Les paris attirent toujours plus d’adeptes
Au Niger, et particulièrement dans les grandes agglomérations, les jeux de hasard font partie du quotidien de certaines personnes. Dans les quartiers de Niamey, au niveau des points de vente, l’on rencontre des jeunes et adultes, hommes et femmes, qui s’adonnent aux paris selon les différentes formes de jeux disponibles.
La plupart des parieurs affirment se lancer dans cette aventure à cause de la facilité qui s’y trouve, malgré qu’ils jouent plusieurs fois sans pour autant gagner. Le pari de miser peu pour gagner une rondelette somme d’argent et de réaliser des rêves motive des dizaines de milliers de parieurs alors que pour d’autres, jouer est devenu une simple passe-temps.
M. Sidikou, un parieur au quotidien, explique être dans les paris depuis plusieurs années mais, s’empresse-t-il d’ajouter, il pratique un métier honorable dans la vie. « Seulement, il arrive souvent que l’on se réveille un bon matin sans aucun sou sur soi. Mais en se rappelant qu’avec une petite somme de 300 FCFA, en pariant, facilement on peut gagner près d’un (01) million, sinon plus. C’est cela ma plus grande motivation et souvent même si l’on ne gagne pas les millions, on s’en sort avec un petit gain », a-t-il dit. C’est dire que les parieurs sont dans un cercle vicieux où la dépendance empêche à beaucoup de prendre du recul.
Un risque d’addiction irréversible
« Je souhaite abandonner un jour, car c’est non seulement inutile, mais également contre les principes de notre religion. Je voulais me concentrer sur mon travail, car je gagne honnêtement un salaire, même s’il est dérisoire par rapport au coût de la vie », laisse entendre ce jeune parieur qui se dit conscient du caractère éphémère des gains issus des jeux de hasard. Avec l’habitude, jouer est très rapidement devenu pour lui un plaisir insatiable avec une envie perpétuelle de continuer de miser sans jamais s’arrêter. « Je réalise que ces jeux de hasard sont comme de la drogue. Dès que tu t’habitues, il est difficile de s’en sortir sans sacrifice », explique Sidikou avec un air désolant.
Pourtant, notre parieur téméraire était bien parti pour s’enrichir grâce aux paris sportifs. A ses débuts, la fortune lui souriait à presque chaque mise. Puis, les gains se faisaient rares avant de devenir quasi-impossibles pour lui. « Dans tout ce que j’ai l’habitude de gagner, la seule bonne chose que j’ai payée et que je garde encore comme souvenir, c’est seulement une paire de chaussures. Cet argent n’est pas béni du point de vue de ma religion », dit-il.
A chaque fois qu’il arrête de jouer, se confie-t-il, une voix sournoise chuchote à son oreille et le pousse à aller jouer, tenter sa chance pour une dernière fois avant de raccrocher. Cette « force surnaturelle », comme il l’a décrit, le fait perpétuellement replonger. C’est pourquoi, il conseille aux jeunes de ne jamais se lancer dans les jeux de hasard et surtout de ne pas considérer cela comme un métier, une activité pérenne. « Il vaut mieux trouver un travail à revenu où l’on gagne dans la dignité et l’honneur », conseille de nouveau Sidikou.
M. Abdoulaye, la cinquantaine sonnée, est un parieur assidu depuis 1999. Il explique qu’il a été piégé par le gain facile avant de devenir accroc aux jeux de hasard. Malgré que le vent ait tourné de sens, il continue pourtant d’être un parieur régulier, sans rien gagner pendant une année entière. « Ces jeux me font saigner financièrement, mais le jour où je gagne aussi je m’en sors très bien car j’oublie toutes les pertes antérieures », lance-t-il dans la douleur. Aujourd’hui, il dit considérer les différents paris auxquels il s’adonne comme une source de revenu pour lui.
La pratique des jeux de hasard n’épargne pas les femmes
Djamila est une mère au foyer âgée de 32 ans. Elle dit avoir débuté le pari il y a de cela deux ans. « Depuis que j’ai commencé à miser, la chance me sourit régulièrement. Mon mari n’a pas une stabilité financière pour prendre en charge la famille. Voilà pourquoi je mise dans l’espoir de gagner et subvenir aux besoins familiaux. Et Dieu merci, le pari marche comme je le souhaite. Je pense qu’il vaut mieux parier que de tendre quotidiennement la main à un voisin, un proche ou bien d’aller se prostituer. Certes, le pari est un acte formellement proscrit du point de vue de l’islam, mais l’acte est un péché entre l’être humain et son créateur. Dieu est clément, il peut pardonner n’importe quel péché », ajoute Djamila qui espère trouver dans les paris le moyen d’améliorer durablement la situation financière dans son foyer.
Par ailleurs, Djamila explique que, dans le cadre des jeux de boules, le choix des numéros se fait sur la base d’une combinaison qui résulte d’une réflexion murie. « Je choisis les numéros par hasard ou je fais mes calculs, vu que je n’ai pas fait de longues études. Je regarde l’arrivée d’aujourd’hui et je mise, avec un peu de chance, je gagne. Je parie 100 FCFA, 200 FCFA ou 500 FCFA. Quand je gagne, ça varie entre 120 000 FCFA avec la somme de 500 FCFA, 48 000 FCFA avec 200 FCFA et 24 000 FCFA avec 100 FCFA », a-t-elle expliqué.
Pour sa part Zouley, une jeune parieuse âgée de 22 ans, affirme avoir commencé à jouer les boules il y’a de cela cinq (5) mois. « Je joue parce que ça me plait. Je sais que c’est interdit par ma religion. J’ai gagné plusieurs fois des sommes allant de 24 000 FCFA à 100 000 FCFA. Pour la combinaison, je regarde dans mon répertoire et je prends le numéro par hasard et ça marche parfois », a-t-elle dit.
Rabi I. Guero (ONEP)



