Située sur la rive droite du fleuve Niger, dans le département de Kollo (Région de Tillabéri), la commune rurale de Youri couvre une superficie de 335 km². Sa proximité à seulement 32 km de Niamey, la capitale, lui confère une position géographique hautement stratégique. Entourée par les communes de Say, Bitinkodji et Guéladjo, elle tire l’essentiel de son dynamisme de son grand marché hebdomadaire dont le rendez-vous se tient tous les dimanches.

Dans cette partie du Niger, la journée du dimanche est l’une des plus importantes car elle fait vivre toute la commune rurale de Youri et au-delà. Si cette commune est connue un peu partout, c’est grâce à son marché hebdomadaire qui accueille des commerçants venus d’ici et d’ailleurs. Autrefois carrefour commercial d’envergure régionale attirant des acteurs du Nigeria et du Tchad, cette place forte traverse désormais une période fragile en raison du contexte économique morose auquel s’ajoute la situation sécuritaire préoccupante dans la zone.
En ce dimanche 16 août 2026, sous un ciel orageux, légèrement lumineux, qui marque notre deuxième passage dans la localité, la circulation est différente de celle de la veille. L’ambiance a complètement changé. La route est en pleine effervescence, rythmée par le flux incessant des taxis et des véhicules surchargés de bagages et de bétail. Certains roulent à vive allure et d’autres lentement, mais surement jusqu’à destination. Des véhicules chargés de moutons se suivent, formant une longue file d’attente. Entre les champs de mil où s’activent les paysans et la voie bitumée où des enfants proposent en vente aux passagers du «kollogi», la vie suit son cours. Les yeux rivés sur son téléphone, un homme portant sur sa tête une botte de mil traverse tranquillement son champ. Au poste de contrôle, l’ambiance est tout autre, c’est la queue. Tous les passagers sont pressés de franchir la barrière pour obtenir les bons produits frais. Plus nous approchons du marché, plus la circulation devient dense et le trafic s’intensifie. Les gros camions stationnent déjà au bord du goudron. À midi, déjà, les véhicules de transport des voyageurs chargés regagnent Niamey. Entre les camions de marchandises, les sacs de feuilles de corchorus et de baobab et les étals de végétaux, le marché est en effervescence, rythmé par les allées et venues des charretiers.
A la découverte du marché de Youri
Dans un endroit stratégique qui fait face au goudron, un marchand de vêtements d’occasion est pris d’assaut par des clients. Parmi eux se trouve Mme Hadiza qui privilégie la friperie pour la qualité et la singularité des pièces qu’elle y déniche dans un mélange d’habits. « Généralement, c’est le choix des friperies qui m’amène au marché. Je prends mon temps pour bien fouiller et avoir ce que je veux », a dit Mme Hadiza, la trentaine sonnée.

A quelques pas de là, Salmou Amadou vient visiblement de s’installer pour vendre des plants d’arbres fruitiers. Installée sur un sol sablonneux avec des plants dans des sacs en plastique noir perforés, comme ceux produits dans les pépinières, Salmou Amadou exerce depuis 15 ans la vente de manguiers, papayers, citronniers, goyaviers, moringa, etc. Elle vend ses produits à des prix allant de 500 à 1 000 FCFA. « Des fois, je retourne à la maison sans vendre un seul plant. Je peux passer toute une journée sans être abordée et je paie pour le transport », a précisé Mme Salmou Amadou, résidente du village de Icrisat Sadoré qui, chaque dimanche, transporte ses marchandises au marché de Guessel.

