L’élevage de volailles est une activité agricole courante dans de nombreuses régions du monde. Qu’il soit pratiqué à petite ou à grande échelle, il est une source importante de protéines et de revenus pour les producteurs. Cette activité agricole nécessite une attention particulière à tous les aspects, à commencer par la construction des bâtiments, l’alimentation, la santé et la gestion quotidienne des volailles. Parmi les impératifs pour débuter, figure en première place le choix des espèces. L’élevage de volailles comprend différentes espèces, chacune ayant ses spécificités. Les plus courantes sont les poules, les canards, les dindes, les oies et les pintades. Parmi ces types de volailles, les poules sont les plus répandues, principalement pour leur production d’œufs et de viande.
Dans la ville de Niamey, cette activité prend lentement vie chez les jeunes. Entre passion et désir d’entreprendre, les jeunes de la capitale tentent l’aventure et l’échec en réussite, sans la moindre formation technique. Ils s’arment de courage et avec le peu d’expérience acquise au fil des ans, certains sont parvenus à sortir des chantiers battus et à dépasser le simple élevage domestique pour se lancer dans la vente en gros de volaille et d’aliments.

Kassoum Ali est un jeune fonctionnaire dans la trentaine. Bien que salarié de l’État, l’homme s’est lancé par passion dans l’élevage de la volaille. Soutenu par trois de ses frères, il est aujourd’hui parvenu à mettre sur pied la ferme Samna, qui s’est spécialisée dans la production et la vente en gros des poulets de chair, des poulets d’ornement, des cailles, des pintades et des produits agricoles comme l’oignon qu’ils cultivent sur une surface de trois mille mètres carrés. Ayant débuté seul en 2019, M. Kassoum s’est vite rendu compte que seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin.
Avec son expérience de l’époque du lycée et les tentatives infructueuses qui se sont enchaînées pendant plus de trois ans, ses associés et lui parviennent aujourd’hui à sortir de la chaine de production plus de trois cents poussins par semaine.
D’après le jeune entrepreneur, la production reste limitée non pas par manque de chaine de production, mais plutôt à cause des difficultés d’écoulement. « Avant de mettre les œufs dans l’incubateur, on essaie de réduire la production de poussins parce que c’est un peu difficile de les écouler, surtout qu’on n’a pas assez de temps. On est tous des fonctionnaires », a-t-il expliqué.
Ainsi, pour écouler sa production, la ferme Samna se sert d’outils digitaux, comme les groupes WhatsApp dans lesquels les éleveurs de plusieurs horizons mettent leurs sujets en vente.
Néanmoins, il a noté que les poulets d’ornements sont celles qui sont les plus recherchées et les plus vendues lorsqu’elles sont de souche pure. « Donc, on s’est débrouillé pour se procurer la meilleure souche. Chaque fois qu’on voit une souche meilleure que la nôtre, on essaie d’améliorer ce qu’on a. Mais toute chose rare est forcément chère. Parce que dans les groupes, on a l’habitude de vendre des coqs à 300 000, voire 500 000 francs CFA », a-t-il appuyé.

En effet, dans le cadre de l’accroissement de ses activités, le responsable de la ferme Samna a expliqué qu’ils sont en phase de bâtir un centre de plusieurs hectares de production de volaille de chair et d’œufs dans le village de Guessalbodi, une localité située à quelques kilomètres de la ville de Niamey sur la route de Dosso.
Un secteur d’activité semé d’embuches
Malgré ses énormes potentialités, la filière avicole est confrontée à de nombreux problèmes liés notamment à la production et à la disponibilité des aliments, à la santé de la volaille et à la non-maîtrise des normes techniques.
Selon M. Kassoum Ali, parmi les problèmes qui assaillent leur activité se trouve le problème de l’alimentation par faute de production locale. Il souligne surtout que la cherté de ses produits joue sur la rentabilité de l’activité et que les éleveurs arriveraient à mieux rentabiliser leur activité de plus de 30% si seulement ils parvenaient à produire eux-mêmes les aliments avec les produits locaux. Hélas, c’est difficile, voire impossible, dit-il, car il faudrait connaitre le procédé technique, disposer de la formule et des produits chimiques utilisés dans la fabrication.
« Il y a eu un moment où le sac de 25 kg d’aliment volaille coûtait jusqu’à 12 000 FCFA. Maintenant, c’est à 8 500 FCFA, voire 8 750 FCFA. Donc, vraiment, ça va maintenant », a-t-il déclaré.

