Déguerpissement et recasement des commerçants du marché ‘’Dolé’’ d’Agadez : L’opération s’est accomplie non sans douleurs pour une nouvelle ère de nomadisation

Société

Le déguerpissement du marché Dolé s’est accompli sous une nouvelle ère de nomadisation sans fin pour les commerçants. Le recasement vers un marché de bétail s’est effectué non sans douleurs. En effet, les centaines de commerçants, vendeurs à la crié et à l’étal, petits cireurs de chaussures, négociants en tout genre et les ‘’yan daba’’ ces voleurs à la tire et petits revendeurs de stupéfiants, ont vidé les lieux sis à quelques mètres de la Direction régionale de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale. Ils ont été transférés vers le nouveau marché de bétail et au marché du quartier Dagmanet. D’autres commerçants tentent leur chance dans d’autres quartiers de la ville à la recherche de nouveaux cieux plus favorables à leurs activités.

Le marché ‘’Dolé’’, comme son nom l’indique, a vu le jour, il y a plus d’une décennie après les inondations ayant occasionné une bonne partie des commerces établis à côté de l’autogare, en 2010. Les opérations de déguerpissement menées en 2016, en prélude à la fête tournante du 18 décembre, ont conduit de nombreux opérateurs économiques, notamment les vendeurs de légumes, à converger vers ce marché. Ils se sont finalement installés faute de meilleurs emplacements que la commune aurait pu leur trouver.

Construit en tôle pour les fortunés et en paillotes pour les moins fortunés, le marché s’est développé de manière anarchique qu’en bien même temps la municipalité et les anarchistes ont vendu aux nouveaux occupants des portions de terrain pour s’y installer dans cet endroit appartenant à un service de l’Etat qui tient à récupérer son patrimoine. Au fait la mairie a vendu un terrain ne lui appartenant pas à des opérateurs économiques.

Moussa, un commerçant qui s’est fait une petite fortune au marché ‘’Dolé’ est désemparé. «Je ne fait que nomadiser d’un lieu à un autre. J’ai fait l’autogare, le marché ‘’Rhuet’’ et aujourd’hui ‘’Dolé’’ au marché de bétail. A chaque déplacement, il faut dépenser une importante somme d’argent pour construire une boutique en tôle. L’actuel marché, je vous le confirme n’offre aucune garantie de sécurité», a-t-il confié. «Non seulement ce marché est situé très loin de la ville sur la route de Dabaga, mais le risque est aussi grand de se faire détrousser par des malfaiteurs qui, eux aussi viennent traiter leurs sales affaires. Comme vous le voyez partout la mairie n’aménage pas, on construit nous mêmes et les agents municipaux viennent nous réclamer régulièrement des taxes», se plaint-il.

Ahmed un revendeur ajoute : «à chaque fois que nous sommes déguerpis, on nous propose un recasement en attendant je ne sais quoi. Même au marché ‘’Dolé ‘’qui a été construit pour les vendeurs de bétail sur pied on ne sait jamais  car la mairie peut à tout moment nous chasser. D’ailleurs il y a quelques boutiques ici mais on ne sait pas à qui elles sont réservées. Je crois qu’à ce rythme autant retourner en Libye», explique-t-il.

Aujourd’hui, ce qui reste du marché ‘’Dolé’ est le spectacle de la désolation. C’est un tas de gravas et d’ordures sur lequel les chèvres en laisse broutent aisément à longueur de journée sans y être dérangées. Mais force est de constater que les plus heureux de la délocalisation de ce marché sont les petits délinquants qui traitent sans trop de gène leurs affaires.

C’est également ces conducteurs de tricycle communément appelés ‘’Adédéta Sahou’’, et les taxi-motos non seulement au regard de l’éloignement des lieux qui leur rapportent gros quand ils transportent les passagers, mais aussi de l’opportunité pour certains d’entre eux de dérouter des passagers sur des sites inconnus des populations pour les détrousser sans état d’âme. Rien que la semaine dernière une vielle femme qui cherchait l’emplacement du nouvel endroit provisoire des commerçants déguerpis a payé les frais.

Des conducteurs de tricycle l’ont dérouté pour lui arracher la somme de 30.000FCA l’abandonnant à l’orée d’une route qui mène vers les massifs de l’Aïr. Cette femme a été sauvée par le Tout-Puissant Allah, mais aussi par son âge avancé car les malfrats ont failli lui faire leurs fêtes. Il faut noter que, la ville d’Agadez est unique en son genre au Niger, elle ne dispose pas d’un marché moderne. Ceux qui y existent sont construits en semis dur, en banco ou en paillote.

Abdoulaye Harouna, ONEP-ANP/Agadez