Réflexions : Les COP, ces grand-messes de promesses lunaires pour la Terre !

Edito
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L’actualité automnale aura été dominée, ces derniers jours, par la tenue de la COP 26, à Glasgow, en Ecosse. La COP, pour faire simple, c’est l’anglicisme de ‘’Conférence Of Parties’’, issue de la convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUU). Comme vous l’aurez déjà compris, la COP est un traité international adopté lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992. C’était la première fois, dans l’histoire, qu’un traité international reconnaissait l’existence d’un changement climatique d’origine anthropique (humaine) et donnait aux pays industrialisés le primat de la responsabilité pour lutter contre ce phénomène. Ce traité a été ratifié par 197 parties (196 Etats et l’Union Européenne).

La convention-cadre a instauré les Conférences de Parties, qui se réunissent chaque année, lors d’un sommet mondial où sont adoptées, par consensus, les décisions pour lutter contre le dérèglement climatique. La première COP s’est tenue à Berlin, en Allemagne, en 1995. Ce traité avait pour objectif la réduction d’au moins 5% des émissions de gaz à effet de serre de 55 pays industrialisés entre 2008 et 2012, par rapport au niveau de 1990.

Les COP rassemblent, environ, trente mille participants, répartis entre les délégations des 197 Etats, la Société civile (les grandes entreprises, les ONG, les scientifiques, les collectivités territoriales, les populations autochtones, les syndicats) et les médias du monde entier. Et depuis 1992, les COP s’enchaînent, année après année, et la capitale écossaise en abrite, aujourd’hui, la vingt-sixième édition.

Cependant, en dépit de l’urgence imminente de la question environnementale, force est de constater, que près de 28 ans après le Sommet de Rio, les avancées enregistrées dans ce domaine demeurent nettement en deçà des grandes attentes de tous les amoureux de la cause écologique dans le monde. Les causes profondes de cette situation résident principalement dans un concert des nations où le langage des sourds semble dominer les débats, quant à la part de responsabilité de chacun dans ce désastre écologique, et surtout quant à la façon de gagner ce combat, entre d’une part, les grandes puissances industrielles traditionnelles (Europe, Amérique, Japon), et d’autre part,  celles dites émergentes que représentent les fameux ‘’BRICS’’ (Brésil, Inde, Chine, Russie, Afrique du Sud), auxquels on peut ajouter la Corée du Sud, l’Australie et la Turquie.

Dans la réflexion du jour, nous tenterons de montrer pourquoi ces COP n’arrivent pas à aboutir sur des progrès notables, au regard des grandes ambitions écologiques affichées par les uns et les autres dans le monde. Ensuite, nous esquisserons quelles pistes de réflexion pour nos pays en voie de développement dans cette phase de transition énergétique, notamment en ce qui concerne les énergies renouvelables, et particulièrement le cas du solaire pour un pays comme le Niger situé en plein cœur de la ceinture solaire du continent africain.

Un éveil planétaire du danger face à d’intérêts étatiques divergents

Ce serait une grosse erreur de croire que la problématique environnementale est une émanation de la modernité actuelle, car bien longtemps dans l’histoire de l’humanité, cette préoccupation majeure a toujours été présente dans la vie des sociétés humaines. D’Epicure en passant par les hédonistes et autres sages antiques et médiévaux pour aboutir à la doctrine végétarienne actuelle, la beauté naturelle est en permanence exaltée et sa préservation devient, alors, une nécessité absolue. Mais, c’est l’époque contemporaine, celle de la révolution industrielle avec tout son cortège de conséquences humaines et environnementales, qui va ériger un statut universel à la problématique environnementale, après le désastre causé à la couche d’ozone par les émissions de gaz à effet de serre qui s’échappent des usines industrielles fonctionnant au charbon ou au pétrole.

