
Le ministre du Pétrole et celui de l’Environnement, de l’Hydraulique et de l’Assainissement ont animé conjointement un point de presse hier mardi 20 octobre 2026 à Niamey. Cette sortie médiatique fait suite à une mission effectuée le 14 octobre sur le site de l’incident du puits pétrolier Goumeri W-8, bloc d’Agadem.
Pour rappel, le 25 septembre 2026, le puits Goumeri W-8 a connu une perte de confinement suivie d’une éruption de pétrole brut et de gaz. Cet incident majeur a entraîné d’importants déversements d’hydrocarbures et des projections sur les sols et la végétation environnante, suscitant de vives inquiétudes quant à la protection de l’environnement, des ressources en eau et des populations riveraines. Face à cette situation, les autorités ont tenu à rassurer l’opinion nationale sur les mesures prises pour maîtriser l’éruption et en limiter les conséquences.
Baisse de l’intensité de l’éruption
A la date de la visite de la mission ministérielle sur le site, l’éruption connaissait une diminution notable de son intensité selon le ministre du Pétrole. Mais, elle n’était pas totalement maîtrisée. La situation demeure donc sous surveillance et exige la poursuite des opérations techniques et des mesures de sécurité. L’éruption demeure contenue et de moindre intensité.

Aussi, les constats ont révélé que la plateforme du puits Goumeri Cluster-1 était entièrement détruite et que la tête du puits W-8 n’était plus visible à la surface. Ces observations ont justifié le maintien d’une vigilance particulière sur l’ensemble des installations concernées. Pour limiter les risques, le dispositif d’urgence reste opérationnel. Il comprend notamment le maintien du périmètre d’exclusion, la surveillance des gaz, la prévention des sources d’ignition et la collecte du pétrole brut au moyen de digues, de tranchées et de bassins de rétention avant son acheminement vers le Centre de traitement du pétrole brut de Goumeri. Une importante quantité de pétrole a été recupérée, selon les données QHSE de la CNPC. Les tentatives de maîtrise directe de l’éruption n’ont malheureusement pas permis d’arrêter le phénomène. En conséquence, la priorité opérationnelle a porté sur la réalisation du puits de secours directionnel Goumeri W-8R. Au 14 octobre 2026, la plateforme destinée à ce forage était achevée à 100 % et les équipements nécessaires étaient déjà sur le site. Selon le calendrier prévisionnel communiqué, les travaux de forage sont envisagés du 24 octobre au 26 décembre 2026.
Le ministre du pétrole a précisé que, malheureusement, les deux autres puits présents sur la même plateforme que le W8 ont cédé entre le 15 et le 16 Octobre. « Nous comptons dès à présent accélérer la préparation et la réalisation du puits d’interception, en assurant l’expertise nécessaire à l’opération. Nous allons veiller à établir un retour d’expérience technique documenté afin d’identifier les enseignements à tirer de cet incident et de renforcer les dispositifs de surveillance de l’intégrité des puits et de gestion des pressions. Le Gouvernement poursuivra le suivi technique de cette opération, en étroite collaboration avec nos partenaires algériens afin d’identifier les solutions les plus appropriées pour maîtriser l’incident », a déclaré le ministre du Pétrole.
Le gouvernement veillera à un suivi rigoureux des impacts environnementaux et sociaux ainsi qu’aux réparations nécessaires
Pour sa part, le ministre de l’Environnement, de l’Hydraulique et de l’Assainissement, le Colonel Abdoulaye Maizama, a déclaré que cet incident qui a entraîné des déversements de pétrole brut et des projections sur les sols et la végétation environnante, a suscité des préoccupations majeures en matière de protection de l’environnement, des ressources en eau et des populations riveraines.
Selon le Colonel Maizama, les observations ont permis d’identifier trois zones d’impact qui exigent des interventions et des actions. Ces interventions devront être conduites sous encadrement technique, en limitant les travaux aux espaces effectivement contaminés et en préservant autant que possible le couvert végétal des zones les moins affectées. « La gestion des sols contaminés constitue l’un des enjeux environnementaux majeurs de cet incident. Le recours envisagé à des fosses géoréférencées équipées d’une géomembrane de 2 mm d’épaisseur correspond à une mesure provisoire de confinement et non à une solution définitive de traitement. Un plan de mise en œuvre doit être élaboré et soumis à l’équipe technique pour validation. Il est donc impératif de définir, dans les meilleurs délais, une solution techniquement appropriée et durable pour le traitement de ces sols souillés », a-t-il déclaré.

Le Colonel Maizama a indiqué que la protection des ressources en eau constitue également une priorité. Compte tenu du risque potentiel de pollution des aquifères, le ministre en charge de l’Environnement a précisé que des prélèvements ont été effectués sur quatre points d’eau. Le forage utilisé pour les travaux de la plateforme du puits, le forage du Rig de sauvetage situé à environ 320 mètres du puits W-8, le forage du village de Dougoulé et un forage situé dans la direction nord-ouest du gradient hydraulique. « Les échantillons prélevés doivent être analysés par un laboratoire national ou international agréé. Les résultats permettront d’apprécier la qualité des eaux et d’orienter les dispositions à prendre par les services compétents. A ce stade, les résultats analytiques ne permettent pas de conclure à une contamination effective des eaux souterraines. Au-delà des mesures immédiates, le Gouvernement entend assurer un suivi environnemental et social rigoureux de l’incident. Ce suivi portera sur la cartographie complète des zones affectées, la surveillance de la qualité des eaux, la gestion des sols souillés, la restauration écologique des espaces dégradés et l’évaluation des préjudices environnementaux, sanitaires, sociaux et économiques », a déclaré Colonel Maizama Abdoulaye.
Face à cet incident, des mesures compensatoires sont également préconisées dont l’ensemencement des zones impactées avec des espèces adaptées aux conditions écologiques locales et un appui en aliments pour bétail.
Ainsi les ministres ont rappelé que, conformément au cadre juridique nigérien, notamment la loi n° 98-56 du 29 décembre 1998 portant loi-cadre relative à la gestion de l’environnement, la loi n° 2018-28 du 14 mai 2018 déterminant les principes fondamentaux de l’évaluation environnementale au Niger et le Cahier des Charges Environnementales et Sociales applicable, le promoteur est responsable de la prise en charge des dommages générés par ses activités et des mesures correctives qui en découlent. A ce titre, la sécurisation du site, la dépollution des sols, le suivi de la qualité des eaux, la restauration des milieux affectés et la réparation des préjudices subis par les populations devront faire l’objet d’un suivi rigoureux par les services compétents, dans le respect des obligations applicables.
Les ministres ont annoncé que le Gouvernement veillera à ce que les mesures provisoires ne se substituent en aucun cas aux solutions durables requises. Un bilan économique et environnemental complet devra être établi afin de documenter l’ampleur exacte des dommages et de définir les mesures de réparation nécessaires.
Abdoul-Aziz Ibrahim (ONEP)



