M. Zeidane Mohamed, Secrétaire Général du ministère de l’Education Nationale : «pour intéresser les enseignants, il faudra leur donner une perspective de carrière»

Invite de sahel dimanche
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Le Gouvernement du Niger se prépare pour la rentrée académique 2021-2022. Quelles sont les conséquences que vous tirez de l’année écoulée et comment se passent les préparatifs pour cette nouvelle année académique?

Cette rentrée a été placée sous le sceau des grandes réformes qui s’inspirent de l’orientation du Président de la République. Nous avions à cet effet déjà fait l’état des lieux de l’année passée en nous focalisant, toujours conformément aux orientations de SEM Mohamed Bazoum, sur la question du capital humain.

Quand nous avions fait notre évaluation, nous avions dit que nous avons un problème de qualité dans l’éducation au niveau des acquis des élèves et des compétences des enseignants qui sont liés intimement. Et donc, toutes les reformes devaient se focaliser sur la formation des enseignants. Nous avons tiré ces leçons et, conformément au programme du Président de la République, nos écoles normales qui forment les instituteurs ont connu une réforme qui vise à rehausser le niveau d’entrée dans ces écoles au BAC plutôt qu’au BEPC comme ça se faisait dans un passée récent.

Justement, par rapport à la formation des enseignants et du financement du système éducatif, quelles sont les ambitions du Niger?

Le Niger a déjà pris un engagement supérieur au standard de la communauté internationale qui est de 20% du budget global alloué à l’éducation. Le Président de la République a retenu dans son programme 22%, confirmé d’ailleurs à la réunion mondiale de Londres que nous sommes à 22% de notre financement et bien sûr qu’on va le faire progressivement. C’est un engagement pris par le Président Mohamed Bazoum de nous donner l’orientation qui permettra de prendre en charge l’éducation et que cela sera la priorité de toutes les priorités y compris devant la sécurité qui est pour 17% de la part de notre budget.

Pensez-vous qu’avec les nouvelles ambitions qu’il affiche, le Niger sera capable de financer entièrement sa réforme du système éducatif dans les 3-5 ans à venir?

Le Niger, tout comme les autres pays, ambitionne de prendre en charge son éducation, mais toujours avec l’accompagnement de nos partenaires. On ne peut pas s’en passer dans un contexte actuel où, comme je l’avais dit plus haut, les défis sont énormes, particulièrement ceux de la sécurité qui grèvent les budgets sociaux, et d’autres encore liés à notre environnement climatique qui est un autre défi en soi. Un aléa ne dépend pas de nous. Une sècheresse peut remettre tout en cause et réorienter nos priorités vers d’autres dépenses.

Pour y parvenir, il faut faire l’effort par nous-même et il faut donner l’orientation, comme le Président l’a fait. Mais, parce que nous avons eu cette bonne volonté et parce que nous ferons le bon choix, il faut aussi rassurer nos partenaires que nous allons mettre en œuvre nos reformes avec beaucoup d’efficacité et d’efficience. Les rassurer pour que, au moins, on les mobilise le maximum possible, qu’ils soient à nos côtés dans le financement de notre éducation, tout comme le financement d’ailleurs des autres secteurs de la vie nationale.

Une décision importante qui a été prise dans le cadre de l’enseignement est l’accès aux écoles normales d’instituteurs où il faudra désormais avoir le BAC pour y étudier. Beaucoup craignent que les élèves désertent ces écoles et qu’on soit à cours d’enseignants formés. Quelle est votre appréciation par rapport à cela et est-ce que les enseignants qui vont sortir avec le niveau instituteur doivent s’attendre à un plan de carrière dans l’enseignement?

On a une phase transitoire d’abord. On ne retournera pas les choses comme une chaussette. Nous allons bientôt lancer un concours sur la base du niveau Bac et nous avons avisé bien sûr après cela. Cette volonté a des accompagnements à faire. C’est à dire qu’il faut motiver les bacheliers à venir dans les écoles normales. Il faut les motiver par un rehaussement, par exemple de leurs allocations. Nous sommes actuellement en train de travailler sur cet aspect. Il faut le rehausser et garantir une carrière après leur sortie. Il convient donc de prendre des mesures incitatives pour que les bacheliers puissent s’intéresser à l’éducation, à l’enseignement, et qu’ils puissent s’inscrire dans les écoles normales en quantité et en nombre suffisant pour le niveau primaire.

