Monsieur Sadou Seydou, ministre du Commerce et de la Promotion du secteur privé : «Une évaluation sera faite afin d’apporter éventuellement des améliorations relativement au mécanisme et aux dispositions en vigueur»

Invite de sahel dimanche
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Alors que le Commerce international souffre des effets de la crise née de la pandémie mondiale à coronavirus COVID-19, au Niger le secteur du commerce fait face à trois crises majeurs qui sont sécuritaire, sanitaire, et, récemment, la crise des inondations qui a détruit une bonne partie des rizières et de certains champs de céréales. Dans cet entretien qu’il a accordé au Sahel Dimanche, le ministre du Commerce et de la promotion du secteur privé, M. Sadou Seydou, revient sur l’impact de ces crises sur le secteur du commerce au Niger et les dispositions prises par l’Etat pour assurer une plus forte résilience du secteur et une disponibilité permanente des produits de consommation de première nécessité.

 

Monsieur le ministre, le Niger comme beaucoup d’autres pays du monde, a été touché par la pandémie de la COVID 19. Quel impact la crise de la COVID 19 a sur le secteur de l’import-export ?

Je vous remercie de l’opportunité que vous nous offrez pour échanger sur des questions d’intérêt public. Ceci étant dit, le Niger, à l’instar des autres pays à travers le monde, a été aussi touché par le CORONA-VIRUS car comme cela a été souligné, il s’agit d’une pandémie.

Au Niger, dès l’apparition de la maladie, les plus hautes autorités se sont saisies de la question au regard de la menace grave que cela représente pour les populations. Ainsi, le 17 mars 2020, un Conseil Extraordinaire des Ministres s’est tenu sous la Présidence de SEM ISSOUFOU MAHAMADOU, Président de la République, Chef de l’État. A l’issue dudit Conseil, une dizaine de mesures urgentes ont été prises dont la fermeture de toutes les frontières aériennes et terrestres, exception pour le transport des marchandises. En outre, au plan international, la pandémie de la COVID-19 représente un bouleversement sans précédent de l’économie mondiale et du commerce mondial. Car la production et la consommation des biens et services se retrouvent réduites.

Les experts s’attendent à voir en 2020 une récession mondiale qui pourrait prendre une forme sévère pour certains pays ou régions. Les estimations pour le deuxième trimestre, période au cours de laquelle le virus et les mesures de confinement associées ont touché une grande partie de la population mondiale, prévoient un recul d’environ 18,5% en glissement annuel du commerce international de marchandises. Cette situation du commerce est d’une ampleur inégalée.

Au Niger, les prévisions de croissance ont été revues à la baisse, passant de 6,9% à 4,1%. Le taux d’inflation devrait connaitre une hausse sensible pour atteindre 7,9% contre une prévision de 4,4%. On note entre autres une baisse des activités productives et de la demande des biens et services et une réduction des revenus des populations.

 

Face à cette situation, quelles sont les dispositions prises par votre département ministériel pour assurer la disponibilité des produits de première nécessité à des prix abordables  ?

Mesurant que les mesures de fermeture prises par certains gouvernements étrangers pouvaient avoir des conséquences pour l’approvisionnement de notre pays, sur les importations et exportations et induire de potentielles tendances à la hausse de produits de première nécessité et de grande consommation, le Gouvernement sous l’impulsion du Président de la République a adopté une approche de transparence en communiquant les informations précises en temps utile et a pris des mesures sanitaires, sociales, fiscales et économiques dans le cadre du plan d’urgence pour la Covid 19.

Ainsi, les dispositions prises par mon département ministériel en vue d’assurer la disponibilité des produits de première nécessité à des prix accessibles s’inscrivent dans la droite ligne des instructions données par SEM ISSOUFOU MAHAMADOU, Président de la République, Chef de l’État, et par SEM BRIGI RAFINI, Premier Ministre, Chef de Gouvernement.

En collaboration avec la Chambre de Commerce et d’Industrie du Niger et les partenaires sociaux, notamment les Syndicats des Commerçants et les Associations de Défense des consommateurs, j’ai tenu des séances de travail pour apprécier ensemble la situation et proposer des mesures consensuelles dans l’intérêt de l’activité commerciale et des consommateurs. A l’issue de nos échanges et au regard des informations fournies par les services compétents, il ressort que le Niger étant un pays sans littoral a depuis longtemps développé un mécanisme permettant la disponibilité de produits de première nécessité en quantité suffisante pour faire face à des éventuelles ruptures. Cela assure également une relative stabilité des prix chez les grossistes.

Le problème des hausses de prix pourrait se situer principalement au niveau des détaillants. Pour y remédier, nous avons pris le 03 avril 2020 un arrêté fixant les prix plafonds des produits de première nécessité au niveau de la Communauté Urbaine de Niamey et donné des instructions aux Gouverneurs pour la prise de mesures similaires au niveau de leur région respective. Dans le cadre du plan d’urgence et sur instructions de SEM ISSOUFOU MAHAMADOU, Président de la République, Chef de l’État, j’ai procédé au lancement de l’Opération de Vente de Céréales à Prix Modérés d’environ 81529 tonnes, soit une hausse de 10 000 tonnes par rapport à 2019.

