui sont dans l’informel et qui sont quand même impactés par les effets de la pandémie de la Covid-19. C’est ainsi, qu’un groupe de professionnels et les opérationnels du secteur dit de l’informel a été mis en place pour proposer des alternatives aux pouvoirs publics, avec des approches différentes, pour qu’on s’occupe de ce pan d’informels qui représente 80% de nos activités économiques. Ces propositions ont été faites, à travers un document- dont nous attendons l’examen par les pouvoirs publics- pour voir dans quelles conditions, on pouvait répondre à d’autres requêtes, pour que les deux segments, formel et informel, bénéficient des appuis, pouvant permettre de booster l’ensemble de notre économie. Il faut dire que la mise en place de cette ligne de crédit, au bénéfice des acteurs économiques, est pertinente. Elle le sera davantage, si on trouvait, le moyen d’intéresser aussi ceux de l’informel, qui ont une grande part dans notre système économique.

Ce financement annoncé de 150 milliards de FCFA, est-il effectif ?

Personnellement, je peux dire qu’il est effectif, dès lors qu’il y a un accord cadre, qui lie nos pouvoirs publics à l’Association des Professionnels des Banques. Donc sur le plan technique et Institutionnel, on peut dire que les fonds sont disponibles. Les critères exigés, que je nommerais des critères citoyens, demandent aux entreprises, industries et opérateurs économiques qu’ils apportent une contribution réelle, vérifiable, dans la création des richesses dans notre pays, à travers notamment la création d’emplois, le paiement des impôts, tout ce qui procède d’une certaine traçabilité. Malheureusement, ceux qui satisfassent à ces conditions ne sont pas nombreux dans notre pays comme dans d’autres pays de la sous-région. C’est ce qui a limité l’accès à ces crédits et facilités. En amont, il faut dire que ce sont des lignes de crédits qui ont été négociées avec des banques, auxquelles il a été demandé de procéder à des analyses classiques, pour voir la capacité du bénéficiaire à pouvoir rembourser les prêts contractés, à des taux réduits. Car si la banque n’a pas toutes les certitudes que le promoteur n’est pas à mesure de rembourser le prêt, évidemment qu’elle n’y accéderait pas. Je pense que c’est le seul critère de sélection qui a fait que beaucoup n’ont pas pu accéder à ces crédits. Alors nous avons proposé, au niveau de la CCIN une autre alternative en faveur de ceux qui sont dans l’informel, même si à la Chambre de Commerce nous n’avons pas pour vocation d’encourager les promoteurs d’aller vers l’informel, loin s’en faut, car l’une de nos vocations c’est justement de faire en sorte d’amener l’informel vers le formel. Ce qui nous importe, c’est comment on va parvenir, de façon traçable, à la création des richesses dans notre pays. Cependant, face à la réalité, qu’est celle de la pandémie, qui n’a pas choisi ses cibles et qui a eu des impacts aussi bien sur les formels que sur les informels, alors, par devoir de défense de tous ces secteurs, nous faisons en sorte que tous ces appuis bénéficient à tous les impactés, pour leur permettre de sortir la tête de l’eau, quitte à envisager, par la suite des mesures plus coercitives, mais pour l’instant, c’est les opérations de sauvetage qui importent, pour la plupart de nos unités.

Dites-nous comment la gestion a été faite ?

Par rapport à la gestion des fonds, il y a eu la mise en place d’une structure institutionnelle. Il s’agit du comité au sein duquel se trouvent les différentes banques, la Chambre de Commerce, certains Ministères clés, le Patronat. Tout cela, c’est pour que chaque dossier déposé, initialement auprès des banques, soit analysé, afin de voir s’il est bien ficelé et acceptable pour qu’il soit transmis, par la suite, au niveau dudit comité. Ce dernier vérifie pour savoir si le dépositaire a réellement été impacté par la pandémie de la Covid-19. Une fois que c’est établi qu’effectivement il l’a été, dans ses activités, alors on lui donne l’aval pour qu’il puisse accéder au prêt. Ces trois derniers mois, nous avons constaté un regain d’enthousiasme et d’intérêt par rapport à cette ligne de crédit. En effet, de nombreux et importants prêts ont été consentis par les banques sur la base des procédures que je viens de décliner. L’opération se poursuit, même si elle devait prendre fin le 30 novembre, car elle a une durée de trois mois. Cependant, l’assurance nous a été donnée que cette opération de facilitation de crédits peut se poursuivre. Notre souci au niveau de la CCIN c’est de voir comment gérer le côté informel, avec un mécanisme réfléchi, consensuel, car ce secteur représente une très grande part dans notre économie.

Par ailleurs, d’autres mesures, d’ordre fiscal, ont été déjà prises par le gouvernement, visant à préserver le tissu économique du Niger contre cette crise de COVID-19. Quels en sont les résultats ?

La nouvelle loi de finance a introduit un certain nombre de réformes, qui envisagent de booster les activités économiques dans notre pays. Nous osons espérer que toutes les conditions seront remplies pour que ces mesures puissent, à l’avenir, permettre à nos unités économiques de pouvoir évoluer avec moins de contraintes. Cependant, en lien avec la Covid-19, je dois préciser que l’une des réformes que nous pouvons considérer comme pouvant soulager les impacts négatifs de la pandémie, c’est la réduction du taux de la TVA, concernant le secteur touristique seulement. Mais nous continuons a espéré, car au niveau de la CCIN, nous avons une tradition de dialogue avec les pouvoirs publics (Ministère des Finances, Direction Générale des Impôts, Direction Générale des Douanes), sur des thématiques, des préoccupations, qui freinent les activités des opérateurs. Je pense que dans ce cadre nous parviendrons à trouver, au cours de l’année 2021, des possibilités qui vont permettre à tous nos opérateurs impactés par la pandémie de la Covid-19, de trouver quelques réponses fiscales ou de tout autre ordre, pouvant leur permettre de relancer leurs activités, afin de mieux participer à la création de la richesse dans notre pays.

Où en est-t-on par rapport au dialogue social entre le gouvernement et les opérateurs économiques, dans la gestion de la Covid-19 ?

En effet, l’un des avantages de cette situation, ce qu’elle nous a permis de créer toutes les conditions d’échanges avec les pouvoirs publics. Dans la sous-région, la CCIN est l’une des premières chambres à avoir réagi avec une étude d’impact sur les effets de la Covid-19 sur ses opérateurs économiques. Aussitôt, nous avons solennellement transmis les résultats de cette étude aux Pouvoirs publics, comme contribution, sur l’impact de cette pandémie sur les opérateurs économiques, ainsi que les dispositions à prendre pour les accompagner et atténuer les effets. Sinon de manière classique, nous avons toujours eu des cadres d’échanges, notamment dans le processus d’élaboration des Lois de finances. En effet, la CCIN a toujours été conviée pour examiner des nouvelles mesures et de faire des propositions, allant dans le sens de renforcer la capacité de mobilisation des ressources par l’Etat. Certes concernant le dialogue, on peut faire mieux. En effet, avec l’existence de certains cadres de concertation, prévus à cet effet, les plus hautes autorités réunissent les acteurs du secteur privé pour s’informer de ce qui se passe sur le terrain, par rapport à leurs activités, les opportunités, les contraintes mais aussi voir comment l’Etat pouvait les appuyer. C’est dire que le dialogue entre la Chambre de Commerce, qui est la structure faîtière de l’ensemble du secteur privé et les pouvoirs publics, constitue un des outils de gouvernance que nous utilisons, à toutes les occasions, pour une bonne marche de nos activités et pour promouvoir l’économie nationale.

Réalisée par Mahamadou Diallo(onep)