Moustapha Alou
Il y a certains de ces travers qu’on cache si bien qu’on pense qu’ils ne seront jamais découverts par autrui, par un partenaire, par les autres. Et, lorsqu’à travers des concours de circonstance et à l’épreuve du temps, suivant vos faits et gestes, autrui finit par les observer d’abord, constater ensuite et révéler enfin, ces travers deviennent pour vous des péchés mignons, des vices.
Au niveau institutionnel ou commercial, ces petits travers longtemps entretenus et masqués froissent les relations et jettent du froid dans la mise en œuvre des partenariats stratégiques. C’est ainsi que, récemment, dans le cadre du partenariat entre le Niger et la société chinoise CNPC-Niger, le comité chargé des négociations dans le secteur pétrolier a relevé des manquements, des travers du côté du partenaire chinois.
Jugez-en vous-mêmes !
Il y a le non-rapatriement de plus de 3 000 milliards de FCFA de recettes depuis le début de l’exportation du brut par la CNPC. En effet, en deux ans, 105 milliards de FCFA seulement ont été rapatriés, ce qui représente le reliquat revenant à l’Etat après le remboursement intégral du prêt de 400 millions de dollars en 2024 au titre duquel l’Etat a affecté 80% de ses recettes. Au titre des péchés mignons de la CNPC, il y a la sous-traitance locale dans le cadre de laquelle il était convenu de fixer pour l’année 2026 des taux de contenu local au bénéfice des entreprises nigériennes.
D’autres manquements ont également été relevés concernant le recrutement et les plans de Nigérisation. A ce sujet, les recrutements devaient commencer dès la signature de l’accord avec un plan sur quatre (4) ans visant à remplacer les expatriés dont les 558 présents sur les sites pétroliers opérés par la CNPC. A ce jour, rien n’a été fait dans ce sens. Les audits des ressources humaines, la certification des réserves et le raffinage sont sur la liste des péchés mignons du partenaire chinois. D’ailleurs, le comité a relevé que, depuis 2008, les réserves du bloc d’Agadem n’ont jamais été certifiées par un cabinet indépendant et s’agissant du raffinage, le comité a révélé que la SORAZ fonctionne actuellement à 15 000 barils par jour au lieu de sa capacité nominale de 20 000 barils par jour.
Au surplus, le comité informe l’opinion qu’en réalité, les tensions d’approvisionnement que connaît le Niger ces derniers temps ont plusieurs causes parmi lesquelles figure en bonne place la baisse de production de la raffinerie qui fonctionne aujourd’hui à 75% de sa capacité nominale.
Dans tous les cas, le comité a notifié aux partenaires chinois des demandes précises assorties d’un délai de 45 jours pour effacer leurs péchés mignons rendus publics.
Mais, il faut préciser que le comité a également constaté quelques blocages du coté nigérien dont le lancement des audits des coûts pétroliers, l’audit du pipeline d’exportation et celui de la SORAZ et la mise à jour de certaines conventions qui ne reflètent plus la réalité actuelle et l’apurement des créances entre la SONIDEP et la SORAZ.
Tous ces dossiers sont en cours de déblocage coté nigérien et les responsabilités, toutes les responsabilités, seront situées.
Moustapha Alou (ONEP)
