Phénomène des uniformes : Entre obligation et fantaisie

Dossier
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Obligation réglementaire pour certains, phénomène de mode pour d’autres, les uniformes envahissent notre vie quotidienne. A l’école, à l’occasion des cérémonies de mariage, de baptême, et autres manifestations diverses officielles ou non (anniversaires, défilés, lancement de ceci, inauguration de cela), les uniformes ne sont plus l’apanage de certains corps. Tout le monde en porte. Les filles et les garçons, les coépouses, les élèves et étudiants, les responsables des partis politiques, des structures syndicales, des associations et même souvent les personnalités importantes. Bref, un véritable phénomène de société.

 

Dans son acception la plus connue, l’uniforme est un signe d’identification et de protection. Il sert en effet à distinguer les éléments d’une structure donnée : agents de police, ouvriers d’une société, élèves ou étudiants, etc. Par extension, les enfants d’une même famille, les amis, et souvent les coépouses, etc. Si l’uniforme est strictement réglementaire pour certaines structures (écoles, forces de défense et de sécurité, certaines sociétés et entreprises), il relève du superflu voire de la fantaisie dans d’autres cas. En effet, il n’est nullement exigé ni par nos coutumes, encore moins par nos lois lors des cérémonies. Mais il est de plus en plus accepté.

 

C’est ainsi que le port de l’uniforme s’est imposé comme une pratique sociale notamment lors des cérémonies de baptême ou de mariage. L’uniforme confère même une certaine préséance à ceux ou celles qui les portent le jour de la cérémonie.

Du même coup, il est souvent la source de quelques incompréhensions au sein des couples ou bien entre copains. L’achat de l’uniforme grève ainsi souvent les maigres économies des couples et avec le rythme des mariages à Niamey, certains prétendants n’arrivent plus à ‘’assurer’’ cette dépense. Ce qui fait que les points de vue sur ce phénomène sont multiples et variés.

 

Mais ce sur quoi on ne peut pas tergiverser, c’est que la vente des uniformes est une activité lucrative. Même s’il s’agit le plus souvent de tissu de qualité moyenne, il est aisé de comprendre que les vendeurs eux trouvent leur compte. En effet, une arithmétique simple, sur le nombre d’acheteurs potentiels d’uniformes pour un seul mariage d’une part et d’autre part sur le nombre de mariages qui se déroulent chaque week-end à Niamey, suffit pour comprendre aisément que c’est une fortune que les opérateurs de ce secteur amassent. ‘’Il m’arrive de vendre pour un seul mariage plus de 150 pièces d’ Atampa’’ nous confie Hama Boubacar, boutiquier au marché de la Rive droite. Même en raison de 5000 F, cela fait 750.000 Fcfa. En outre, les classes nanties elles, n’hésitent pas à se procurer des tissus importés de très haute qualité (Bazin, wax hollandais ou ivoirien, ‘’lèche’’, etc.) et donc chers. L’essentiel c’est d’épater ceux qui assistent à la cérémonie, le temps d’une journée.

 

Certains vont jusqu’à imprimer leurs uniformes personnalisés à l’usine auprès des sociétés du textile ici au Niger ou même à l’étranger. L’on y ajoute alors la photo et autres inscriptions. Or, d’après les spécialistes, il faut au minimum un million de francs CFA pour imprimer un rouleau d’uniforme avec photo. Et c’est surtout à l’occasion de la célébration des fêtes légales comme celles du travail le 1er mai, la Journée nationale de la femme nigérienne le 13 mai et bien d’autres journées internationales que la demande en pagnes personnalisés explose. Ainsi, en l’absence de sociétés textiles au Niger, les organisateurs sont obligés de commander ces uniformes à partir d’autres pays notamment le Burkina Faso ou le Nigeria.

 

Par Siradji Sanda(onep)