De Lili, dans le département de Madarounfa aux foyers de Maradi, les solutions énergétiques portées par le projet HASKE amélorent les conditions de vie. Au Centre de Santé Intégré (CSI) de Lili, une installation solaire de 15 kVA réalisée par l’Agence Nationale de l’Energie Solaire (ANERSOL) avec le financement de la Banque Mondiale améliore les conditions de travail du personnel soignant et renforce la sécurité des femmes qui accouchent la nuit. Dans les ménages, les kits solaires hors réseau et les équipements de cuisson propre contribuent à réduire certaines dépenses et à améliorer le confort domestique tout en ouvrant de nouvelles perspectives économiques. À travers ces initiatives, l’accès à une énergie moderne, fiable et abordable prend progressivement forme.
La lumière redonne espoir aux femmes qui accouchent la nuit au village de Lili. Il est environ 9 heures ce vendredi 9 septembre 2026 au Centre de Santé intégré (CSI) du village. Les techniciens s’activent autour des équipements solaires fraîchement installés. Ce matin-là, l’ambiance est empreinte d’espoir. Pour les habitants de ce village du département de Madarounfa, l’arrivée de l’électricité ne représente pas seulement un progrès technique. Elle annonce de meilleures conditions de travail pour les soignants et davantage de sécurité pour les femmes enceintes, notamment celles qui accouchent la nuit.
Réalisée par l’Agence Nationale de l’Energie Solaire (ANERSOL) dans le cadre du Projet d’accélération de l’accès à l’électricité au Niger (HASKE) sur financement de la Banque Mondiale, cette installation d’une capacité de 15 kVA doit assurer l’alimentation électrique du CSI de type 2. Sur place, les techniciens expliquent le fonctionnement du dispositif et insistent sur la nécessité de préserver les équipements afin d’en garantir la durabilité. Derrière cette avancée, les témoignages illustrent toute l’importance de l’électricité dans un centre de santé rural. Selon le responsable technique hors réseau du projet HASKE, M. Rabo Dounka Justino, l’ANERSOL assure l’exécution de 13 % du budget alloué par la Banque Mondiale à cette phase du projet. « Le programme prévoit notamment l’électrification de 264 centres de santé intégrés et de 200 écoles, l’installation de 100 lampadaires solaires ainsi que l’équipement de 100 points d’eau avec des systèmes de pompage solaire. « Dans la région de Maradi, 46 localités sont concernées par les interventions annoncées », a-t-il expliqué.
Au CSI de Lili, le soulagement est particulièrement matériel chez Mme Saâ Moussa. Âgée de 68 ans, mère de neuf enfants, matrone depuis une trentaine d’années et relais communautaire, elle connaît bien les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes venues accoucher dans l’obscurité. « Par le passé, nous avions beaucoup de problèmes. Nous n’avions pas de lumière, notre électricité solaire était détériorée », raconte-t-elle. Lorsque les accouchements surviennent la nuit, le personnel doit parfois solliciter les maris des parturientes pour acheter des lampes torches. Faute de moyens, certaines dépenses sont engagées à crédit. Une situation devenue si pénible que la matrone confie être aujourd’hui confrontée aux réclamations de son boutiquier en raison de ses dettes. Son soulagement est immense. « La lumière qu’on vient d’avoir est un atout », affirme-t-elle, tout en appelant les usagers à prendre soin de ce nouvel équipement. Pour cette professionnelle expérimentée, préserver l’installation, c’est aussi protéger un service essentiel à toute la communauté.
Un soulagement pour les patients et les soignants
Le chef du CSI, M. Tassiou Maman accueille, lui aussi, favorablement cette électrification, qui répond à des difficultés persistantes dans l’exercice quotidien des soins. Quant à Mme Balki Moussa, une jeune habitante de Lili, elle se réjouit également de cette nouvelle disponibilité de l’électricité. Pour le chef du village, M. Sani Moussa, cette installation représente la fin espérée d’un long calvaire énergétique. Au-delà de Lili, l’initiative s’inscrit dans la stratégie nationale visant à améliorer l’accès à l’électricité et la qualité du service, avec des objectifs d’électrification à l’horizon 2030.
