Feue Moumaye Harouna dite Tinni Bio Gna
Le 1er juillet 2025 restera une date sombre pour la culture nigérienne. C’est en effet ce jour-là que s’est éteinte Mme Moumaye Harouna, plus connue sous le nom de Tinni Bio Gna, à l’âge de 87 ans. Le pays perd une artiste majeure, mais surtout une gardienne de sa mémoire culturelle qui laisse derrière elle un héritage inestimable.
Tinni Bio Gna était bien plus qu’une simple chanteuse. Elle incarnait la voix du peuple, une mère spirituelle, un pilier de la tradition nigérienne. Sa vie entière fut consacrée à la préservation et à la transmission des valeurs culturelles de sa nation, le Niger. À travers ses chansons, véritables miroirs de la société, elle abordait les équilibres et les tensions, les joies et les peines. Sa musique était une école à ciel ouvert conçue pour éduquer, rassembler et unir.
Réputée pour son hospitalité légendaire, elle ouvrait toujours sa porte et son cœur aux journalistes, chercheurs et passionnés de culture. Elle était une source intarissable d’informations sur les traditions, l’histoire de son peuple et le rôle fondamental de la musique dans la société. Pour de nombreux professionnels des médias, Tinni Bio Gna était une référence, une mémoire orale précieuse.
Son titre emblématique « Baba fo izé et kilaw izé » illustre parfaitement la portée éducative et pacificatrice de son œuvre. Dans cette chanson, elle explorait les relations complexes entre enfants issus de mariages monogames et polygames, soulignant avec une sagesse rare comment chacun peut trouver sa place et chercher à se valoriser. Ce morceau, profondément ancré dans les réalités sociales nigériennes, est un vibrant appel à la tolérance, à l’acceptation des différences et au respect mutuel au sein des familles et de la société. Il résonne encore aujourd’hui comme un hymne à la cohésion et à l’unité.
Tinni Bio Gna a également joué un rôle essentiel dans la sauvegarde de la culture orale. À une époque marquée par la mondialisation et l’érosion des repères traditionnels, elle fut une véritable boussole identitaire pour de nombreuses générations. Par son engagement constant, elle a maintenu vivante la flamme de nos racines, rappelant à chaque Nigérien que la culture est un bien commun, un lien indissoluble entre le passé, le présent et le futur.
Aujourd’hui, alors que nous lui rendons un dernier hommage, c’est avec une immense gratitude et un profond respect que nous saluons cette grande dame. Son départ nous plonge dans une profonde tristesse, mais son souvenir, lui, nous élève. Car ; Tinni Bio Gna continue de vivre parmi nous à travers ses chansons et dans le travail des personnes qu’elle a inspirées. Elle laisse derrière elle 7 enfants dont 4 filles, 51 petits-fils et 40 arrières petits-fils.
À toi, Tinni Bio Gna, que la terre te soit légère ! Ta voix, elle, ne s’éteindra jamais.
Aïchatou H. Wakasso et Mahamadou Maïfada (Stagiaire)
