Linguiste Ammani Abdourahamane, un locuteur du tassawaq et journaliste en langue à la RTN
Considérée comme une variété du songhay septentrional, le tassawaq est l’une des onze (11) langues du Niger. Reconnue par la loi n° 2001 – 037 du 31 décembre 2001, elle est parlée principalement à Ingall et à Tiguiddan-Tessoum, dans la région d’Agadez. Le nombre de ses locuteurs est estimé entre 25 000 et 30 000 personnes. Ne disposant pas d’un alphabet officiel propre, sa transcription linguistique s’effectue généralement à l’aide de l’Alphabet phonétique international (API).
De nombreux universitaires ont consacré des travaux et publié des articles scientifiques sur cette langue. Parmi eux, le linguiste et journaliste en langue à la Radio-télévision du Niger, Ammani Abdourahamane, auteur d’un mémoire de Maitrise consacré à l’étude des mots tassawaq, en 2013, à l’Université Abdou Moumouni de Niamey. Rencontré à Ingall, à l’occasion de la 59è édition de la Cure Salée, il indique qu’il s’agit d’une langue nomade dans laquelle l’on retrouve du zarma, du tamasheq, de l’arabe, du hausa et quelques mots empruntés au songhaï.
Ces similitudes et ces emprunts peuvent être illustrés par quelques exemples lexicaux et syntaxiques. En ce qui concerne la numération, « les formes ‘’affo’’, ‘’ahinkya’’, ‘’ahinza’’ et ‘’ataasi’’, correspondant respectivement à ‘’un’’, ‘’deux’’, ‘’trois’’ et ‘’quatre’’, présentent des similitudes avec les formes du songhay-zarma. À partir de cinq, on relève notamment les formes ‘’xamsa’’, ‘’sitta’’, ‘’sabʿa’’ et ‘’tamāniya’’, correspondant à ‘’cinq’’, ‘‘six’’, ‘‘sept’’ et ‘‘huit’’. Ces dernières présentent des ressemblances avec les termes arabes », explique le linguiste Ammani, lui-même locuteur du tassawaq et originaire d’Ingall. Aussi, dit-il, sur le plan syntaxique, on peut également relever des ressemblances entre le tassawaq et le songhay-zarma, comme lorsqu’on dit (en tassawaq) ‘’Ammani a koy yoobu’’ et ‘’Ammani koy habu’’ (en songhay-zarma) pour signifier « Amani est parti au marché ». Cela illustre une similitude entre les deux langues, notamment dans la construction des phrases et dans l’emploi de certains éléments lexicaux.
Suivant de près l’évolution de la promotion du tassawaq, Ammani souligne l’importance linguistique et culturelle de cette langue qui favorise l’inclusion dans le pays, même si la langue demeure méconnue du grand public. A cet effet, depuis 2021, sur les ondes de la Radio et Télévision du Niger, sa voix porte les informations et anime des émissions auprès et avec des locuteurs du tassawaq ainsi que l’ensemble des auditeurs et téléspectateurs qui la découvrent. A la Voix du Sahel, il présente le journal en tassawaq tous les jours à partir de 17h40 et anime l’émission ‘’ sujet du jour ‘’ chaque mercredi à partir de 8h. Sur le plateau de Télé Sahel, le journal en tassawaq d’Ammani c’est chaque lundi en fin de journée. « Depuis 2021, la diffusion sur les antennes de la Radio-Télévision du Niger (RTN) a permis à de nombreux Nigériens de découvrir cette langue et de mieux connaître la communauté qui la parle », se félicite le journaliste et linguiste.
« La communauté isawaaghan -celle qui parle le tassawaq- a largement contribué à la promotion et à la valorisation du tassawaq. Elle a notamment soutenu de nombreux universitaires dans leurs travaux de recherches consacrés à cette langue », souligne Ammani. À cet égard, il rend un hommage posthume à Dr Alimata Sidibé, dont les travaux ont contribué à la connaissance et à la documentation du tassawaq. Il s’agit notamment d’un article sur « les procédés de pluralisation et marques du pluriel d’une langue dite mixte : le tassawaq d’Ingall », en 2010.
En effet, la langue tassawaq constitue un patrimoine linguistique et culturel important du Niger. Ammani Abdourahamane estime que « sa documentation, son étude scientifique et sa promotion méritent d’être poursuivies afin d’assurer sa valorisation et sa transmission aux générations futures ».
Ismaël Chékaré (ONEP),
Envoyé spécial
