Ramadan : L’euphorie des achats aux premiers jours du jeûne laisse progressivement place à des marchés semi-déserts

Société
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Le mois de Ramadan, considéré comme « le plus grand invité » par les familles musulmanes, est enfin là ! Après les hésitations des autorités religieuses du pays la veille, jusque tard dans la nuit, les Nigériens, « aptes » et de confession musulmane, se sont réveillés le samedi 2 Avril dernier avec le jeûne « dans leurs bouches », comme on le dit localement. A la privation totale de nourriture et de boisson du lever du soleil à son coucher, va succéder pendant un mois des nuits fastes dans les cuisines, entrecoupées par des séances communes et privées de dévotion. Pour s’y préparer, la communauté a envahi les marchés et les supermarchés de Niamey dès le vendredi après-midi, laissant derrière elle des rayons presque vides et des produits de grande consommation en rupture, avant que la folie des dépenses ne retombe en début de semaine.

C’est connu de longue date : les musulmans en général, et les nigériens en particulier, sont très dépensiers pendant le mois de Ramadan. 29 à 30 jours durant, les chefs de familles dépensent sans compter afin de garnir les tables de diner. L’objectif recherché est non seulement de mettre à la disposition des membres de la famille une alimentation équilibrée, mais aussi de fournir une bonne rupture aux amis et connaissances. Tout cela nécessite évidemment des moyens supplémentaires et conséquents, poussant les plus modérés à puiser dans leurs  épargnes, et les autres à s’endetter.

Dès le vendredi, en fin de matinée, les clients se sont rués dans les supermarchés et les marchés de la place pour se ravitailler en produits de consommation  rendant la circulation compliquée : Chacun voulant se procurer l’essentiel des ingrédients dont raffole sa famille. Le lait en poudre conditionné dans des paquets en carton et des sachets plastiques, de même que le sucre en granulé, ont vite disparu des rayons, alors même que la baisse des prix sur ces produits demeure toujours insignifiante. Il en est de même pour certaines variétés d’huile végétale.

Tout ce beau monde est constitué majoritairement de clients des quartiers, c’est à dire ceux-là même qui sont censés se ravitailler auprès des détaillants que sont les boutiquiers. « C’est simplement parce qu’en faisant la somme de toutes nos dépenses, le peu qu’on arrive à mettre de côté peut servir à payer quelques rafraichissements pour la famille », lance une jeune femme, juste avant de sauter dans un taxi, les bras surchargés de produits de grande consommation. Au paravant, elle a expliqué avoir consacré les deux derniers mois à réunir l’ensemble des condiments dont elle a besoin pendant le mois de Ramadan, y compris la tomate fraiche qu’elle affirme avoir mis dans des bocaux et l’oignon qu’elle a séché à l’ombre grâce à l’utilisation d’un ventilateur.

Avec l’inflation sur les prix des produits alimentaires, beaucoup de femmes qui grossissaient la masse des clientes dans le centre-ville avaient l’habitude de mettre de côté des légumes séchés et des condiments moulus pour amortir les dépenses du mois de Ramadan. C’est cela qui explique en partie, avec le paiement des salaires, la forte mobilisation des consommateurs dans les marchés et supermarchés du centre-ville de Niamey la veille et les premiers jours de jeûne. Déjà vers la fin de la semaine, les clients commençaient à se faire rares, ce qui contraste largement avec l’engouement de l’an passé, malgré la crise sanitaire de COVID-19, qui s’est étalée sur plusieurs jours.

Le Dimanche 3 mars, soit au deuxième jour de jeûne, les produits qui étaient en rupture sont déjà de retour sur les rayons. Et, malgré les efforts consentis par l’Etat, les prix de certains produits de grande consommation n’ont pas connu de baisse sensible. A quelques exceptions près, l’huile, la farine de blé et le sucre se vendent largement au-dessus des baisses promises par les commerçants grossistes qui étaient respectivement de 25%, 35% et 17%. Dans les bureaux des importateurs, on prévenait déjà que l’engorgement constaté dans les boutiques n’a pas eu le retour escompté au niveau des importateurs : les ventes et achats se sont largement effectués sur les stocks constitués par quelques grossîtes, semi-grossistes et vendeurs intermédiaires.

Mais le secteur qui souffre le plus du «manque d’argent » dans les foyers, reste la vente d’articles de froid. Malgré que le jeûne se fasse dans des températures avoisinant  quotidiennement les 40 degrés Celsius, les climatiseurs, congélateurs et autres humidificateurs ne trouvent pas preneurs. « Pas assez d’argent », se plaignent la plupart des vendeurs abordés. Nul besoin de revenir sur leurs attentes deçues, surtout pour ceux d’entre eux qui se retrouvent avec des articles « encombrants » plein leurs magasins. « De toute façon, la plupart des gens se sont ravitaillés déjà pendant la saison froide et à moindre coût », s’exclame M. Ali, un jeune appelé du service civique national rencontré devant une boutique de vente de réfrigérateurs et congélateurs d’occasion. Il a finalement quitté sans payer quoi que ce soit car il ne voulait pas dépenser sans avoir la garantie qu’il sera payé avant la fête.

Faisant ses ablutions devant son bureau qui fait face à sa boutique, M. Mounkaila Moussa Farié se désole du manque de clients. Ce gros importateur qui exerce dans le secteur prisé des réfrigérateurs et congélateurs d’occasion, affirme ne pas être surpris par la morosité du secteur. Il s’est donc préparé en conséquence. « Nous commandons nos produits et c’est seulement quand ça finit que nous commandons d’autres », dit-il, expliquant ainsi sa stratégie qui vise à ne pas encombrer ses magasins.

La saison des fortes températures et le Ramadan 2022 semblent bien partis pour être des exceptions : les citoyens hésitent à se laisser emporter par leurs instincts de consommateurs. « Jamais de mémoire, confie un vieux retraité du quartier Pont Kennedy, dans le 5ème arrondissement communal de Niamey, l’argent n’a occupé une place aussi prioritaire dans la vie des citoyens ». Il dénonçait ainsi l’impact psychologique que la cherté de la vie a sur les citoyens.

Par Souleymane Yahaya(onep)