OPP Ibrahim Kako
Située à une quinzaine de kilomètres au nord de Dogondoutchi, la commune rurale de Matankari regorge d’énormes potentialités agro-sylvo-pastorales avec une population qui vit en harmonie. La situation sécuritaire dans cette localité est calme. Dans cet entretien qu’il nous a accordé lors de notre déplacement dans cette localité, l’Administrateur Délégué de la commune rurale de Matankari, l’Officier Principal de Police Ibrahim Kako, fait un tour d’horizon de la situation socioéconomique et sécuritaire de cette commune et explique les actions de l’État et ses partenaires à travers des réalisations qui participent au bien-être de la population.
Monsieur l’Administrateur Délégué de la commune rurale de Matankari, présentez brièvement votre entité administrative à nos lecteurs.
La commune rurale de Matankari est située dans le département de Dogondoutchi et fait partie des six (6) communes qui le composent. Elle est à environ 160 km du chef-lieu de la région de Dosso. Elle couvre une superficie de 600 km². Elle a été créée par décret n°88-223/PCMS/MI du 27 juin 1988, portant création des communes et fixant les noms de leur chef-lieu, et complété par la loi 2003-35 du 27 août 2003, portant composition et attributions des communes.
Le village de Matankari est le chef-lieu de la commune. Elle est limitée au nord par les communes rurales de Soucoucoutane et de Dogonkiria, au sud par la commune urbaine de Dogondoutchi, à l’est par la commune de Dankassari, et à l’ouest par les communes de Falmey et de Loga. Selon la projection du résultat du RGP/H de 2012, la population de la commune rurale de Matankari est estimée à 104 438 habitants, dont 51 542 hommes et 52 896 femmes, soit 49,79 % d’hommes et 50,20 % de femmes. En appliquant le taux d’accroissement intercensitaire de 2 %, cette population est répartie entre les 48 villages administratifs.
Plusieurs groupes ethniques composent cette population, à savoir les Haoussas, Peulhs, Touaregs et Djermas. Les principales activités des populations sont l’agriculture, l’élevage et la pêche. La commune dispose également d’autres potentialités, notamment des bas-fonds irrigables, des réserves forestières, des carrières de granite, des sites d’extraction de sel et des rôneraies. La commune compte 48 villages administratifs, 5 quartiers administratifs dans la ville de Matankari, et deux (2) tribus peulhs. Ces localités sont dirigées par des chefs de village, de quartier et de tribu, qui sont eux-mêmes sous la responsabilité du chef de canton de l’Aréwa. La commune dispose également en son sein d’une commission consultative appuyant l’Administrateur Délégué dans ses fonctions.
Quels sont, Monsieur l’AD, les événements ou activités ayant marqué la vie de votre commune au cours ces dernières années ?
En 2024-2025, la vie communale a été marquée par plusieurs événements, parmi lesquels on peut citer l’organisation du forum communal sur la problématique de la scolarisation de la jeune fille, l’organisation d’une foire agro-sylvo-pastorale, les rencontres du cadre de concertation (espace de dialogue) sur la prévention et la gestion des conflits, la tenue des audiences populaires suite à l’élaboration du budget annuel de la commune, la tenue d’audiences foraines sur la réduction des dépenses ostentatoires lors des cérémonies de mariage, – des audiences foraines d’établissement des actes d’état civil, ainsi qu’une mission d’information et de sensibilisation du cadre de concertation sur le conflit lié à l’accès des femmes à la terre.
Votre commune regorge d’énormes potentialités agro-sylvo-pastorales. Dites-nous, Monsieur l’Administrateur Délégué, comment se présente la cohabitation entre agriculteurs et éleveurs ?
Comme je l’ai dit précédemment, la commune regorge d’énormes potentialités agro-sylvo-pastorales. Dieu merci, la population vit en symbiose et dans le respect de nos valeurs. Depuis notre prise de fonction, nous n’avons enregistré aucun conflit entre les différentes couches de la population, encore moins entre agriculteurs et éleveurs.