Déjà, en 1992, trente ans plus tôt, ce n’était pas Greta Thunberg, la figure emblématique actuelle de la cause écologique dans le monde, mais la canadienne Cullis Suzuki, qui était invitée à la tribune du Sommet de Rio, pour alerter les décideurs de la planète sur les menaces contre l’environnement et l’impératif catégorique d’engager une lutte sans merci pour mettre notre planète à l’abri de ces périls. Mais, l’originalité de la jeune suédoise de seize ans réside sans doute dans le fait d’avoir lancé un mouvement international de grèves scolaires en faveur du climat, et qui a d’ailleurs tancé les dirigeants du monde, à la tribune des Nations Unies, sur leur inertie dans la recherche de solutions durables au problème du réchauffement climatique de la Terre. Alors, entre ces deux jeunes porte-étendards de la lutte pour la préservation de l’environnement, il s’est écoulé environ trente années, au cours desquelles 24 COP ont été organisées et plusieurs protocoles additionnels adoptés, dont celui de Kyoto, au Japon, en 1997, qui marque une étape importante dans ce combat, car c’est véritablement le premier traité juridiquement contraignant en la matière !

Cependant, jusque-là, la réalité et le discours alarmant de ces deux adolescentes n’ont guère changé. La cause principale de cette situation résiderait d’abord dans la divergence des intérêts étatiques en présence, entres puissances industrielles traditionnelles (Europe, Amérique et Japon) et celles appelées émergentes (Chine, Inde, Brésil, Australie, Turquie, Afrique du Sud, Corée du Sud). En effet, comme vous le savez, c’est l’Europe qui est la pionnière dans le monde du combat en faveur du climat, pour prendre le virage des énergies dites propres ou renouvelables que sont le solaire, l’éolienne ou encore les énergies végétales, afin de limiter au maximum les émissions de carbone dues à l’utilisation des énergies fossiles (charbon, pétrole). Mais de l’autre côté, se trouvent ces puissances industrielles émergentes qui estimeraient que leur part de responsabilité dans la pollution atmosphérique actuelle serait minime par rapport à celles émises par les pays industrialisés anciens, et que par conséquent, la réduction de ces émissions nocives ne saurait les concerner dans les mêmes proportions que ceux-là. Faut-il le préciser, ces émissions de gaz à effet de serre sont toutes ces particules du carbone de dioxyde qui se sont accumulées pendant des siècles dans l’atmosphère, et qui, progressivement, ont détruit la couche d’ozone qui nous protège des effets des rayons ultra-violets du Soleil.

La disparition de cette couche impacte considérablement sur le climat de la Terre qui se réchauffe avec la hausse des températures sur tous les continents, et tout son lot de perturbations météorologiques que l’on observe aujourd’hui. Ces puissances industrielles émergentes, à cause de leurs tardives émissions polluantes, qui ne remonteraient pas très loin dans le temps, considéreraient qu’elles seraient moins responsables du réchauffement climatique que les puissances industrielles classiques qui auraient eu le privilège de l’antériorité temporelle nécessaire à la formation de ces particules toxiques dans l’atmosphère. Or, ces puissances industrielles émergentes disposent d’usines fonctionnant souvent au charbon pour sa compétitivité, et qui emploient une importante main d’œuvre. Par conséquent, se débarrasser de ces usines qui utilisent des énergies fossiles dans ces pays émergents constituerait un coup dur pour ces derniers en termes de coûts sociaux, car ce serait mettre des millions de travailleurs au chômage par la fermeture de ces usines.

Voilà d’une part, les raisons objectives qui expliquent pourquoi les grandes puissances industrielles n’arrivent pas à se mettre sur la même longueur d’onde en matière de lutte contre le réchauffement climatique car les enjeux étatiques sont loin d’être communs entre puissance ayant compris l’exigence du combat environnemental et ces pays encore largement tributaires de ces énergies fossiles. D’autre part, pour nous autres pays en voie de développement, qui sommes plutôt les victimes de ces désastres écologiques, le problème se pose plutôt en termes de désertification, de déforestation, de dégradation des terres, d’ensablement des cours d’eau et d’inondations récurrentes.

