Témoignages des jeunes de la « FADA ZAMAN TARE »: A Zinder, la cité du DAMAGARAM

Dossier
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« C’est avec un immense plaisir que nous (Fada ZAMAN-TARE) vous adressons cette lettre, pour vous témoigner une fois de plus notre reconnaissance et nos remerciements à l’endroit du Projet « ZAMAN TARE » qui a changé notre quotidien. En effet, les controverses récentes autour de la diversité culturelle et religieuse plus précisément avec les évènements du 15 – 16 janvier 2015 (Charlie Hebdo), ont mobilisé une multitude de communautés à travers le monde sur la question du « Vivre-ensemble ». C’est dans ce sens que nous jeunes (jeunes musulmans, jeunes Chrétiens, jeunes marabouts, étudiants…) de la ville de Zinder, avions bénéficié d’un cadre d’échange, de dialogue et de partage dénommé « FADA ZAMAN-TARE » qui prône le pluralisme et la tolérance dans le but d’instaurer un climat propice à l’acceptation des différences pour travailler collectivement, favoriser un enrichissement mutuel et nous offrir un cadre viable pour une paix durable. FADA ZAMAN TARE qui est d’une importance capitale pour nous permettre de comprendre l’autre tel qu’il est, a fait ces preuves dans nos vies au quotidien. De par son aspect naturel, celui des causeries autour d’un thé et d’un plat de « WAKE » ; mais aussi sa philosophie de voir les jeunes échanger et dialoguer entre la pensée chrétienne  et la pensée musulmane, dialogue susceptible sans nul doute de relever le défi mondial de la diversité et du pluralisme propres à notre époque. Pendant ses quatre (4) années d’existence, nous avons compris que le « Vivre-ensemble » c’est construire librement dans un processus dynamique et continuel, son identité en adhérant à un projet collectif ; autrement dit, il met en jeu des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. De là, le vivre-ensemble apparaît comme un rempart contre le communautarisme, l’intolérance ou l’irrespect. Nous pouvons énumérer ici quelques témoignages des biens faits de ce cadre d’échange qui est la « Fada Z-T ». Ils sont entre autres : le respect de l’autre, l’ouverture à l’autre, la reconnaissance des différences, l’empathie, l’écoute, le dialogue, l’entraide et la tolérance. Ainsi nous considérons que, le vivre-ensemble en société, représente davantage plus que la visée d’une coexistence entre individus et groupes. Pour cela nous demandons à ce que le Projet continue et nous y ferons bon usage des acquis. Cependant, il faut noter aussi quelques difficultés d’ordre auxquels nous nous sommes confrontés mais qui n’ont changé en aucun cas cette vision du vivre-ensemble dans un contexte de développement durable ».  Pour les membres de la Fada, le Bureau Exécutif Le Secrétaire Général JEAN HOUNTONDJI O. Florentin.

A Diffa, la cité du Manga

« La Fada Zaman Taré est un cadre d’échange, de dialogue et de partage qui prône la tolérance et le pluralisme culturel et religieux, dans le but d’instaurer un climat propice à l’acceptation des différences pour travailler collectivement, favoriser un enrichissement mutuel et nous offrir un cadre viable pour une paix durable. Pour nous jeunes de Diffa, nous n’avons jamais pensé que le dialogue, la collaboration, l’entraide étaient possibles entre jeunes chrétiens et jeunes musulmans. De 2018 à nos jours, nous l’avons expérimenté avec le projet Zaman Taré financé par l’Union Européenne et la Caritas Grande Bretagne et mise en œuvre par la CADEV-Niger ; la Caritas Développement Niger. Après plusieurs séries de formations menées en collaboration avec le Comité de Dialogue Intra et Inter-religieux, nous jeunes de Diffa avions découvert qu’on était dans l’ignorance. Aujourd’hui nous sommes très heureux de faire ce témoignage afin que d’autres jeunes puissent aussi faire l’expérience. La Fada Zaman Taré de Diffa est composée de jeunes filles et garçons ; chrétiens et musulmans, des repentis (BH), des réfugiés, des retournés, des personnes vivant avec handicap et des autres nationalités (Togolais, Béninois, tchadiens) qui vivent à Diffa. Le vivre ensemble n’a pas de frontière ». Pour les membres de la Fada, le Bureau Exécutif Le Président Oumarou.

