
En Conseil des ministres du Mercredi 22 octobre 2025, le gouvernement nigérien a procédé au rehaussement du salaire minimum interprofessionnel garanti communément appelé le SMIG. Quelles implications cette décision aurait-il lorsqu’on sait qu’elle génère une restructuration du revenu de certaines catégories socio-professionnelles ? Les lignes qui suivent présentent quelques facettes de l’impact de cette décision non moins négligeable.
Dans sa session du 22 octobre 2025, le Gouvernement nigérien a finalement adopté le projet de décret qui fixe le taux horaire du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti. Cette décision, répondant d’abord aux revendications des syndicats, aura la hauteur d’impacter les domaines aussi bien socio-politiques qu’économiques.
Impacts socio-politiques
L’objectif visé par le gouvernement est de « répondre favorablement aux doléances des partenaires sociaux par la revalorisation nécessaire du salaire minimum ». Alors que le Niger dispose du plus bas niveau de ce revenu minimum dans la zone UEMOA, le SMIG est en effet porté de 30.047 Fcfa à 42.000 Fcfa, soit une augmentation de 39,78%. Il y a longtemps déjà que le point du rehaussement du SMIG est reconduit et ce, d’une année à l’autre, dans les plateformes revendicatives des travailleurs.
Le courage politique nécessaire a enfin opéré la magie qui convienne à un moment où personne ne peut s’y attendre. Car, avant tout, la situation sociopolitique actuelle pousse beaucoup à entrevoir l’avenir par le prisme du pessimisme. Mais cette nouvelle disposition du gouvernement renverse les doutes en donnant le signal que, malgré la conjoncture économique difficile, l’Etat dispose encore de plusieurs cartes pour assumer pleinement ses responsabilités à l’égard des engagements pris. Cela suppose aussi une reconnaissance de la résilience dont les travailleurs font montre depuis l’avènement du changement de pouvoir.
La revalorisation du SMIG rappelle le sillage dans lequel chemine le pays. La gouvernance politique et la vie politique en général sont animées par les principes d’une République démocratique et sociale. La dimension sociale se voit ici renforcée dans la mesure où l’augmentation du niveau du SMIG trouve toute l’essence d’une décision qui a caractère de rétablir la justice sociale.
Le nouveau décret renforce le système de salaire minimum pour la lutte contre les inégalités sociales et la pauvreté tel que le préconisent toutes les conventions de l’Organisation Internationale du Travail – OIT dont la Déclaration de Philadelphie en 1944, a souligné le principe d’un salaire minimum vital pour tous ceux qui ont un emploi et ont besoin d’une telle protection. Ce principe a été réitéré dans la Déclaration de l’OIT de 2008 sur la justice sociale pour une mondialisation équitable.
En effet, à partir de la mise en application réelle du décret, aucun employeur ne doit rémunérer les employés en-deçà du salaire minimum de 42.000Fcfa qui est désormais le revenu mensuel plancher du travail sur le territoire national. Les revenus revalorisés directement à travers cet acte concernent ceux des travailleurs qui relèvent du premier niveau de catégorie des employés, ouvriers, personnels de bureau et d’atelier dans les commerces, les banques, les assurances, les industries, la mécanique générale, les Auxiliaires des transports routiers et aussi les BTP en général, etc.
Impacts économiques
Le salaire minimum interprofessionnel garanti est le salaire horaire en dessous duquel aucun salarié ne doit être payé. Sur le plan économique, une décision politique de revalorisation du salaire minimum succède généralement à une période de conjoncture économique où le pays cannait un certain niveau d’augmentation généralisée et durable des prix des biens, c’est-à-dire une inflation.
La théorie économique analyse le principe de salaire minimum sous deux angles selon qu’il soit de la pensée des libéraux et de celle des interventionnistes.