En effet, sur le plan du traitement sanitaire, les éleveurs peinent à trouver les vaccins. Entre méconnaissance des maladies et des protocoles à adopter, ces derniers arrivent tant bien que mal à prévenir et à soigner leurs sujets avec des techniques dites bio à base de moringa, d’ail ou encore de gingembre. Des méthodes plus saines, mais risquées en cas de surdosage. « Chez nous, on privilégie surtout le bio, on ne fait pas trop de vaccinations. À peine si on arrive à vacciner nos poussins au moment de l’éclosion. Le reste, on suit nos sujets avec du bio. Il faut savoir vraiment ce que tu manges et il faut que ça soit sain. Les sujets traités avec des produits bio sont différents de ceux traités avec des produits chimiques, la viande n’est pas pareille », a fait remarquer M. Kassoum.

Par ailleurs, M. Nassouri Alexandre, responsable général de la ferme Mina, a soutenu que le ravage fait par les maladies dans les élevages est notamment lié à l’ignorance. Il a raconté qu’à trois reprises, sa ferme a dû faire face à la Newcastle qui avait emporté plus de deux mille (2000) poussins. « Beaucoup pensent que l’élevage se résume à prendre des poulets, les nourrir et le tour est joué. Alors qu’il y a beaucoup de choses qui entrent en jeu. Il y a les déparasitages, la vaccination qu’il faut faire. Beaucoup de gens ne le font pas et il y a aussi le transport abusif de la volaille. Aujourd’hui, il y a certaines normes qu’il faut respecter. Quand je vais prendre une volaille, je ne vais pas directement la mettre dans la volière avec ceux-là qui sont déjà là. Il faut déjà traiter pendant un certain temps », a-t-il dit.
Les défis de la production d’œufs locaux
Au Niger, malgré l’évolution des élevages domestiques et des fermes avicoles, la quasi-totalité des œufs consommés dans le pays proviennent de pays voisins comme le Nigeria. Malgré cette importation massive d’œufs, il arrive que les consommateurs se heurtent à la rupture des stocks. Un paradoxe qui s’explique, selon M. Kassoum, par la complexité d’approvisionnement en poules pondeuses. Il a noté surtout que la chaine d’approvisionnement à partir du Nigeria est interrompue et que, pour y pallier, ils tentent d’expérimenter d’autres souches susceptibles d’être reproduites au Niger afin de se départir de la dépendance du Nigeria.
« J’ai vu d’autres qui s’en sont procurés à partir de l’Europe. Je ne sais pas comment ils ont fait pour pouvoir les amener ici. On a expérimenté les poules pondeuses ISA Brown et le problème avec ces poules est qu’il y a souvent une rupture. Déjà ce sont des sujets que nous importons du Nigeria et s’il faut à chaque fois aller ailleurs pour se procurer les poussins, forcément il y aura une rupture parce qu’il y a un cycle que tu dois respecter. La pondeuse a un cycle de 18 mois. D’autres peuvent aller jusqu’à 22 mois », a-t-il expliqué.