A Agadez, Cité de l’Aïr

L’existence du comité mixte/ Islamo-chrétien, l’observatoire religieux dans la région d’Agadez, a facilité la mise en place de la Fada Zaman Taré, qui réunit les jeunes garçons et filles, chrétiens et musulmans autour de la tolérance culturelle et religieuse. Au sein de ce cadre d’échange, les associations et mouvements de jeunes confessionnels y sont représentés (les Scouts du Niger, l’AEMN, la JAMEEN, le comité mixte, le groupe des jeunes chrétiens).

A Maradi, la capitale économique

« De son nom « le vivre ensemble », le projet Zaman taré ou « Action Communautaire pour le Pluralisme Culturel et Religieux au Niger et au Nigéria » a joué un rôle très important avec des résultats impressionnants pour atteindre son objectif qui est la promotion de la paix, conscient de la réalité dans laquelle nous vivons, c’est-à-dire  un monde où la paix est contrariée. Le projet Zaman Taré a fait assoir des personnes artisanes de paix autour d’un même plat pour un repas commun sans distinction de sexe, de race ni de religions et dans un respect total de l’autre qui est différent de moi. Zaman Taré a aussi formé, éduqué à travers des formations de la jeunesse, les leaders religieux, la société civile, les chefs traditionnels. Aujourd’hui Zaman Taré n’est plus un nom mais plutôt un comportement qui nous interpelle tous sur notre vie de chaque jour sur les valeurs de la Paix à Maradi au Niger et dans le monde en général ». Pour les membres de la Fada, M. Abdoul Aziz membre de la fada Zaman Taré représentant de Scout du Niger.

Les conférences dans les universités

Au Niger et au Nigeria, les universités sont au centre du leadership d’opinion et des changements sociaux importants. Le monde scientifique peut donc contribuer par un narratif positif et réparateur à préparer les futurs leaders et responsables d’un pays. Donc les étudiants (respectés dans leurs familles et villages comme de personnes éclairées) propageront avec beaucoup plus de facilité les concepts de tolérance et de vivre ensemble.

Le projet a, sous la conduite de l’Institut de recherche en sciences humaines de l’Université Abdou Moumouni de Niamey (IRSH), mené une Recherche Action Participative sur les barrières et les promoteurs de la tolérance multiculturelle et religieuse dans le système des valeurs sociales du Niger. Six  zones sont  ciblées  dont Agadez, Tillabéry, Niamey, Zinder, Maradi et Diffa. Une photo scientifique de la perception de la tolérance au Niger a ainsi été mise à disposition des diverses parties prenantes.

Le projet ambitionne de promouvoir un intérêt et un narratif académique sur la tolérance religieuse et culturelle en soutenant l’écriture des thèses et mémoires de masters pertinents à travers des bourses par des étudiants désireux de faire de la recherche sur le sujet de la tolérance multi culturelle et religieuse.

Au Niger une dizaine d’étudiants ont reçu la subvention de Zaman Taré dans le cadre de leur mémoire de Master II,  et trois (3) d’entre eux ont été sélectionnés pour présenter les résultats de leurs recherches à leurs camarades dans les universités des zones cibles (Maradi, Zinder, Diffa, Agadez et Niamey).

De Maradi, à Zinder, de Diffa à Agadez, les autorités académiques et le Comité exécutif de l’UENUN des différentes Universités et IUT, ont permis et facilité la tenue de la conférence de présentation des résultats des travaux des étudiants bénéficiaires de la subvention Zaman Taré. Les thèmes partagés étaient : «Méthodes communautaires de lutte contre l’extrémisme violent : Efficacité et limites», présenté par M. Salissou Abdou; «Les déterminants de la prise d’armes par les populations dans le Nord Tillabéri», présenté par M. Oumarou Hamidou Moussa; et « Gouvernance locale en matière de sécurité pour une meilleure cohésion sociale : Cas du département de Ouallam », présenté par M. Mahamane Rabiou Aboubacar Sadikou. Ces fructueux échanges ont eu lieu  en présence des étudiants, et des enseignants chercheurs.

