À Gaya, l’eau ne manque pas vraiment. Elle est là, sous les pieds, dans les nappes du Dallol qui s’étendent sous les villages. Elle accompagne les saisons, soutient les cultures, fait développer les activités. Pourtant, quand il s’agit d’eau potable, la réalité devient plus nuancée. Dans certains quartiers, il faut encore marcher quelques minutes pour atteindre une fontaine. Dans d’autres, un robinet coule directement dans la cour, signe d’un certain confort. Entre ces deux situations, toute une gamme de réalités se dessine. Et, c’est là que commence la complexité.
Seyni Hama, directeur départemental de l’hydraulique et de l’assainissement, prend le temps d’expliquer. Pour lui, l’essentiel tient dans une idée simple car l’eau potable, ce n’est pas seulement une question de disponibilité. C’est une question d’accès organisé. Une question de service. Il insiste sur un point parfois mal compris. Dire qu’un territoire à 50 % d’accès à l’eau potable ne signifie pas que l’autre moitié de la population en est privée. Cela signifie que tous ne disposent pas d’un point d’eau directement chez eux. Beaucoup s’approvisionnent ailleurs ; chez un voisin, à une borne-fontaine, dans un point d’eau aménagé.
Un robinet, en théorie, doit servir environ 250 personnes. Une borne-fontaine, avec deux robinets, peut couvrir jusqu’à 500 personnes. Ce sont ces repères qui servent à calculer les taux. Des chiffres qui paraissent froids, mais qui tentent de traduire une réalité mouvante.
Dans le département de Gaya, les données les plus récentes, celles de 2025, donnent une idée de la situation. La couverture géographique atteint 82, 5 %. Autrement dit, la grande majorité des localités dispose d’un point d’eau moderne à proximité. Mais quand on regarde de plus près, le taux d’accès théorique se situe autour de 58, 37 %. Une différence qui résume à elle seule les disparités. En milieu urbain, le taux de desserte est encore plus bas, autour de 45, 87 %.
Dans les villages, le paysage est différent. Les installations varient selon les moyens et les projets. Il y a les postes autonomes, où un forage alimente directement un point de puisage. Il y a les systèmes d’adduction d’eau potable, avec réservoir et bornes fontaines. Parfois, plusieurs villages sont reliés à une même installation. Sur le papier, tout semble structuré. Dans la pratique, le problème revient souvent au même endroit, c’est-à-dire la gestion.
Pendant longtemps, les communautés ont assuré elles-mêmes l’entretien des équipements. Une organisation qui a montré ses limites. Un forage tombe en panne, une pompe se bloque, un panneau se casse. Et, faute de moyens ou d’organisation, la réparation tarde à se faire. Parfois des semaines. Parfois plus.
Alors, l’État a encouragé un autre modèle. En instaurant la gestion déléguée. Le principe est simple. Confier l’exploitation à un opérateur. Une petite entreprise, une structure locale, chargée de faire fonctionner le système, d’assurer la maintenance, de percevoir les paiements. Dans ce modèle, l’eau ne se paie pas en tant que ressource. Ce que les usagers paient, c’est le service, l’entretien, les réparations, la continuité, explique Seyni Hama. Dans toutes les communes du département, ce changement est encore en cours. Les délégataires ont été recrutés dans plusieurs communes et les contrats sont signés. Mais, l’adhésion reste fragile. Certains usagers rechignent à payer quelques francs pour un bidon. D’autres ne voient pas l’intérêt tant que l’eau continue de couler. Pourtant, les enjeux sont là. « Quand un système tombe en panne, sans fonds disponibles, toute une population peut se retrouver sans eau potable et obligée de retourner à des sources d’eau moins sûres », précise-t-il.
Le prix de l’eau, lui aussi, alimente les discussions. Dans les zones rurales de Gaya, le mètre cube est fixé autour de 375 francs CFA. Un tarif qui peut sembler élevé comparé à certaines tranches urbaines. Mais comparaison n’est pas raison. En ville, les tarifs sont progressifs. Les premiers mètres cubes sont subventionnés. Les gros consommateurs compensent pour les petits. En milieu rural, les coûts sont plus directs. Il faut payer le carburant, entretenir les équipements, remplacer les pièces.
L’énergie reste un facteur déterminant. Là où les installations fonctionnent au groupe électrogène, les charges augmentent. Le carburant est difficile à obtenir, les coûts fluctuent. Cependant, l’arrivée du solaire change peu à peu la donne. Mais elle pose aussi d’autres défis. Maintenance, sécurité, formation. Au-delà des chiffres et des modèles, une réalité s’impose. En effet, la population augmente, les villages s’étendent et de nouveaux hameaux apparaissent. De ce fait, chaque année, les besoins augmentent.
Atteindre un accès universel reste un objectif difficile. Même si les efforts sont constants, la ligne d’arrivée recule en permanence. Construire un point d’eau aujourd’hui ne suffit pas pour demain. Et pourtant, Gaya dispose d’un atout important comparé à d’autres localités du Niger : un potentiel hydrique important. Les Dallols, ces vallées fossiles, concentrent des nappes accessibles. L’eau est là, disponible, parfois abondante. Mais cette richesse impose une responsabilité. Mal exploitée, elle peut s’épuiser. Mal protégée, elle peut se dégrader. La gestion intégrée des ressources en eau est devenue une nécessité. Penser à long terme, préserver pour les générations à venir. Sur le terrain, cela reste une idée encore en construction. Entre les urgences du quotidien et les contraintes économiques, la priorité va souvent à l’immédiat. À Gaya, l’eau est là. Mais pour qu’elle reste potable, accessible et durable, tout se joue dans la manière de la gérer, chaque jour, un peu plus.
Oumar Issoufou, Envoyé Spécial