Selon le responsable de la ferme Mina, outre le défi de l’approvisionnement en poules pondeuses, la production archaïque d’aliments peut également empêcher les pontes. Bien que la ferme se soit spécialisée dans la production et la vente d’aliments, elle peine à maintenir le cap et l’essentiel de ce qu’elle met sur le marché provient du Burkina Faso. « Les intrants coûtent excessivement cher. Il y a des moments où ça va. Par exemple, quand je prends le son de blé, il y a des moments où on peut acheter la tonne à 110 000 FCFA ou 120 000 francs CFA. Et il y a des moments où ça va jusqu’à 250 000 FCFA. Vous voyez un peu la fourchette. Et quand vous allez augmenter le prix, c’est compliqué. Ce n’est pas accessible à tout le monde », a-t-il insisté.
La commercialisation de l’aliment volaille
Créée en 2021, la ferme Mina possède aujourd’hui quatre boutiques à travers la ville de Niamey et une vingtaine d’employés. Ayant débuté ces activités sur les plateformes digitales, la forte demande d’intrants et d’équipements avicoles a permis à la ferme d’avoir des boutiques physiques dans lesquelles sont vendus des aliments volaille, aliments lapins, poissons et bétail et des accessoires tels que les mangeoires, les abreuvoirs et les composants électroniques pour la confection de couveuses. « Il y a certains équipements aujourd’hui qui se vendent à 2 000 FCFA, alors que par le passé, ils coûtaient à 15 000 francs CFA. Vraiment, c’était dur pour nous. Pour avoir même un appui, c’était tellement compliqué. On s’est demandé pourquoi ne pas amener et faciliter les choses aux autres. En général, je peux dire qu’on a assurément évolué. Trois ans en arrière, on n’était pas à ce stade. Que ce soit le local, que ce soit notre manière de travailler, on a vraiment appris avec le temps pour pouvoir garantir un peu la qualité à nos clients », a-t-il dit.
Située au quartier Cité Chinoise, AD Élevage est une autre boutique spécialisée dans les solutions agricoles et la vente de matériels et d’équipements pour faire de l’élevage. Le Directeur général de l’entreprise, Ibrahim Moha Issoufou, a expliqué que les aliments qu’ils mettent à la disposition des éleveurs sont entièrement importés, conçus pour s’adapter aux différents types d’élevage. « Pour chaque type de volaille, il y a une alimentation spécifique. Les aliments sont classés selon que c’est destiné aux poules pondeuses, au poulet de chair. Si c’est pour des poussins, il y a des aliments de croissance premier âge, deuxième et troisième âge », a-t-il spécifié. Il a également indiqué que des formules sont utilisées pour préparer les aliments suivant un dosage bien précis. Ainsi en cas de rupture, M. Ibrahim Moha a expliqué qu’ils conçoivent eux-mêmes les aliments en fonction des ingrédients disponibles localement. Toutefois, il a souligné qu’il est possible pour eux de reproduire à l’identique les aliments importés de pays comme le Nigeria ou le Burkina Faso par faute de certains produits chimiques inaccessibles au Niger. « Il nous faut aussi des machines pour avoir l’autorisation de fabriquer notre propre aliment ici, parce qu’il faut analyser, il faut passer par tel et tel procédé ».
Une profession qui attire les jeunes
Jeunes diplômés ou encore déscolarisés, chacune de ces catégories de la jeunesse nigérienne se lance en masse dans l’aviculture. La passion de l’activité et son fort potentiel économique restent une échappatoire pour certains chômeurs. Aujourd’hui dans la ville de Niamey, dans presque chaque concession, les jeunes font de l’élevage, notamment grâce à la production en masse facilitée à travers la maitrise par certains jeunes des techniques de production de couveuses locales. Bien que leur production reste moins importante à côté des géantes fermes, ils arrivent malgré tout à tirer leur épingle du jeu.

Nassirou Halidou est un jeune de 26 ans vivant dans le quartier Niamey 2000. Déscolarisé très tôt, il vivait de petits commerces. Aujourd’hui, il fait de l’aviculture dans la cour familiale. À l’intérieur, il élève des poulets Brahma et des Goliath. Grâce à sa couveuse manuelle d’une capacité de deux cents (200) œufs, il produit des poussins et des pintadeaux qu’il revend entre 700 francs et 800 cent francs CFA l’unité. Son rêve à lui, c’est de parvenir un jour à ouvrir une ferme dans laquelle il fera de l’élevage de pigeons et de poulets. Autodidacte sans aucune formation en la matière, le jeune Nassirou essaye de se former en assistant à des formations offertes en ligne et en présentiel. « Grâce à cette activité, j’arrive à subvenir à mes besoins. Dieu, merci, je peux aujourd’hui dire que je gagne ma vie mieux qu’avant. Certes c’est une activité qui nécessite beaucoup de temps, d’attention et de soins, mais quand c’est bien fait, les efforts sont récompensés. J’encourage les jeunes à se lancer massivement dans l’aviculture, c’est une alternative au chômage. Tout le monde ne peut pas être fonctionnaire et aujourd’hui, je peux modestement dire que je gagne autant qu’un fonctionnaire, sinon plus », s’est-il réjoui.
Hamissou Yahaya (ONEP)
