Editorial : Le sacre des hautes valeurs humaines

Edito
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L’instant était historique, marchant d’un pas cadencé, le Président sortant, Issoufou Mahamadou se dirigea vers le Président entrant, Mohamed Bazoum, pour transmettre à celui-ci le témoin du pouvoir, c’est-à-dire la constitution du Niger, la loi fondamentale. Ce rituel républicain consacre ainsi la première alternance démocratique au Niger, en soixante ans d’indépendance. Une nouvelle page de l’histoire politique contemporaine du Niger vient de s’écrire en lettres d’or pour une nouvelle expérience démocratique. La démocratie nigérienne vient de franchir une étape importante de son évolution vers son enracinement durable. Pendant longtemps, malgré l’organisation d’élections libres et pluralistes dans le pays depuis l’ouverture démocratique des années 90, la démocratie nigérienne aura souvent eu partie liée avec les vieux démons de l’instabilité politique et institutionnelle ayant permis aux hommes en kaki de faire parfois irruption sur la scène politique nationale pour interrompre l’ordre constitutionnel normal.

Il est vrai qu’il fallait mettre cette regrettable situation sur le compte de l‘immaturité démocratique du peuple nigérien, à un moment donné, qui découvrait à peine les valeurs de la démocratie et leur universalisme. En effet, des considérations d’une autre époque étaient encore prégnantes chez beaucoup de nos concitoyens, handicapés, sans doute, par des inégalités sociales qui les mettaient en marge du progrès social et économique du pays et du monde. Cela avait constitué un fonds de commerce électoral exceptionnel pour certains groupements politiques qui ne méritent point, d’ailleurs, l’appellation contrôlée de partis politiques, puisqu’un parti politique a une vocation universelle. Ces mouvements groupusculaires avaient ainsi pu fleurir sur le terreau de l’ignorance et de l’obscurantisme dans lequel l’on avait maintenu ces catégories sociales déshéritées, à un certain moment de l’Histoire.

Les slogans et autres cris de ralliement populaire comme ‘’tchandji dolé’’ faisaient encore fureur et trouvaient un écho particulier chez des catégories de citoyens auxquelles on voulait faire croire que tous leurs malheurs venaient de…l’autre. Puis, progressivement, avec l’évolution des mentalités, la maturité politique a pu pénétrer ces couches populaires qui découvraient, en fait, que les mauvais ou les méchants constituaient aussi une espèce à part entière parmi les hommes, indistinctement de leurs origines sociales ou géographiques ; en un mot, que le Bien, tout comme le Mal, n’ont pas de race ou de région. Ce réveil, mieux, cette émancipation populaire a pu sauver le Niger de certaines catastrophes modernes (génocide, guerre civile) que l’on a pu observer ailleurs sur le continent africain où les stigmatisations identitaires avaient été portées à leur paroxysme destructif.

Cependant, les marchands de ces rêves funestes n’ont pas encore fait le deuil de leurs ambitions monstrueuses et ne se résignent guère à être vaincus par la raison démocratique sans livrer leur ultime coup d’épée, ne serait-ce que pour mourir avec l’arme à la main. Jusqu’à la dernière seconde de ce qui nous rapprochait de ce moment historique national, ils auront refusé de rendre l’âme sans tenter un dernier baroud d’honneur en voulant déstabiliser la République. Comme quoi, jusqu’au bout, la démocratie nigérienne aura dû faire face aux forces rétrogrades, sans jamais baisser la garde, même quand tout semblait normal dans le meilleur des mondes possibles.

Dieu merci, nos immenses prières ont été ainsi entendues, car, la transmission pacifique du pouvoir, tant souhaitée par les démocrates nigériens et tant redoutée par les forces réactionnaires, a pu enfin intervenir dans un moment de grande émotion ! En effet, l’on ne pouvait s’empêcher d’être étreint par l’émotion en dégustant ce fabuleux instant solennel, ce rendez-vous historique pour la démocratie nigérienne, cette étape charnière de l’évolution sociopolitique du Niger, et de se dire, enfin, qu’on y est parvenu, bon sang ! Mais, que ce fut dur, physiquement et moralement, car, perpétuellement, le spectre nihiliste aura plané sur le fragile équilibre démocratique trouvé dans le processus d’institutionnalisation de la Septième République ! Ne l’oublions surtout pas, la Septième République aura été le régime politique ayant atteint le plus haut point de parachèvement démocratique de toute l’histoire du processus démocratique au Niger, dans la mesure où toutes les institutions prévues par la constitution du 25 novembre 2010 ont été mises en place de façon effective.

