samedi 24 octobre 2026

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Tribune : Une journée typique dans un Ministère, pour instruire la Refondation

· ONEP NIGER
Farmo M.
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8 h 00. Des agents qu’on peut se compter sur le bout des doigts, sont assis à leurs postes de travail, ponctuels.

8 h 30. Le parking extérieur se remplit progressivement, la majorité retardataire arrive timidement.

9 h 00. La presque totalité des agents est vraisemblablement présente.

Le portail s’ouvre sur la cour du Ministère. Des motocyclettes sont garées dans les coins et les recoins. A l’ombre des manguiers en fleur, des employés tiennent conciliabules, d’autres conversent au téléphone. Chauffeurs et manœuvres désœuvrés se sont aménagés un espace devant un bureau, pour s’offrir une séance de thé. Assis autour d’une théière en ébullition sur des braises ardentes, ils bavardent à longueur de journée.

Dans le hall de l’édifice central, des odeurs et des senteurs, des jasements et des jacasseries.  Aux parfums des femmes, se sont mêlées des effluves d’encens, et fort probablement les émanations de pincées de poudres magiques qui brûlent. Les discussions derrières les portes closes des bureaux et les éclats de rire forment une cacophonie indescriptible. Sur le tapis rouge qui se déroule, des liquides ésotériques ont laissé des tâches. Sous le tapis, en allant vers les escaliers, des boursouflures indiquent l’emplacement d’un gri-gri, d’une amulette ou d’un fétiche. Qui veut ensorceler son prochain ?

10 h 00. Des garçonnets portant des assiettes, des plantons transportant des sachets noirs font des va et vient, pour livrer des casse-croutes aux agents. Ils mangent, se régalent d’omelettes et de beignets. Ils vont au petit coin et reviennent.

11 h 00. Ils parlent de tout et de rien, baillent, s’étirent. A moins que les supérieurs hiérarchiques daignent leur confier des tâches, ils se tournent les pouces ou vaquent à d’autres occupations non essentielles, en attendant la pause, les heures de prières et la descente.

Les directeurs centraux sont plus travailleurs que leurs agents. L’activité qu’ils aiment par-dessus toutes, celle à laquelle ils consacrent le plus clair de leur temps, est sans doute la conception de TDR. Ils commencent par tracer des axes : Niamey-Tillabéri-Dosso ; Niamey-Tahoua-Agadez ; Niamey-Maradi-Zinder-Diffa, puis ils dessinent la ligne des per diem. Ils projettent de sillonner le pays pendant cinq, dix voire quinze jours.

Le per diem (du latin, par jour), est la somme forfaitaire accordée au fonctionnaire en déplacement, afin qu’il subvienne à ses besoins, notamment de nourriture et de logement. Pourtant, on trouve bien établie dans chaque TDR, une ligne Restauration dont le montant s’élève généralement à un million cinq cents mille (1.500.000) francs CFA, et nos fonctionnaires, quand ils se rendent en région, sont logés gratuitement.

En certaines périodes de l’année, les concepteurs de TDR sont inspirés. A l’approche de la rentrée scolaire, ils sont créatifs. Il faut se creuser les méninges pour toucher un pactole destiné aux frais d’inscription et autres dépenses de sa progéniture. À l’approche de l’Eid el-Fitr (Ramadan), et de l’Eid el-Kébir (Tabaski), ils deviennent inventifs. Il faut trouver les moyens pour faire bombance et pour acheter le bélier à sacrifier. Quoiqu’il en soit, il y a dans les TDR, une incongruité entre la signification du per diem et son usage.

Asr, seize heures passées de quelques minutes. Le muezzin appelle les fidèles à la prière. Ablutions faites, les uns accomplissent leur devoir dans leurs bureaux, les autres se rendent dans les mosquées les plus proches pour accomplir le leur. Il ne reste plus qu’une heure et quelques minutes avant le départ, elles seront consacrées au munafiqun. On commente les nominations par décret et par arrêté. Un instant plus tôt on avait félicité les heureux élus, à présent on les vilipende. On s’adonne aux commérages, on rapporte des cancans, on dénigre ses collègues. On médit sur le CNSP, sur le CCR, sur le gouvernement et sur leurs membres. Patati patata et Blah blah vivent de belles heures avant Maghrib. On reprendra les ragots là où on les avait laissés hier.

Say gobé ! Kala suba !

Gobé et Suba seront faits des mêmes activités et des mêmes comportements, les jours se suivent et se ressemblent. La politique des partis a opéré l’ossification des mentalités. Des hommes et des femmes ont été jetés dans l’administration au prorata des alliances pour jouir d’avantages indus et de privilèges sordides. Plusieurs ministres sont passés, chacun a laissé sa part de militants. L’administration est devenue une sinécure, le lieu où pour un poste rémunéré, on ne travaille point, on ne fournit aucun effort, on n’assume aucune responsabilité.

Ce qui manque le plus à notre administration, c’est l’efficacité, c’est le sens du service public et celui de l’intérêt général. Ce qui fait défaut à nos agents, c’est le dévouement et l’intégrité, la neutralité et la loyauté, mais aussi la fierté d’œuvrer pour le bien commun. Or, l’administration est la voie par laquelle les politiques publiques fondées sur la souveraineté sont exécutées dans les secteurs politique, économique, social et culturel. Cette journée, même brève, passée au sein du Ministère, montre l’impérieuse nécessité de faire de la Réforme de l’Administration publique un des grands chantiers de la Refondation.

Farmo M.