Dans la ville de Maradi, en pleine circulation, ce qui attire l’attention en premier, c’est l’abondance des taxis-motos qui sillonnent les quartiers, à longueur de journée, transportant des passagers et parfois des marchandises. Pour un étranger habitué aux taxis-automobiles classiques, c’est encore plus impressionnant. En effet, la ville de Maradi est l’une des villes où le transport intra-urbain est le plus assuré par les tricycles, communément appelés « adeydeyta ». Un secteur à part entière, grâce auquel des milliers de jeunes sont désormais à l’abri du chômage. Cependant, malgré son employabilité, ce métier est confronté à des multiples difficultés d’où le cri de cœur de plusieurs con,ducteurs qui se plaignent, mais refusent de céder face aux défis.
Dès les premières heures de la journée, la circulation dans la ville, un peu partout, est envahie par ces machines à trois roues, trop remarquables grâce à leur couleur jaune caractéristique. Les conducteurs offrent un service social très capital à la population. Ils transportent à la fois des agents publics, des commerçants, des scolaires et plein d’autres personnes qui parcourent la ville pour vaquer à leurs occupations. Par ailleurs, les clients n’ont pas à passer des heures dans l’attente pour être transportés à destination, il suffit juste de s’arrêter au bord du goudron et faire le signe aux transporteurs qui passent. Le déplacement en adeydeyta est à la fois agréable et amusant. Assis derrière ou à côté du chauffeur, on profite de l’air libre, car c’est un engin roulant à vitesse modérée presque aux quatre vents, tout en comtemplant la fresque et l’ambiance de la capitale économique.
Un métier accessible pour la jeunesse
Selon plusieurs conducteurs, le métier attire davantage les jeunes que les personnes âgées. Certains estiment que sa rentabilité leur permet de construire progressivement une vie plus autonome. Contrairement aux taxis automobiles classiques, notamment à Niamey, le transport par adeydeyta ne dispose pas toujours d’un tarif fixe. Le prix de la course est généralement négocié avec le client à partir de 100 FCFA. Selon la distance parcourue, il peut atteindre 200, 300 FCFA, voire davantage. « Avant, beaucoup de jeunes passaient leur temps dans les fadas et les rassemblements inutiles. Avec l’arrivée du métier de conducteur d’adeydeyta, ils ont trouvé un emploi qui leur permet de travailler. Ils ont moins de temps à consacrer aux fadas et aux bagarres. Aujourd’hui, certains jeunes aident leurs parents et deviennent autonomes », explique Rabilou Garba, dit Joe, un conducteur de 28 ans. Il souligne également que plusieurs de ses amis exercent eux aussi comme conducteurs de tricycles.

Dans un esprit d’entraide, certains propriétaires font leur service une partie de la journée et relèguent une part à leurs frères, un ami ou un proche de confiance qui n’a pas encore les moyens de s’octroyer son propre engin. Ainsi, ils travaillent en étroite collaboration et chacun se retrouve.
Pour M. Abdoul Nasser Gongah, un autre jeune conducteur, par ailleurs enseignant d’Education physique et sportive (EPS), ce qui est très impressionnant est que beaucoup de fils issus des familles pauvres ne se plaignent plus du manque de travail. « Parallèlement, j’enseigne EPS. Je n’ai pas de contrat, mais j’ai un établissement où je fais la vacation. J’ai voulu continuer mes études après le cycle du niveau moyen, mais je n’avais pas les fonds nécessaires. Grâce à cette activité, je ne chôme pas. Il y a aujourd’hui beaucoup de jeunes scolaires qui payent leurs études à travers cette activité », se félicite-t-il.
Des défis multiples malgré l’engouement
Malgré l’intérêt croissant pour cette activité, les conducteurs de adeydeyta sont confrontés à plusieurs difficultés, notamment celles liées aux contrôles, aux taxes et à la régularisation des documents administratifs. Selon un conducteur rencontré, l’achat de l’engin lui a coûté 1 700 000 FCFA, une somme importante à laquelle s’ajoutent les frais de mise en conformité. « La mise à jour des premiers papiers, sans compter les taxes, demande plus de 100 000 FCFA. J’ai déjà effectué presque la moitié des démarches, mais il faut souvent éviter les contrôles avant de pouvoir se mettre en règle », explique-t-il.
Tous les prestataires rencontrés évoquent les difficultés liées aux taxes et la patente comme principaux défis. D’autres évoquent l’impraticabilité de certaines routes, surtout périphériques, qui compliquent davantage la circulation des machines.
Selon Aminou Abdoulaye, président de l’Association des conducteurs de tricycles de Maradi, la régularisation des pièces exigées pour la libre circulation constitue un véritable parcours du combattant pour certains conducteurs. Il estime qu’il est difficile pour tous les conducteurs de se conformer entièrement aux exigences administratives, en raison du coût élevé des différentes démarches et taxes.

« Si tu prends, par exemple, la taxe de la mairie, elle est de 1 500 FCFA par mois, la patente est de 60 000 FCFA par an, sans compter l’assurance. Nos camarades s’en plaignent beaucoup. Lorsqu’ils achètent un nouvel engin, ils dépensent déjà beaucoup d’argent pour mettre à jour les papiers et procéder à l’immatriculation. Une fois l’engin mis en circulation, ils doivent encore faire face à toutes ces taxes », déplore-t-il.
Le président de l’association indique que des démarches ont déjà été entreprises auprès de la Direction régionale des impôts afin de plaider en faveur d’une réduction des charges, dans le but de permettre à davantage de conducteurs de se conformer aux exigences administratives. « Il y a plus de 3 000 tricycles, ou adeydeyta, dans la ville de Maradi, mais à peine 300 sont en règle avec la patente. Cela complique la libre circulation de nombreux conducteurs qui sont obligés d’éviter les contrôles », ajoute-t-il.
Yacouba Moumouni (ONEP)