Malgré ses déplacements hebdomadaires du village d’Icrisat Sadoré au marché de Youri, elle fait face à une mévente persistante qui n’entame en rien son engagement et surtout sa détermination à continuer sans relâche l’activité. « Aujourd’hui, le marché ne donne plus comme avant et c’est compliqué », a dit la commerçante.
En face de son stand, en plein air, une foule majoritairement composée de femmes est rassemblée. Elles sont assises sur des sacs de 100 kg découpés à la forme d’une natte. A côté d’elles, des paniers remplis de produits verts sont exposés aux clients. A ce niveau, Mme Aichatou Soumana fait son affaire. Originaire du village de Ourseno Damari, elle se rend tous les dimanches au marché pour écouler ses produits. Du sorgho, du maïs et autres denrées alimentaires sont ses produits phares exposés pour la vente. « Je prends des céréales en gros à Niamey. Une fois à la maison, je déballe la quantité qui sera vendue en détail pour mesurer le nombre de tasses. Parfois, il m’arrive de tomber sur des sacs de maïs et de mil qui ne sont pas remplis et contiennent de mauvaises graines qu’il faut enlever et arranger, ce qui réduit la quantité », a-t-elle dit.
Sur un sac de maïs dont le prix d’achat est à 22 500 FCFA, c’est rarement qu’elle arrive à enregistrer un bénéfice de 1 000 FCFA parce que, dit- t-elle, « les prix des denrées alimentaires fluctuent. Nous espérons que les prochains rendez-vous hebdomadaires seront meilleurs qu’aujourd’hui », a-t-elle souhaité.
Sur un autre alignement, toujours à l’extérieur du marché, native de Say, Mme Charifa exerce le commerce du Tamarin, du Néré, des feuilles de baobab ainsi que quelque fruits exotiques locaux. « Par la grâce de Dieu, j’arrive à m’en sortir et les clients y viennent. Je fréquente trois marchés hebdomadaires de la localité à savoir Guessel (Youri), Tamou et Say », a-t-elle dit. Ces dernières années, selon la commerçante, le marché n’est pas animé comme les années antérieures à cause de la situation sécuritaire du pays en général, et celle de la zone en particulier. Pour se mettre à l’abri, beaucoup de personnes qui prospéraient dans le commerce ont abandonné l’activité, car l’accès à certains marchés donne du fil à retordre. Les prix des produits de Charifa varient de 400 à 1 500 FCFA selon l’article.

