Moustapha Alou
Au fait, l’une des importantes décisions prises par le Conseil des Ministres, réuni vendredi dernier sous la présidence du Président de la République, Chef de l’État, Président du Conseil des Ministres, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, n’est-elle pas l’abrogation de la loi n°2003-062 du 17 décembre 2003, instituant et réglementant un régime de retraite parlementaire en République du Niger ?
En fait, à travers cet acte, il faut dire que c’est la fin des haricots pour tout ce beau monde, composé de tenants du pouvoir politique et autres tenanciers des quartiers généraux des partis politiques, qui s’est arrogé le droit de se tailler une pension, une rente viagère, c’est-à-dire une pension à vie pour avoir été élu député pour un seul mandat, deux mandats ayant été jugés longs pour jouir de cette « manne ».
En termes clairs, naguère, le topo était simple : vous vous débrouillez pour être élu député, quelle que soit la manière au demeurant (Dieu seul sait qu’il y en a plusieurs et on en a vu des vertes et des mûres sous nos tropiques), par fraude électorale, cooptation, tricherie, trituration de résultats, bourrage des urnes, désignation, tour de passe-passe, consensus, peu importe. Ensuite, une fois installé, l’écharpe de député national bien en vue, boubou bien craquant, bonnet bien cassé, et là aussi peu importe la couleur du bonnet en question, vous cotisez pendant cinq (5) ans, alors qu’au même moment, mais pas aux mêmes conditions de pression et de température, le fonctionnaire, lui, doit se prêter au même exercice pendant quinze (15) ans, et le tour est joué à vie !
Le tour est si bien joué que cette rente n’est assujettie à aucune performance, aucune obligation de résultats et d’ailleurs libre au « député » de participer aux séances de travail si bien que les élus nationaux se disputaient à qui mieux-mieux le palmarès de l’absentéisme et se bousculaient sur le podium de la chaise vide. On ne vous demandait point de proposer des lois, d’être assidu, de participer aux débats, ni même d’avoir une petite idée sur les ordres du jour, mais d’applaudir à tout-va pour le meilleur et même pour le pire et surtout selon les intérêts de votre parti !
Et, cerise sur le gâteau, les ayants-droit ne sont pas laissés en reste dans le partage ou tout au moins dans la distribution de cette rente viagère. Voici donc un cas flagrant de rupture d’égalité et d’équité qui vient d’être dénoncé, mis à nu, à travers cette décision d’abrogation prise par le gouvernement.
En résumé, cet acte de haute portée et de bonne facture qui abroge la loi n°2003-062 du 17 décembre 2003, instituant et réglementant un régime de retraite parlementaire en République du Niger et ses textes d’application a pour but de rationnaliser les charges de l’Etat. En réalité, le Niger nouveau ne saurait s’accommoder avec certaines charges ou tout au moins surcharges créées de toute pièce et surtout à l’emporte-pièce par les régimes des partis politiques dans le seul but de satisfaire les caprices d’un personnel politique moulé pour vivre aux frais de la princesse ad vitam aeternam et les chichis d’une clientèle politique budgétivore.
Au demeurant, cette rente viagère parlementaire rame à contre-courant des valeurs d’équité qui guident les responsables de la Nation. Ainsi donc, en application de ce décret, les anciens députés ayant perçu des pensions de retraite pour avoir versé l’intégralité des cotisations requises perdent leur droit à ladite pension et ceux qui n’ont pas versé l’intégralité des cotisations requises et qui n’ont jamais perçu de pension seront remboursés.
L’abrogation de la loi n°2003-062 du 17 décembre 2003, instituant et réglementant un régime de retraite parlementaire en République du Niger et ses textes d’application tombe à pic puisqu’elle intervient à un moment où le crédo des responsables de la Nation est bien loin de toute tendance dispendieuse.
Moustapha Alou (ONEP)


