Séance de travail au Palais de la Présidence de la République : Antonio Guterres échange avec le Président Mohamed Bazoum sur le défi sécuritaire en lien avec le développement et la démocratie

Société
Spread the love

Sharing is caring!

En visite de travail de 48 au Niger, le Secrétaire général des Nations Unies, M. Antonio Guterres, a été reçu au Palais de la Présidence de la République où il a eu d’abord un tête à tête avec le Chef de l’Etat, SE Mohamed Bazoum. L’entretien est suivi ensuite d’une séance de travail élargie aux membres de la délégation onusienne et celle du gouvernement nigérien. Lors de cette séance de travail, le Chef de l’Etat et le Secrétaire général de l’ONU ont partagé leurs appréhensions de la situation sécuritaire au Sahel en général et au Niger en particulier, en lien avec les questions de développement, de dividende démographique, et de stabilité politique.

Introduisant les discussions, le Chef de l’Etat Mohamed Bazoum s’est d’abord réjoui de l’intérêt accordé par le Secrétaire général des Nations Unies à la situation au Sahel marquée par le terrorisme depuis des années et qui prend malheureusement de l’ampleur. Cette situation se traduit en effet, par des déstabilisations politiques d’abord au Mali, à deux reprises et récemment au Burkina Faso. «Ces coups d’Etat sont un effet mécanique de l’insécurité générée par les terroristes», déclare le Président de la République. SE Mohamed Bazoum a déploré que l’avènement des régimes militaires n’ait pas jugulé l’insécurité.

La région du Sahel central et du lac Tchad est témoin, selon le Président Mohamed Bazoum, du déplacement de 6,7millions de personnes qui ont quitté leur terroir d’attache pour chercher à vivre ailleurs, fuyant les affres de la violence terroriste. Parmi ces personnes, 1,6 millions sont des réfugiés, c’est-à-dire qui ont franchi des frontières vivant ainsi hors de leurs pays. «C’est une zone où vous avez plusieurs milliers d’écoles fermées et une activité économique déstructurée, perturbée totalement», indique le Chef de l’Etat. Ce lourd tribut auquel s’ajoute le déficit alimentaire qu’engendrent les effets du changement climatique est perceptible au Niger, pays qui a la particularité d’être du Sahel central et de la région du lac Tchad. «Une autre grande difficulté qui mérite d’être relevée, est que les bases de l’Etat islamique au grand Sahara qui sont en territoire malien sont à moins de 300 km de la capitale du Niger (Niamey). Et les bases des autres groupes terroristes comme Al-Qaïda au Maghreb islamique qui a un avatar dans cette région du Sahel, à la frontière avec le Burkina, sont à peu près à 100km de Niamey où nous avons nos institutions, où nous avons une grande partie de notre richesse économique. Pour nous le terrorisme est une menace qui s’exerce de manière très pressente sur notre capitale», explique le Président de la République, Chef de l’Etat, SE Mohamed Bazoum.

«Nous tenons, en maintenant le cap de notre option de base de promouvoir la démocratie», assure SE Mohamed Bazoum

Face à cette pressante menace sécuritaire, «nous avons essayé de tenir et nous tenons, en maintenant le cap de notre option de base de promouvoir la démocratie», a poursuivi le Président de la République. Le Chef de l’Etat s’est dit convaincu que c’est un moyen important de créer le consensus national dont le pays a besoin pour être uni face au «défi existentiel».

Il faut noter que le Niger fait déjà preuve d’une résilience surprenante face à la situation née de la crise en Libye, relativement à d’autres pays qui sont pourtant géographiquement moins exposés. «Il y’a une très grande cohésion entre nos communautés, de façon qu’aucune d’entre elles n’aurait pu avoir le prétexte de s’identifier à ces mouvements porteurs de la violence», souligne le Président Mohamed Bazoum confiant de sa gouvernance inclusive qui favorise l’intégration des communautés et l’unité. D’ailleurs c’est pour conforter cette cohésion sociale que les autorités nigériennes s’attèlent à promouvoir la lutte contre l’impunité et la corruption, de façon à consolider les institutions et à les rendre crédibles afin que les citoyens puissent s’y identifier et s’y fier.

S’agissant des partenariats tous azimuts dans le domaine sécuritaire, le Président de la République Mohamed Bazoum a réaffirmé au Secrétaire général des Nations Unies et à la délégation qui l’accompagne que les concours promus s’inscrivent dans la politique du renforcement de l’armée nigérienne, à travers la formation des forces spéciales. «Nos militaires nous ont dit que c’est le type de formation dont ils ont besoin pour être capables de faire face à l’ennemi tel qu’il se présente à eux», précise le Chef de l’Etat. «C’est dans cet esprit que des forces comme la force Barkhane et la force Takouba se redéployent sur le territoire nigérien de façon à redéfinir la politique de coopération opérationnelle avec nos forces à nous», assure SE Mohamed Bazoum.

Le Chef de l’Etat a ensuite évoqué son engagement à ramener les déplacés, dans les régions de Diffa et de Tillabéri. «Nous avons déjà commencé, nous avons pu ramener 30.000 personnes dans leurs villages. Cette année nous faisons le pari de ramener toutes les populations», rappelle le Président Mohamed Bazoum. Pour cela, l’on note aujourd’hui un rapport de force, dans le cadre de la Force mixte multinationale dans la région du lac Tchad notamment. Il estime que les conditions nécessaires sont créées pour que le retour des populations de la région de Diffa en particulier puisse être durable en toute sécurité. «Nous avons éloigné l’ennemi de notre frontière et nous l’avons confiné dans des îles de plus en plus éloignées», déclare le Président de la République.