Au bon milieu du marché, où l’ambiance est bon enfant, M. Soumana trouve son compte à travers la vente des lits traditionnels jadis utilisés dans les foyers en milieu rural. Entre nostalgie et tradition, aujourd’hui encore, ces lits ont une place importante dans la vie de certaines personnes. Au village, ces couchettes confectionnées avec des barres et des grilles métalliques de couleur verte et bleue, avec plusieurs compartiments, sont encore à la mode dans cette contrée. « J’aime bien ce lit parce que je le trouve joli et il me rappelle d’où je viens », confie une jeune dame peulh vêtue d’un pagne coloré ayant du mal à s’exprimer en Zarma. Soumana met aussi à la disposition de la clientèle des nattes et des matelas. « Nous prenons nos marchandises au marché de Katako, pour revendre ici. Le lit avec le matelas est vendu à 120 000 FCFA et le lit seul est à 70 000 FCFA. Les nattes vont de 2 000 à 6 000 FCFA », a expliqué difficilement le vendeur en raison des passants aiguisant leur appétit curieux pour se mettre dans le champ de l’appareil photo.
À proximité du lieu de vente de M. Soumana au bon lieu du marché, Oubeidoulaye et son frère maintiennent le commerce de leur mère. Ils ont commencé à fréquenter ce marché depuis 2018. Chaque dimanche, ils quittent Harobanda avec leur mère pour se rendre à Youri. « Nous vendons des bols et des récipients de plusieurs couleurs, des bassines de grande taille et de taille moyenne, des seaux noirs, tasses, des fourneaux, des marmites, bref un étalage dense d’ustensiles de cuisine », a-t-il dit.
Une diversité de bétail disponible pour la vente
Près de la clôture du secteur de bétail, une file d’attente s’est formée devant les stands de restauration, alors que des enfants qui vendent de l’eau en sachet plastique font des allers et retours incessants avec des slogans de marketing : « Approchez, il y a de l’eau bien fraiche pour se rafraîchir », crient-t-il.
À l’intérieur, l’ambiance est toute autre, on tombe directement sur un espace sectorisé et bien structuré. Plusieurs bêtes se mêlent aux hommes. À 17 h passées, l’engouement ne faiblit pas. Les discussions entre vendeurs et acheteurs se poursuivent. D’un côté, les bovins occupent une zone large où ils sont attachés. Plusieurs moutons et chèvres sont attachés le long de l’allée centrale. Certains animaux sont debout, tandis que d’autres sont couchés au sol. Une longue rangée de bidon jaune est alignée sur le côté gauche. Ils contiennent un mélange de son et d’eau utilisé comme boisson pour abreuver les animaux. Les vendeurs de cordes, quant à eux, ne manquent pas à l’appel, car la corde est aussi sollicitée après avoir conclu le marché. De nombreuses personnes, majoritairement des hommes circulent, entre les animaux. Certains portent des boubous traditionnels, tandis que d’autres arborent des vêtements au style occidental. On aperçoit dans le marché de bétail des arbres clairsemés et des silhouettes de tentes qui protègent contre le soleil.
Assis sur des bidons, nous retrouvons M. Oumarou Ali, le dos courbé. Visiblement épuisé par l’attente, il espère toujours être abordé par un potentiel client. C’est un homme d’un âge avancé qui excelle dans le commerce des petits ruminants depuis plus de dix (10) ans. Il s’approvisionne à partir de la région de Maradi et revend en détail selon le besoin du client. « A l’ère actuelle, les animaux se font rares, à cause de l’insécurité, ce qui explique leur cherté. Avant, les vendeurs sillonnaient nos marchés, aujourd’hui, beaucoup ne viennent plus. Ils migrent vers le Bénin », a-t-il dit avant d’ajouter que les animaux sont vendus en fonction de la taille et de l’embonpoint. « Si l’animal est engraissé, il est fort possible que son prix d’achat soit élevé parce que l’embouche coûte cher. Mais si l’animal est maigre, c’est difficile que le propriétaire puisse se retrouver après la vente », a-t-il dit.
Un peu plus loin, se trouve M. Younoussa Seyni, un vendeur de circonstance de moutons. Il exerce cette activité pour gagner un peu d’argent. Pendant plus de 6 ans, il achète des moutons pour faire de l’embouche avant de les revendre au moment opportun. Actuellement, dit-il, le marché du bétail est abordable. « Les prix ont largement baissé, mais, d’ici quelque temps, la donne pourrait changer », a-t-il souligné. Cette irrégularité des prix s’explique par des phénomènes naturels comme la pluie qui empêche les animaux d’avoir l’embonpoint et les petites maladies saisonnières. « Parfois, la rareté des animaux sur les marchés est due à la mévente qui conduit les éleveurs au découragement. En cette saison des pluies aussi les gens se concentrent plus sur les travaux champêtres que de venir au marché passer toute une journée sans vendre les animaux qui coutent entre 150 000 et 200 000 FCFA.
Des initiatives pour une réorganisation structurelle du marché
Le marché de Guessel est un hub régional dans le commerce du bétail. Mais les marchands n’en font qu’à leurs têtes. Un désordre total règnait dans cet espace d’échanges commerciaux. Il y a de cela quelques jours, les vendeurs de pailles se retrouvaient à côté du goudron. Ils côtoyaient les femmes qui arrangeaient les têtes de mouton (malkou). Ces vendeurs proposaient leurs services aux acheteurs
C’est pourquoi, l’administrateur délégué de la commune rurale de Youri, l’Adjudant-chef Ibrahim Issa, a pris la décision de procéder à une réorganisation structurelle du marché. Malgré les réticences initiales et les mécontentements, l’autorité communale avait procédé à une première phase de sensibilisation sur les dangers liés à la proximité des marchands avec la route nationale. Cette sensibilisation a permis de regrouper les commerçants par spécialité. Selon l’administrateur délégué de la commune, ce projet vise à sécuriser les lieux et à transformer le marché en un pôle d’échanges moderne, comparable aux sites de référence tels que Hamdallaye, dans le département de Kollo, ou Mokko, dans le département Dosso.
Il a commencé par déguerpir les vendeurs de paille pour les ramener à côté des vendeurs de bois installés près de la mosquée. Après, c’est au tour des vendeurs de viande d’être réinstallés avec les vendeurs de légumes. Les femmes qui arrangent les têtes d’animaux sont ramenées à côté de l’abattoir. Au début, elles étaient réticentes mais, finalement elles ont compris. « Quand je sui,s arrivé, j’ai trouvé que les moutons, les vaches, les ânes étaient dans un même endroit. Aujourd’hui, tout est scindé : les gros ruminants ont leur enclos et les petits ruminants sont à part. On a dégagé un grillage pour les ânes et un autre pour les chameaux », a-t-il fait savoir. Grâce à cette initiative, circuler dans le marché n’est plus un casse-tête. Les allées sont libres et la circulation fluide.

Pour concrétiser l’objectif de salubrité au marché de Youri et mettre surtout fin à la défécation à l’air libre, le marché de Guessel est équipé de 3 blocs de 6 latrines qui n’attendent que les ressources humaines qualifiées pour son entretien avant la mise en service. « Notre objectif est d’amener les uns et les autres à utiliser ces infrastructures. Pour le moment, je n’ai pas la ressource humaine. Je suis en train de chercher un délégataire qui va prendre en charge les toilettes publiques, c’est-à-dire signer un contrat avec la mairie. Par exemple, la recette issue de l’exploitation des latrines publiques sera repartie conformément aux textes en vigueur », a-t-il expliqué.
Fatiyatou Inoussa (ONEP), Envoyée Spéciale





