Djama Hassane, entrepreneure
Koutoukalé Kado est un petit village situé à quelques encablures de la Commune Rurale de Karma. Dans ce village vit Djama Hassane, une femme au foyer et mère de cinq (5) enfants. Le visage émacié, le corps frêle, Djama a perdu l’usage de ses membres inférieurs suite à une attaque du virus de la poliomyélite à l’âge de 6 (six) ans. Cependant, malgré ce handicap, la jeune maman âgée de 33 ans évolue depuis 3 ans dans la transformation agro-alimentaire et dans le maraichage pour assurer son autonomie financière.
En effet, Djama Hassane n’a pas toujours été une femme entrepreneure. Complexée par sa condition, la jeune dame a longtemps vécu dans le silence. Ce n’est qu’avec la création de l’union ‘’Bon nafa’’ dans son village de Koutoukalé Kado qu’elle a décidé de faire quelque chose pour aider son mari et pour se rendre utilise à la communauté. « Quand la présidente, Mariama a créé l’union des femmes de Koutoukalé, j’étais réticente. Je n’ai pas cherché à intégrer l’union car, avec ma condition, je me suis posé des questions quant à mon utilité pour l’union. Mais, Mariama a su trouver les mots justes et m’a convaincue qu’avec ce que je vais apprendre, je pourrai mener mes propres activités génératrices de revenus et contribuer ainsi à la gestion de mon foyer », raconte-t-elle, la voix tremblante.
Aujourd’hui, Djama a fait de la transformation de l’arachide sa principale source de revenus. Elle produit pour revendre aussi bien dans son quartier que dans le marché hebdomadaire du village. Elle participe également aux différentes activités que mène l’Union, comme le maraichage. « Certes, je ne peux pas travailler comme les autres femmes, mais je m’occupe de tout ce qui est repiquage des plants, enlever les mauvaises herbes et beaucoup d’autres choses qu’on peut faire étant assis », a-t-elle expliqué.
Djama Hassane est fière de son travail et de sa vie. « Alhamdulilah, je gagne pleinement ma vie. J’ai compris que vivre avec un handicap ne signifie pas être limité et que nous ne sommes pas seulement destinées à mendier ou à tendre la main. Ce que je gagne dans la vente de la pâte et de l’huile d’arachide me permet aisément de contribuer à la gestion de mon foyer et mon mari en est fier », confie a-t-elle, le sourire aux lèvres. Grâce aux revenus qu’elle gagne, Djama a pu s’acheter du bétail pour l’embouche ; une autre façon pour elle de s’autonomiser et de s’épanouir.
La présidente de l’Union ‘’Bon nafa’’, Mme Mariama Chaibou, ne tarit pas d’éloges pour cette brave femme présentée comme l’une des membres les plus actives et engagées. « Djama Hassane est une femme battante et très active. L’amener à intégrer l’organisation n’a pas été chose facile. Elle craignait de ne pas pouvoir être à la hauteur de la cause, au regard de sa condition. Et pourtant aujourd’hui, elle fournit plus d’efforts que certains membres de l’organisation », a témoigné la présidente de l’union, Mme Mariama Chaibou.
Outre la présidente, les voisines de Djama Hassane admirent beaucoup son courage et sa détermination. Elles ont témoigné de sa volonté de se rendre utile à sa famille et à sa communauté.
Djama Hassane espère d’autres formations pouvant davantage lui permettre de s’autonomiser et, pour cela, elle exhorte les autorités à appuyer leur Union à travers notamment des sessions de formation. « Je ne suis pas la seule femme en situation de handicap dans notre village, nous sommes nombreuses. Petit à petit, nous commençons à sortir de notre mutisme et à faire quelque chose pour notre communauté. Nous ne sommes pas seulement destinées à mendier ou à vivre dans l’ombre des autres. Si l’Etat peu appuyer notre union avec des formations, nous allons apprendre et nous allons mettre en œuvre ce qu’on a appris », a-t-elle souhaité.
Rahila Tagou (ONEP), Envoyée Spéciale