Pour les libéraux, face à l’analyse du « salaire de subsistance », l’on estime que le salaire a tendance de se stabiliser à un niveau indispensable pour assurer la survie des travailleurs et que l’excès de salaires au-delà de ce seuil pourrait nuire à la compétitivité des entreprises et entraîner une baisse des emplois du fait que les charges salariales augmentent. En considérant que des libres relations de confrontation entre offreurs et demandeurs de travail, pour chaque catégorie professionnelle distincte, découlerait un salaire minimum (revenu de subsistance), tout supplément au-delà de ce seuil ne constituera dans les faits qu’une surenchère de main d’œuvre. Aussi, la fixation d’un salaire minimum supérieur à la productivité du travail entraînerait, d’une part, un effet de substitution (du travail humain par les machines et la technologie) et, d’autre part, un effet de gonflement des charges salariales qui annihilerait le besoin d’embaucher.
Dans ce sens, il est loisible d’anticiper qu’en absence d’aucune forme de régulation, les inégalités salariales et sociales trouveront un champ fertile de prospérer.
Au contraire, la pensée interventionniste met en avant les effets positifs d’une augmentation du revenu minimum.
L’idéal est qu’en bonne gouvernance économique, au fur et à mesure que l’inflation des prix est observée sur un temps déterminé, le niveau du salaire minimum devrait être relevé dans les mêmes proportions. Car, l’inflation suppose avant tout, une perte du pouvoir d’achat des ménages chez qui se développe, in fine, une sensation de détérioration de leur niveau de vie. Ce procédé de revalorisation devient en réalité une méthode ou un instrument aux mains de l’Etat pour corriger, redresser le niveau des revenus afin de ramener les ménages (travailleurs) dans une situation de niveau de vie acceptable. En d’autres termes, le rehaussement du SMIG correspond à l’augmentation des revenus d’où, il en résulte une relance subséquente de la consommation.
Au Niger, l’indice des prix à la consommation a connu des variations annuelles aux mois de décembre de 3,1% en 2020, de 4,9 en 2021, de 3,1 en 2022, de 7,2 en 2023, de 4,7 en 2024 et de -10,1% en septembre 2025.
On observe aisément que l’augmentation du SMIG intervient à un moment où les ménages connaissent un regain de pouvoir d’achat caractérisé par une déflation des prix de – 10,1%. La décision prise par le gouvernement donne par conséquent un double coup de grâce contre la précarité.
Sur un autre plan, il convient de rappeler que la mesure d’augmentation du SMIG au Niger impacte significativement le marché des assurances. Les sociétés d’assurances sont fortement réglementées. En effet, la réglementation qui exclut la possibilité de couverture d’assurance à crédit, a consacré une dérogation permettant le paiement sous deux mois de tout contrat d’assurance dont la prime excède 80 fois le SMIG annuel. Alors on peut constater que de 28.845.120 Fcfa, le niveau du montant des souscriptions qui en bénéficient devient désormais 40.320.000 Fcfa à l’application de la mesure, d’où de nombreux clients perdront cet avantage.
Sur le plan des prestations aux victimes d’accident de la voie publique et aux bénéficiaires des contrats d’assurance, les préjudices corporels sont indemnisés sur la base du niveau de SMIG. Le barème sera rehaussé, présageant une augmentation substantielle des charges de sinistres. En plus, les sociétés d’assurances se verront confrontées au rétrécissement de leurs résultats financiers, car le rehaussement du SMIG entraîne de facto une augmentation des provisions pour les sinistres corporels à payer.
Enfin, il convient d’admettre que le gouvernement a su agir au bon moment en adoptant la mesure de revalorisation du salaire minimum légal. Cela prouve à suffisance la dextérité de la réflexion relative aux politiques économiques du pays malgré la propension de certains acteurs à critiquer mais aussi à relever certaines lenteurs au lieu d’apporter des solutions. Le SMIG constitue un minimum horaire devant être revalorisé en fonction des fluctuations de l’indice des prix à la consommation afin de ne jamais perdre de vue les aspects de justice sociale dans la gouvernance économique.
Par Djibrill S. Mossi,
Cadre des Assurances
Analyste économique indépendant
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