«Dans la région de Tillabéri aussi, nous sommes dans un exercice similaire. C’est vrai qu’il y’a beaucoup moins de population déplacée mais nous avons identifié tous les villages. Nous avons passé 3 mois en train d’organiser des forums et nous avons enclenché le processus de leur retour», a-t-il indiqué. «Nous avons fait le pari que pour le lac Tchad comme pour la région de Tillabéri, la saison de pluie qui va commencer au mois de juin ou tout au plus en mois de juillet soit une saison au cours de laquelle toutes les populations soient retournées dans leurs villages et pourront cultiver leurs champs», a déclaré le Chef de l’Etat, avant de décliner à la délégation onusienne le besoin de notre pays d’être accompagné par les partenaires, notamment les organismes du Système des Nations Unies.

Abordant la question démographique, le Président de la République a relevé le poids d’une jeunesse fortement majoritaire

et malheureusement beaucoup moins occupée et donc vulnérable à toutes formes d’aventures aussi illusoires soient-elles comme le banditisme et la migration. «Ne croyez surtout pas que les jeunes qui sont enrôlés dans les organisations terroristes du Sahel ont quelques convictions idéologiques. En ce qui concerne le Niger, le peu de jeunes qui sont enrôlés dans ces organisations y sont pour des raisons purement alimentaires», révèle le Chef de l’Etat.

Antonio Guterres impressionné par une vision claire de la sécurité et un développement soutenable et inclusif

Le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres s’est dit impressionné par la manière dont le Niger s’y prend, notamment à travers la qualité de la gouvernance. «Vous êtes non seulement un Etat démocratique, un Etat de droit, mais on voit qu’il y’a un gouvernement et des institutions qui ont une vision claire de ce qu’il faut faire pour répondre au besoin sécuritaire du pays et lancer les bases d’un développement soutenable et inclusif», a-t-il soutenu. Il s’est dit ensuite rassuré de la cohésion intercommunautaire entre les voisins et les réfugiés, avec une façon remarquable et exemplaire de gérer la diversité.

«La solidarité, la générosité, la gouvernance et la capacité de créer une harmonie entre les communautés, sont les raisons pour lesquelles on voit une situation sécuritaire qui s’améliore au Niger», déclare le Secrétaire général de l’ONU. «Ceux qui ont pensé que le Niger allait subir de manière plus dramatique les conséquences de la crise Libyenne, ne connaissaient pas la base sur laquelle le pays a pu construire sa défense, sa sécurité, son identité et son Etat», a déclaré Antonio Guterres.

Le Secrétaire général des Nations Unies a réitéré sa disponibilité à porter le plaidoyer pour que, dit-il, «le Niger reçoive la coopération militaire, l’équipement, et les autres formes de solidarité, pour que l’armée nigérienne puisse gagner de plus en plus en efficacité dans les mesures de défense et de la sécurité des Nigériens». Selon Antonio Guterres, le pays aura, ici et à New-York, des «avocats en permanence» qui vont faire le plaidoyer pour les ressources dont le Niger a besoin du point de vue sécuritaire et pour une justice dans les rapports économiques afin de permettre le développement inclusif et durable.

Sur la question démographique, Antonio Guterres encourage «une croissance saine» qui puisse permettre la bonne utilisation des investissements, en santé, en création d’emploi. Il soutient que cela serait également un instrument important de prévention du terrorisme.

«Par ailleurs, la guerre en Ukraine ne devrait pas être vue seulement dans le contexte européen. Elle est un terrible accélérateur des problèmes que nous avons déjà à cause du Covid, du changement climatique et de l’énorme injustice dans l’attribution des ressources pour la relance des économies. Un pays comme le mien (Portugal) a reçu des milliards et des milliards de l’Union Européenne pour sa relance, un pays comme les Etats-Unis a imprimé de façon digitale plus de 1000 milliards de dollars, mais les pays africains ont eu accès à des quotas très réduits, ridicules de la création des droits de tirages spéciaux et pas des mesures effectives d’allègement de la dette ou de provision de la liquidité nécessaire. Ce monde injuste, ce monde d’inégalité a fait du continent africain qui a une croissance pendant 10 ans la plus élevée dans le monde, le continent victime des crises que la guerre en Ukraine», a déploré le Secrétaire général des Nations Unies.

Antonio Guterres a tenu, à cet effet, à souligner son engagement très fort à un renforcement de la coopération entre les Nations Unies, l’Union Africaine, la CEDEAO ainsi qu’avec toutes les institutions régionales du continent. C’est du reste la raison de sa visite d’abord à Dakar au Sénégal, puis à Niamey et enfin à Abuja au Nigéria.

Il faut noter que dans la soirée, le Chef de l’Etat a offert un dîner officiel au Secrétaire général de l’ONU et sa délégation. Le dîner s’est déroulé dans la salle de banquets du Centre international de conférences Mahatma Gandhi de Niamey en présence de plusieurs personnalités.

 Ismaël Chékaré(onep)