« Dans le cadre du projet Zaman Taré, dont je suis l’un des bénéficiaires, j’ai pu au-delà de la découverte de l’intérieur du pays, contribuer au développement de la science grâce aux travaux de recherches sur la gouvernance locale en matière de sécurité au Niger pour une meilleure cohésion sociale : Cas du département de Ouallam, financés par ce projet. En effet, cette thématique nous permet de dépasser le mythe wébérien, de sauter le verrou stratégique de l’Etat comme unique acteur de la sécurité, en permettant à la population de participer à côté des acteurs de sécurisation aux missions de sécurisation. Au regard des insuffisances des mécanismes mis en place par l’Etat et ses structures en charge de mener à bien la prestation de ce bien public, local et national qu’est la sécurité, il serait envisageable de voir, comment impliquer la population locale dans la gestion participative, collaborative et coproductrice de ce bien. D’ores et déjà, plusieurs études ont montré qu’ici au Niger, à chaque fois que l’Etat peine à produire la sécurité, la population s’y est toujours invitée. C’est sur cet aspect que le travail de recherche met l’accent. Et grâce à la subvention du projet Zamen Taré, nous avons pu produire des données de premières mains pouvant aider la population locale et l’État dans la construction de la paix. Pour ce qui est de la tournée, elle s’est déroulée sur une bonne note de satisfaction. Même si par ailleurs, il serait souhaitable de mobiliser prochainement encore plus d’audience pour avoir plus d’impacts lors des conférences. Si non dans l’ensemble, c’est une réussite » témoigne Mahamane Rabiou Aboubacar Sadikou, Bénéficiaire de la subvention Zaman Taré.

Les écoles / bandes dessinées

L’analyse sur le rôle des universités est aussi valable pour les écoles. Ainsi, le projet aimerait promouvoir les écoles comme espace de paix et de tolérance. Dans un premier temps le projet a formé 240 directeurs et enseignants d’écoles (dont 48 par région) sur la tolérance culturelle et religieuse et sur les directives de l’UNESCO sur l’enseignement du respect pour tous (2014) et la Prévention de l’Extrémisme violent en milieu scolaire (2016).

En complément à ces actions, une banque d’ouvrage est constituée qui fait la promotion des histoires illustrées, promouvant la tolérance culturelle et religieuse, prenant en compte des exigences culturelles et  l’âge des élèves. Deux ouvrages ont été réalisées: le premier est intitulé « Rachel et Rachida » ; et le  second  « Le Voyage ». Ces ouvrages sont destinés aux élèves de l’école primaire respectivement de 6 à 9 ans et de 10 à 12 ans.

Ces ouvrages traitent de  plusieurs thématiques et on peut citer entre autres,  la cohésion sociale, le respect de l’autre, la parenté à plaisanterie, etc. Un enseignant témoigne comment il utilise ces ouvrages : « Au cours de mes séances de morale, dictée préparée, locution, je m’inspire de ces ouvrages pour les thématiques allant dans le sens de la cohésion sociale, la paix. Par exemple quand on prend « Le Voyage », je demande aux élèves d’observer les images et de me dire ce qu’ils voient. Ils peuvent citer les ethnies en fonction de l’accoutrement sur l’image. Ensuite, après une lecture silencieuse, je leur demande ce qu’ils ont compris, et qu’ils formulent en terme simple ce qu’ils ont compris. Ils me donnent des termes comme paix, cohésion, brassage ethnique, respect de l’autre, culture, etc. l’étape suivante consiste à formuler des phrases à partir des mots cités par les élèves. Ensemble, nous faisons un texte sur la paix, la cohésion. Ce texte peut être utilisé en moral et en dictée préparée.