Il faut noter que, la composante 3 du projet HASKE, mise en œuvre par l’ANERSOL soutient notamment l’accès à l’énergie solaire hors réseau pour les infrastructures sociales et les usages productifs. À Lili, les panneaux solaires portent ainsi une promesse concrète permettant aux soignants de travailler dans de meilleures conditions et aux femmes d’être accueillies avec dignité et davantage de sécurité, même pendant de la nuit. « Nous allons jalousement entretenir ce joyau afin que la lumière d’aujourd’hui ne soit pas une parenthèse, mais un acquis durable pour toute la communauté », conclut le chef du village.
Les kits solaires et la cuisson propre changent les habitudes à Maradi
Au-delà des infrastructures sanitaires, le projet HASKE accompagne également l’évolution des habitudes énergétiques des ménages. À Maradi, les solutions solaires hors réseau et les équipements de cuisson propre s’imposent progressivement comme des réponses aux besoins quotidiens des populations. Dans le quartier de Sabon Gari, près du marché El Kassoua, le jeune commerçant Souleymane Adamou présente fièrement les équipements qu’il propose à sa clientèle. Le développement de ce marché témoigne des possibilités offertes par les kits solaires pour améliorer l’accès à l’électricité, notamment dans les ménages éloignés du réseau électrique. Au niveau des foyers, les solutions de cuisson propre apportent elles aussi des changements concrets. Accroupie devant son réchaud à gaz, Mme Mariam Sani, mère de deux enfants, témoigne de l’évolution de ses habitudes depuis qu’elle a abandonné le charbon, il y a près de quatre ans. « Auparavant, j’utilisais le charbon. Avec le gaz, la préparation des repas est beaucoup plus rapide », explique-t-elle.
Au gain de temps s’ajoute l’avantage économique. « Quand mon mari recharge la bouteille à 1 800 francs CFA, je peux l’utiliser pendant au moins un mois, parfois même davantage. À l’époque où nous utilisions le charbon, un sac nous coûtait en moyenne 4 500 francs CFA », explique-t-elle. Son témoignage illustre les bénéfices que peuvent apporter les équipements de cuisson propre aux ménages en matière de confort et de dépenses domestiques.
L’énergie, un levier pour l’économie locale
En plus de l’amélioration des conditions de vie, ces équipements ouvrent de nouvelles perspectives pour le développement des activités économiques locales. Lancé en 2025, le mécanisme de financement « Arzikin HASKE » vise notamment à soutenir les entreprises du secteur grâce à des financements basés sur les résultats et à des subventions catalytiques. L’ambition est de favoriser la disponibilité d’équipements de qualité, de renforcer les entreprises locales et de permettre aux femmes, aux jeunes et à d’autres acteurs communautaires de développer des activités génératrices de revenus liées à l’énergie.
À travers le projet HASKE, le Niger mise ainsi sur le solaire hors réseau et la cuisson propre pour répondre aux besoins des populations, réduire certaines dépenses et stimuler l’économie locale. Pour un pays doté d’un important potentiel solaire, l’accès à une énergie moderne, fiable et abordable demeure un enjeu majeur de développement. À Lili, cette ambition prend déjà un visage concret, celui d’une maternité mieux éclairée. Dans les foyers de Maradi, elle se traduit par des repas préparés plus rapidement, des dépenses mieux maîtrisées et de nouvelles possibilités d’activités économiques. Autant d’avancées qui montrent que l’énergie, au-delà de sa dimension technique, constitue un levier essentiel pour améliorer les conditions de vie des populations.
Seini Seydou Zakaria,
Envoyé spécial