Sur le plan institutionnel, donc incontestablement, une avancée importante a été enregistrée avec ce régime politique. Mais, pour parfaire l’édifice démocratique du Niger, il restait l’autre dimension importante, qui est la culture démocratique et la difficile problématique de sa socialisation, c’est-à-dire de son entrée dans les normes comportementales individuelles et collectives des citoyens. C’est là que résiderait le grand défi du nouveau pouvoir, ce que le Président fraîchement investi a appelé dans son allocution d’investiture, ‘’l’anthropologie philosophique’’, lorsqu’il voulait dénoncer certaines attitudes négatives dans l’accomplissement des missions dévolues aux responsables publics. C’est désormais une lapalissade d’affirmer que les textes ne valent que ce que valent les hommes chargés de les appliquer. On a beau se donner les plus beaux textes, tant qu’un changement de mentalité et de comportement structurel n’aura pas été entrepris pour inculquer un esprit civique aux uns et aux autres, il est certain que nous assisterons toujours à des situations fâcheuses.

Au Burkina-Faso, tout près de chez nous, après les manifestations de mécontentement populaire, les manifestants reviennent spontanément balayer les rues pour dégager les ordures occasionnées par leur débrayage. Chez nous, ils cassent les biens publics et s’en prennent aux biens privés. C’est là toute la différence.

Au-delà de l’aventure de deux hommes exceptionnels liés par le destin, par l’amitié sincère et par le respect mutuel de l’un pour l’autre, c’est tout le Niger qui vient de briller de mille feux par cette extraordinaire aventure humaine : la rencontre de deux grands esprits, deux grandes étoiles filantes. C’est là, assurément, le fruit d’un compagnonnage sincère, sérieux, fondé sur de hautes valeurs humaines, tissé dans un petit bled du quartier Nouveau-Marché de Niamey, qui n’est pas simplement un quartier réputé pour abriter la plus grande concentration de bars de la capitale, dont le célèbre bar ‘’Congolaise’’, pour les plus anciens habitants de Niamey, mais qui pouvait aussi être le lieu de naissance du plus grand parti politique du Niger, le PNDS Tarayya. Quel honneur pour ce mythique quartier chaud de la capitale, dont votre fidèle serviteur est aussi résident !

On comprend mieux, aujourd’hui, le choix du président Issoufou Mahamadou d’adouber Mohamed Bazoum comme son successeur à la tête du Niger et de son peuple. Le lien entre les deux hommes est profond, car ce duo politique aura su résister à toutes les épreuves de la vie ; il aura su survivre à toutes les tentations possibles pour être, aujourd’hui, le tandem politique le plus durable et le plus fécond. Dans les plus durs moments d’adversité politique, stoïques, l’ingénieur et le philosophe ont su rester imperturbables face aux facéties et aux vicissitudes de la politique nigérienne. Ces deux têtes fortes du socialisme nigérien étaient avant tout des idéalistes porteurs d’une certaine vision du monde, mus par une seule ambition commune : servir l’idéal démocratique et réaliser le bonheur social. Ils auront compris que les hommes ‘’petits’’ s’entre-déchirent dans la réalisation d’ambitions personnelles, mais que les grands hommes fusionnent dans la poursuite de desseins collectifs pour toujours rechercher ce qu’il y a de bien pour le genre humain quand ils se distinguent par leur qualité de meneurs d’hommes.

Ce sont de tels hommes qui laissent toujours des empreintes indélébiles de leur passage sur terre qui servent de boussole, mieux d’histoire pour guider les pas des générations présentes et futures. La Septième république inaugurée par le Président Issoufou Mahamadou aura tenu sa promesse fondamentale : consolider le processus démocratique et consacrer la première alternance démocratique dans le pays. Avec l’aboutissement actuel, on peut, sans risque de se tromper, dire et affirmer, péremptoirement que ce pari a été gagné.

Par Zakari Alzouma Coulibaly