Comme l’a si bien dit le Président Bazoum à la tribune de Glasgow, ‘’ l’aggravation de ces changements climatiques est particulièrement préoccupante pour un pays comme le mien, le Niger, situé au cœur du Sahel et menacé par une désertification implacable qui n’a cessé de provoquer l’ensevelissement par le sable des espaces agricoles et pastoraux. Ainsi, les populations pastorales se voient contraintes de se déplacer toujours vers le Sud et de disputer aux communautés du cru des ressources naturelles vouées par ailleurs depuis longtemps à un processus d’amenuisement inexorable, victimes en cela de sécheresses récurrentes et paradoxalement d’épisodes d’inondations particulièrement destructeurs ces dernières années’’.

Mais, pour revenir aux enjeux de ces grand-messes que sont les COP, il nous parait juste de souligner l’avarice de ces grands pollueurs de la planète qui sont même incapables de s’acquitter de leurs engagements financiers en faveur du fond mondial pour les pays en transition énergétique. En effet, comme vous le savez, au sommet de Rio, il était prévu que les pays industrialisés s’engageraient à hauteur de 100 milliards de dollars US en faveur des pays victimes de ces pollutions industrielles. Mais au bout du compte, non seulement cet engagement n’a pas été tenu, mais, de façon plus subliminale, ce fond, pour certains analystes futés, servirait plutôt à ‘’acheter’’ le renoncement des pays pauvres à l’industrialisation.

Voilà d’ailleurs pourquoi les puissances industrielles émergentes ont toujours boudé ces COP de gala, estimant qu’il s’agissait plutôt d’une affaire entre classes de riches pays qui veulent préserver leur hégémonie sur le reste du monde. En réalité, le problème parait simple, si un jour les pays du Sud, en plus de détenir le monopole des ressources minières et énergétiques, parvenaient à leur industrialisation, que resterait-il alors aux pays du Nord actuels ? D’après les confidences d’un ancien diplomate occidental, le réveil de la Chine de XI Jinping a été, à la fois, une désagréable surprise et un traumatisme profond pour l’Occident tout entier, car personne n’avait vu le dragon jaune surgir de nulle part et qui, aujourd’hui, menace de dévorer le capitalisme occidental ! Pour ce diplomate donc, l’Occident ne commettrait jamais cette deuxième erreur avec le continent africain, sous peine de signer son arrêt de mort !

Quelles solutions durables pour les pays en voie de développement ?

Pour des pays comme le nôtre, la transition énergétique ne saurait s’orienter mieux que vers l’apprivoisement de l’énergie solaire, dans la mesure où le soleil constitue une denrée première pour un pays comme le Niger situé en plein cœur de la ceinture solaire du continent. Il faut aussi dire que le Niger, grâce à l’œuvre scientifique d’un de ses fils illustres, le physicien Abdou Moumouni Dioffo, est un pionnier en matière d’expérimentation d’énergie solaire en Afrique subsaharienne. Un Institut national dénommé ONERSOL, dirigé par cet éminent Professeur, avait même vu le jour. Malheureusement, après la disparition prématurée de ce grand inventeur, le projet de l’énergie solaire au Niger fut relégué aux calendes grecques, et même les pouvoirs publics qui se sont succédés à la tête du pays ne se sont guère montrés enthousiastes à sa vulgarisation dans le pays. Cependant, une mention spéciale doit être faite à l’endroit du régime de la renaissance acte 1 et 2 du Président Issoufou Mahamadou qui avait placé la réhabilitation de l’énergie solaire dans son programme. Il faut aussi ajouter à cela les propositions claires et concrètes du Président Bazoum dans son programme politique pour la mise en place d’une usine de fabrication de panneaux et batteries solaires au Niger. Comme vous le voyez donc, on ne paye aucun kopeck pour cette insolation dont on devrait tirer le meilleur parti pour en faire une énergie propre. Pour cela, l’Occident pourrait être d’un grand secours en mettant à la disposition des pays du Sud et la technologie appropriée et les investissements nécessaires pour développer ce secteur de l’avenir pour un monde où il ferait bon vivre avec la nature. Toute autre vision de ces fora internationaux et autres calculs mesquins sur le climat ne seraient que de vaines chimères, d’illusions lunatiques et nous conduiraient, inéluctablement, vers un chaos planétaire certain. Assez de COP, plus d’actions concrètes ! 

Dossier réalisé par  Zakari Alzouma Coulibaly et  Ayouba Karimou(onep)