On peut dire que l’absence des conflits est le résultat des actions de sensibilisation que nous avons menées dès notre prise de service, en collaboration avec tous les acteurs concernés, dans le cadre de la prévention des conflits.
La mobilisation des ressources financières est l’une des préoccupations majeures des municipalités. Comment votre commune arrive-t-elle à relever ce défi ?
La mobilisation des ressources financières, à savoir les taxes municipales et les taxes de marché, a été l’une des tâches les plus difficiles après notre prise de fonction, car nous avions hérité d’un tableau sombre avec plusieurs années d’arriérés. Nous avons procédé à un état des lieux et constaté des irrégularités financières s’élevant à plus de 100 000 000 francs CFA. Pour recouvrer ces ressources, nous sommes passés par la sensibilisation, invitant la population à s’acquitter des impôts et taxes en leur montrant le bien-fondé de cette action citoyenne.
Ensuite, nous avons convoqué les différents chefs de village et de quartier pour les mettre devant leurs responsabilités. Beaucoup ont accepté de verser régulièrement les impôts et les taxes. Quant à ceux qui ont fait de la résistance, nous avons demandé à la police de prendre leur cas en charge, car nous nous sommes rendus compte que certains chefs de village et quartier avaient utilisé l’argent du contribuable à d’autres fins. Dieu merci, tout est rentré dans l’ordre.
L’insécurité fait partie des défis que rencontrent certaines communes de Dogondoutchi. Comment se présente la situation sécuritaire dans votre commune ?
Pour ce qui est de la situation sécuritaire dans notre commune, elle est plus ou moins agitée par endroits. Sinon, dans l’ensemble, on peut dire que la situation est relativement calme. Comme vous le savez, la question de l’insécurité est complexe et imprévisible. Eu égard aux moyens que les plus hautes autorités sont en train de déployer, la situation sécuritaire est sous contrôle au niveau de Matankari.
La réalisation de certains projets exige, outre le recours à l’État, celui d’autres partenaires. Quels sont ceux qui vous appuient dans ce sens ?
À ce niveau, nous pouvons noter qu’outre les missions de supervision des activités des services techniques de l’État et de ses démembrements, sans être exhaustif, les partenaires techniques et financiers qui nous appuient le plus sont l’Agence Nationale de Financement des Collectivités Territoriales (ANFICT), le programme Islamic Relief, le projet PJIP, le projet Enabel, l’ONG Swissaid, le PIDAC et le PHRASEA. Je peux citer, entre autres actions de ces partenaires, la réalisation de classes équipées, des latrines dans les écoles, l’électrification solaire de plusieurs villages et le financement de plusieurs projets de développement par l’ANFICT. Ensuite, l’appui d’Islamic Relief à travers la réalisation de plusieurs mini-adductions d’eau potable au profit de la population, le soutien au système éducatif par la construction de salles de classe, l’appui aux groupements féminins par la dotation de femmes en chèvres et cabris, ainsi que du cash aux enfants défavorisés. D’autres nous soutiennent dans la protection de l’environnement à travers la récupération des terres, l’hygiène, l’assainissement, l’appui aux organisations paysannes et aux groupements féminins.
Le ministre en charge de l’Intérieur a annoncé récemment plusieurs réformes, dont la mise en place de carnets infalsifiables, des mécanismes de contrôle rigoureux, ainsi que des cellules d’appui-conseil et de contrôle de légalité dans toutes les régions. Comment votre commune accueille-t-elle cette mesure ?
L’annonce faite tout récemment par le ministère en charge de l’Intérieur sur plusieurs réformes nous réconforte à plus d’un titre, car il y va de la crédibilité des administrateurs délégués que nous sommes. Ces mesures pourront amener tous les administrateurs délégués en particulier, et tous les fonctionnaires nigériens en général, à une prise de conscience collective et à s’accommoder à une bonne gestion des biens publics. Vous le savez, la confiance n’exclut pas le contrôle. Il est nécessaire d’avoir un regard attentif sur la gestion des fonds publics. Cela participe à la promotion de la bonne gouvernance et contribue à mieux répondre aux besoins de la population.
Propos recueillis par Abdoulaye Mamane (ONEP)



