mercredi 28 octobre 2026

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L’air du temps : La performance des projets et programmes

· ONEP NIGER
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En cette ère de Refondation, il s’avère pertinent de s’attarder sur un domaine qu’on nous a vendu comme étant un levier de développement : les projets et programmes. En effet, depuis des décennies, des centaines de projets ont été financés et exécutés dans plusieurs secteurs dont l’éducation, la santé, l’agriculture et l’élevage. Mais, est-on tenté de dire : avec quels résultats ?

En effet, si l’on observe sérieusement la situation de ces secteurs, il n’y a pas grande satisfaction à en tirer. Les besoins énormes y demeurent. La qualité des services est loin des attentes des usagers et même de l’Etat.

La réalité est crue : des projets intervenant dans ces secteurs réalisent souvent des taux d’exécution en dessous des objectifs à eux fixés par l’Etat et convenus avec les partenaires. Les plus performants dépassent rarement les 60% dans des secteurs où les besoins sont réels et énormes. Résultats : des ressources importantes restent non-utilisées au terme du projet. Trois options sont généralement envisagées. Premièrement : restituer les fonds non utilisés aux bailleurs ; secundo : inventer des activités, juste pour consommer les crédits. C’est là alors que foisonnent des ateliers bidons, des voyages et des missions dont la pertinence reste à prouver. Cette option est particulièrement appréciée par certains acteurs en ce sens qu’elle constitue une sorte de rente pour eux au détriment des destinataires et bénéficiaires du projet qui sont réellement dans le besoin. Tertio : c’est l’option visiblement la plus raisonnable qui consiste à négocier une reconduction du projet.

Dans beaucoup de cas, les effets du fonctionnement du projet sont plus visibles que les résultats. Cela se traduit par des salaires faramineux pour les coordonnateurs et les agents, des grosses cylindrées, des missions à n’en point finir.

Cette sous performance des projets a des conséquences lourdes à la fois pour l’Etat et les projets. En effet, elle n’encourage pas d’une part les bailleurs à refinancer le projet ni même à en augmenter la dotation et d’autre part, les besoins énormes du secteur concerné demeurent intacts. La tradition dans le choix des hommes pour diriger ces projets est pour quelque chose dans cette sous-performance. En effet, le népotisme et l’appartenance politique sont passés par là. A cela, il faut ajouter une certaine pratique imposée par certaines institutions ou bailleurs qui ont tendance à imposer ‘’leurs gars’’. En effet, au fil des années et du financement de ces projets, s’est constituée une certaine caste de ‘’fonctionnaires des projets’’. Ils reviennent et ne font que tourner même si leurs expériences antérieures n’ont pas réellement répondu aux attentes de l’Etat.

A verser également dans les causes de cette sous performance des projets, les lenteurs administratives et des considérations subjectives qui plombent l’exécution des interventions des projets. Pourtant, il est bien possible de bien et mieux faire. Le cas du Programme Grande Irrigation (PGI) est un exemple vivant. Financé exclusivement sur fonds propres de l’Etat dans un contexte politique et économique extrêmement difficile, le PGI a produit des résultats palpables mieux que des grands projets mirobolants aux ressources colossales annoncées et financés par les fameux bailleurs de fonds.

Sur la base de l’expérience du PGI, les autorités de la Refondation doivent redéfinir de nouveaux paradigmes pour le financement et l’exécution des projets et programmes au Niger. Mais, au-delà, il faut se convaincre que les cas où les projets ont réellement conduit au développement sont rares à travers le monde. L’investissement économique, le travail et la valorisation des pratiques endogènes sont plus efficaces. C’est la leçon que les pays de l’Asie nous enseignent, c’est vers cela que nous devons tendre pour tracer notre propre voie de développement. C’est aussi l’objectif de la Refondation et le sens de la souveraineté.

Siradji Sanda (ONEP)