On n’oubliera pas dans nos reformes tous ceux qui ont été formés sur la base du niveau BEPC. On ne va pas dire qu’on n’a pas besoin d’eux et les laisser partir. On mettra en place un plan de formation qui permettra à ces enseignants d’arriver au même niveau que les bacheliers afin qu’ils puissent bénéficier des mêmes perspectives de carrière.

Peut-on dire qu’avec cette nouvelle façon de gérer l’éducation nationale, on s’achemine vers la fin de la contractualisation dans le secteur?

C’est notre objectif et cela demande beaucoup de patience comme l’a souligné le Président de la République. Les contractuels constituent 70% du corps enseignant actuellement. Ils exercent dans des conditions difficiles et fournissent des efforts en servant dans des zones très excentrées, avec parfois beaucoup de difficultés pour accéder à leurs pécules. Le plan de réforme les prendra en compte pour leur donner les mêmes perspectives de carrière en les intégrant progressivement à la fonction publique, en fonction des moyens dont nous disposons. L’objectif étant de mettre un terme à la contractualisation. Le Président de la République nous a aussi instruit de prospecter vers le service civique national pour que ce service soit véritablement un service civique national et que les Nigériens puissent au moins se mettre à la disposition de l’éducation. Il faut trouver aussi le moyen de les motiver et de les maintenir dans le secteur de l’éducation.

L’insécurité a beaucoup impacté négativement l’enseignement au Niger. Pour cette nouvelle rentrée académique, quelles sont les dispositions qui ont été prises pour que les écoles fermées rouvrent et que les enfants qui sont en déplacement interne puissent être formés, ne serait-ce que sur l’exemple des anciennes écoles nomades ?

C’est toute une stratégie que nous avons en situation d’urgence, notamment en « éducation et situation d’urgence ». Nous avons 409 écoles primaires fermées, 15 collèges qui ont suivi le même sort avec un effectif d’un millier d’enfants concernés pour ces derniers. Nous avons réfléchi à une stratégie de centre de regroupement qui pourrait, dans des zones sécurisées, accueillir les élèves et affecter les enseignants dans ces zones. Nous sommes sur cette stratégie avec les partenaires mais il faut le dire: le défi est énorme parce que la question de l’insécurité change du jour au lendemain et beaucoup d’acteurs qu’on ne maitrise pas toujours interviennent sur le terrain.

Dans le secteur de l’éducation, nous allons travailler avec tous les acteurs concernés et tous les ministères impliqués dans cette question de la sécurité afin de trouver la meilleure stratégie possible qui permet de maintenir les apprentissages des élèves. On va innover, on est obligé d’innover, pour que nous puissions prendre en compte cette frange importante de notre population.

Avec l’engagement politique du Président et du Gouvernement, la disponibilité de l’administration qui est en charge du système éducatif national, il ne reste que la motivation des enseignants pour que l’école nigérienne puisse « marcher ». Quel est votre appel pour les motiver?

Pour motiver les enseignants, il faut que nous aussi nous puissions bien piloter. Qu’on les rassure que nous sommes justes dans les traitements que nous faisons des enseignants dans leurs allocations vers les établissements, dans leurs nominations qu’on choisisse des critères objectifs, des critères de compétences. Il va aussi promouvoir le mérite, l’excellence et donc mettre un plan de formation de nature à ce que les enseignants qui ne sont pas au niveau des compétences requises aillent encore améliorer leurs compétences et aussi, avec le ministère des finances et le ministère de la fonction publique, regarder dans le nombre très élevé d’enseignants contractuels et trouver les solutions adéquates de leur intégration.

Le Président de la République a dit que pour intéresser les enseignants, il faudra leur donner une perspective de carrière. L’enseignement, on ne le fera pas parce qu’on n’aura rien à faire ailleurs. On le fera par vocation parce qu’on s’yintéresse. Pour cela, il faut créer toutes les conditions nécessaires à cet effet.

Votre mot de la fin?

Mon mot de la fin, c’est que les défis sont énormes. Le Président de la République l’a dit: il ne faudra pas s’attendre que tout de suite, nous changions les choses. Mais, il faut commencer. Nous avons la chance que le Président de la République, même pour la rentrée, a tenu une réunion. C’est une première au Niger. Il suit de près la question de l’éducation. Nous avons un soutien énorme et sur notre épaule pèse une charge aussi énorme qui consiste à répondre aux engagements du Président de la République, donc à chercher des résultats. Nous allons nous mettre en branle pour atteindre ces résultats. Il faut avoir de la patience, mais il faut déjà marquer plus pour que les choses changent parce que l’attente de notre société est énorme sur le plan de l’éducation.

Réalisée par Souleymane Yahaya(onep)