 

Les récentes inondations ont durement touché la production du riz paddy dont le commerce interne prend de l’ampleur. Quels sont les moyens d’accompagnement que le Ministère du Commerce prévoit de mettre à la disposition des coopératives qui exercent dans le commerce du riz local ?

Le Niger vit effectivement une saison exceptionnelle en termes de pluviométrie. Les pluies sont indispensables à la production agricole et particulièrement pour celle du riz. Ces pluies ont occasionné d’énormes dégâts sur les aménagements hydro-agricoles.

Dans le cadre de la gestion des conséquences et impacts des inondations sur la production agricole, le Gouvernement, sous la base des évaluations en cours et afin de mettre les populations concernées à l’abri de la précarité, entend prendre des mesures globales de soutien. La filière rizicole recevra toute l’attention du Gouvernement.

 

Monsieur le ministre, la régulation des prix de vente est aujourd’hui une préoccupation majeure pour le consommateur final, qui est fragilisé par leurs fluctuations, le plus souvent injustifiées. Dans quelle mesure votre Ministère entend-il peser de son poids pour protéger le consommateur nigérien ?

Au Niger, la régulation des prix se fait à travers un mécanisme et des dispositions législatives et règlementaires. En ce qui concerne le mécanisme mis en place par le Gouvernement, il porte sur deux types d’opérations : les opérations de distributions gratuites et les opérations de vente à prix modérés. Ces deux types d’opérations ont toujours été reconduits chaque année par les autorités de la 7ème République. Chaque année, j’effectue deux tournées à l’intérieur du pays, la première pour le lancement des opérations et la deuxième est consacrée à l’évaluation. Ces opérations permettent aux populations les plus exposées à l’insécurité alimentaire de pouvoir disposer de produits de première nécessité à des prix défiant toute concurrence.

 

Pour les dispositions législatives et réglementaires, le Niger s’est doté d’une loi sur les principes fondamentaux du droit des consommateurs et des textes d’application. Ces textes offrent aux consommateurs nigériens une protection certaine pour le prix et la qualité. Ils instituent une « Commission Nationale pour la Protection des Consommateurs » ainsi que des Commissions Régionales. J’en appelle donc à tous, notamment les associations de défense des consommateurs, à en faire bon usage.

 

La fonction de Contrôleur de prix n’a pas une visibilité au Niger. Quels sont les problèmes qui entravent l’opérationnalisation effective d’un Service technique de Contrôle des Prix sur les marchés et quelles sont les solutions envisagées ?

Il convient de rappeler que, au début des années 90 voire avant, le Niger s’est engagé dans des réformes politiques. Ainsi, le désengagement de l’État des secteurs marchands, la promotion du secteur privé et la libéralisation des prix étaient devenus des axes prioritaires des politiques économiques. Cela sous-entend que mon département ministériel ne fixe plus les prix de la plupart des produits de grande consommation. Notre rôle dans la fixation des prix des produits consiste à faire respecter la liberté des prix sur la base de la loi de l’offre et de la demande et à les faire respecter en cas de fixation par acte règlementaire pour les hydrocarbures, le gaz, le transport urbain et périurbain. Il en est de même lors des situations exceptionnelles (pénurie ou hausse injustifiée des prix) ou de catastrophes comme la COVID 19.

Pour permettre aux contrôleurs de mener leurs missions, le Niger s’est doté en novembre 2019 d’une loi portant organisation de la concurrence au Niger. Ce texte vise à protéger les intérêts économiques nationaux mais également de garantir la liberté des prix, la libre concurrence et lutter contre les pratiques anticoncurrentielles néfastes aux consommateurs et à l’activité commerciale.

Nous sommes en train de travailler au renforcement des capacités institutionnelles et humaines des services en charge du contrôle. C’est une mission qui a longtemps été délaissée mais avec les instructions des plus hautes autorités de notre pays, des efforts sont en cours pour une effectivité et une efficacité du contrôle.

 

Monsieur le Ministre, la résilience du commerce intérieur et extérieur montre-t-elle, malgré tout, de bons signes en cette période de crises multiples ?

Malgré les crises, la résilience du commerce intérieur et extérieur présage des lendemains meilleurs. En effet, le profil commercial du Niger fait ressortir que notre pays nous interpelle à une  diversification de nos partenaires et nos exportations.

Au plan interne, il est adopté une approche chaine de valeur pour une meilleure insertion dans le commerce régional, continental (ZLECAf) et international. Certaines filières à forts potentiels à l’exportation font l’objet de notre attention. Il s’agit de la filière Cuirs et Peaux et Sésame. En outre, dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord sur la Zone de Libre Échange Continentale Africaine (ZLECAf), une stratégie nationale est en cours de finalisation. Elle tiendra compte des préoccupations soulevées par les acteurs du secteur privé et de la société civile pour une intégration commerciale réussie du Niger. Au plan interne, avec l’expérience de la COVID 19, une évaluation sera faite afin d’apporter éventuellement des améliorations relativement au mécanisme et aux dispositions en vigueur.

 

Réalisée par Souleymane Yahaya(onep)