Violet de Galmi : Le célèbre oignon du Niger à la conquête du marché international

Dossier
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Rendu populaire par la ville de Galmi située à 428km de Niamey, dans la région de Tahoua, l’oignon « Violet de Galmi » est devenu populaire à partir de la seconde moitié du 20ème siècle. Cette plante potagère vivace et à bulbe, considérée comme la meilleure dans sa famille, a conquis les cuisines du monde entier par son goût très prononcé qui s’adapte facilement aux sauces, aux salades et autres compositions culinaires. D’où la mobilisation de l’Etat, aux cotés des acteurs du secteur, pour garantir la pérennité du violet de Galmi grâce à l’obtention de son Identification Géographique auprès de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle. L’obtention de cette protection continentale remobilise les acteurs du milieu, surtout les femmes transformatrices, pour donner plus de valeur ajoutée à l’oignon du terroir et l’adapter aux particularités de la consommation mondiale.

L’oignon violet de Galmi est une variété créée à partir des écotypes locaux des vallées de la Maggia et de la Tarka suite à des travaux de recherches menés par le Niger autour des années 70. La vulgarisation de cette variété a permis au pays, premier exportateur d’oignon de la région CEDEAO et second producteur après le Nigeria, d’asseoir sa réputation dans le milieu de la culture de l’oignon et de faire connaitre la ville de Galmi, située sur la route de l’arachide à l’ombre de laquelle elle s’est développée, avant de finalement s’affranchir. Aujourd’hui, avec la hausse du nombre de producteurs qui achètent leurs semences, le Réseau national des chambres d’agriculture du Niger (RECA-Niger) évalue à environ un milliard de francs CFA la demande en semence.

 L’annonce au Conseil des Ministres du jeudi 07 octobre 2021 de l’enregistrement en Indication Géographique (IG) du violet de Galmi que saluent les producteurs, permettra de protéger les caractéristiques authentiques de ce produit. Pour rappel, ces dernières années dans la sous-région Ouest-africaine, des réseaux de distribution ont proposé des semences abusivement appelées « violet de Galmi » et produites dans leurs pays, voire même en Afrique du Sud et en Hollande, au Pays-Bas. A côté de ces semences, d’autres personnes préfèrent proposer des imitations qui non ni nom de société, ni adresse ou même origine, relève le RECA. « L’oignon est rouge, le nom ressemblant. C’est l’apparence qui semble recherchée », note le document du réseau.

Déjà en juillet 2013, dans son rapport sur l’Identification Géographique, le Réseau national des chambres d’agriculture du Niger tirait sur la sonnette d’alarme. Cette structure organisée dénonçait les subterfuges utilisés dans la chaine de valeur  des semences d’oignon et appelait les acteurs nigériens à produire enfin « des semences de qualité et dans des emballages correspondant à la demande des utilisateurs ». Le Niger, ajoute aussi le rapport, sera quand même victime des semences douteuses car « les oignons produits, notamment au Burkina Faso, seront vendus sous l’appellation Violet de Galmi sur les mêmes marchés, en particulier celui de la Côte d’Ivoire ».

Soutenir la transformation locale du violet de Galmi pour marquer la particularité du produit

Parmi les solutions porteuses accessibles à moindre frais, se trouve la transformation du violet de Galmi dans le pays pour soutenir sa consommation locale et exporter à travers le monde plus de produits certifiés d’origine. C’est dans ce secteur spécifique de la transformation qu’intervient la Fédérations des unions des femmes pour la filière oignon du Niger (FUFFON Nyalanta). Cette jeune structure créée il y’ a de cela quinze mois, regroupe les fédérations Kokarin mata, Hamdala et REFED et compte 102 femmes transformatrices, vendeuses et productrices d’oignon. Il s’agit pour ces femmes réunies en réseau de perfectionner leur travail et de tirer le plus de valeur ajoutée possible de la transformation de l’oignon.

La présidente de la fédération, Mme Moustapha Kadri Mariétou, par ailleurs promotrice de la marque de transformation agroalimentaire « Marietou et fils » du label Transco Niger, explique que les femmes transformatrices font beaucoup de produits dérivés à partir du célèbre violet de Galmi. En plus des épices traditionnelles typiquement nigériens issues de la transformation, précise-t-elle, les femmes fabriquent des lanières d’oignon séché et différents types de confitures très recherchées et appréciées par les expatriés. Depuis quelques temps, les Nigériens aussi commencent à s’intéresser à ces produits qui se fabriquent sans additifs chimiques pour la conservation ou pour rehausser le goût.

L’organisation du travail répond à une règle simple chez ces amoureuses du violet de Galmi : tout le monde doit s’impliquer dans le processus de fabrication de la sélection des producteurs à la source à la vente du produit fini, en passant par le contrôle de la qualité de la production, les étapes de la transformation et la mise en sachet des produits transformés. « Notre objectif final est de permettre à chacune de nos membres de maitriser la chaine de valeur. C’est aussi pour procurer une formation pratique aux femmes qui nous

appuient et procurer des ressources financières à leurs groupements. Non seulement elles sont formées, mais elles sont aussi payées », indique la présidente de la fédération FUFFON Nyalanta.

Cependant, Mme Moustapha Kadri Marietou annonce que malgré leur don de soi pour la promotion du violet de Galmi, les femmes transformatrices rencontrent plusieurs problèmes. La qualité et le savoir faire auxquels elles ont abouti dans la transformation de l’oignon grâce à plusieurs années de formation et d’expérimentations dans la pratique, est sabotée par des pratiques peux orthodoxes. « Quand un financement est énoncé pour le secteur, les personnes en charge du futur programme envoient leurs proches pour une formation de courte durée chez-nous et leur octroient les financements », dit-elle. Pour preuve, elle déclare que les vraies femmes transformatrices ont été mises à l’écart de la rencontre avec le Président de la République.

La présidente de la fédération Nyalanta demande aux autorités de se tourner vers les « vraies concernées » pour accompagner et accroitre la notoriété de l’oignon violet de Galmi dans le monde entier. Elle les appelle aussi à tout mettre en œuvre pour pérenniser l’organisation de la journée nationale de l’oignon sur une base annuelle.

Par Souleymane Yahaya(onep)