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«Shaara» ou la «dime entre cousins» au Niger : Une tradition de parenté à plaisanterie et de solidarité sociale en perte de vitesse

· ONEP NE
Le sociologue Abdou Mijinguini
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Pratique culturelle très ancienne, la parenté à plaisanterie constitue un puissant levier de cohésion sociale et de coexistence pacifique entre les communautés. Au Niger, « Shaara » appelée aussi « dime entre cousins », matérialise cette tradition de solidarité, de culture de la paix, de quiétude sociale et de renforcement des liens.

La ‘’Shaara’’ est une des formes de la parenté à plaisanterie. Elle est fondée, à priori sur le lien du sang, c’est-à-dire le cousinage génétique (dangui), mais s’est étendue aux cousinages à plaisanterie (entre les communautés) renforçant ainsi la cohésion sociale. Dans la famille, il s’agit précisément d’une requête sous forme d’amusement formulée par un cousin ou une cousine du côté maternel à un (e) cousin (e) du côté paternel. Les demandeurs sont des côtés maternels et les donneurs côtés paternels », explique M. Abdou Mijinguini, chercheur et auteur en langue Hausa.

Le don peut être un poulet, une pintade ou même de l’argent, rarement une chèvre, un mouton ou un autre animal. Ceci montre toute la dimension économique du don. « Cette pratique renforce la solidarité interfamiliale. La ‘’Shaara’’ est une pratique qui se déroule généralement dans la période du Maouloud », précise M. Abdou Mijinguini. Elle est une pratique qui a évolué comme les ‘’biki’’, les ‘’kwaryar salla’’ ou même les ‘’amini’’, les ‘’wargin diya’’, avec toute une dimension symbolique positive de l’approche participative dans la socialisation de la communauté.

Pour lui, la préservation de ces valeurs socioculturelles dépendra d’une certaine détermination en direction de l’éducation non formelle et de la formation professionnelle de base comme dans les CFM (centres de formation aux métiers) ou dans les dynamiques communautaires spécialement intégrées par des ONGs, notamment des mutuelles d’animation féminine avec en perspective une certaine renaissance de l’éducation familiale.

Du lien de sang à celui de la terre, la « shaara » renforce le cousinage à plaisanterie

« C’est le cousinage à plaisanterie qui a fait en sorte que celui qui reçoit (ba’aré) qui est à Niamey, s’est déplacé pour aller jusqu’à Tera pour récupérer la Shaara auprès de son patron (peul). En dehors du frais de transport qui s’élève à 8.000 FCFA, le ba’aré avait payé du pain sucré de trois mille (3.000) FCFA pour les enfants de son patron (peul). Arrivé à Téra, le ‘’sarki’’ qui est le peul a tendu un billet de cinq cents (500) FCFA au ba’aré. Dépensé une dizaine de billet pour aller juste prendre un billet de 500 FCFA, c’est le cousinage à plaisanterie qui atteint ce niveau. Et le pire, si c’est un million ou un seul franc qu’on donne à la personne c’est comme ça. La personne n’a pas à contester », raconte Mme Sa’a Adamou plus connue sous le nom de Samou may touwo ta Zabarkan.

Mme Sa’a Adamou

A l’époque, se souvient-t-elle, le donneur de la Shaara était impatient, fier de voir ses cousins à plaisanterie, « les pauvres s’accroupissent devant le patron (Sarki) qui bombe sa poitrine parce qu’il se sent ‘’roi’’ ». Dans certaines localités, des personnes s’organisent en groupe pour la circonstance. « Tout au long du mois, les cousins à plaisanterie passent de quartier en quartier pour récupérer la dime auprès de leurs ‘’patrons’’.  Le cadeau peut-être des volailles, de l’argent et même des chèvres, tout dépend de la bourse du donneur. Après le recouvrement, elles se réunissaient pour départager ce qu’elles avaient reçu comme cadeau. Ce qui est étonnant, d’antan, celui qui reçoit de la volaille comme ‘’Shaara’’ est le plus riche », souligne la quinquagénaire.

Cependant, déplore-t-elle, force est de constater que cette pratique n’a plus le même engouement comme avant. « Quand ton cousin à plaisanterie t’aperçoit, il va automatiquement serrer la mine. Pensant que la personne est venue pour repartir avec la fortune.  La personne ne veut pas qu’on l’approche, ce qui fait la différence avec les gens d’antan. La génération actuelle accorde peu d’importance à nos valeurs traditionnelles. Alors que c’est un signe de considération et de respect que les cousins devaient tisser entre eux », confie-t-elle avec regret.

Le cousinage à plaisanterie couvre tout le Niger et concerne les communautés car chaque groupe ethnique à son cousin à plaisanterie. « Les peuls donnent aux maouris, les adarawas, dawrawas et les béribéris donnent aux maouris, les goubawas, adarawas, les gobirawas donnent aux kourfays, tout comme les gobirawas donnent aux zarmas. Ce sont des liens conviviaux basés sur l’humour qui concourent à l’instauration d’une culture de la paix et de la concorde entre les communautés. Ce n’est pas une petite chose que ‘’Allah’’ nous a donné, mais malheureusement, beaucoup de personnes l’ignorent. La seule chose qui nous réconforte, c’est qu’il y a une période qui lui est dédiée », explique Samou may touwo. En effet, le gouvernement du Niger organise chaque année, depuis 2008, des manifestations culturelles dans le cadre de « la semaine de la parenté à plaisanterie ».

Mme Sa’a Adamou constate que le cousinage à plaisanterie prend une autre forme, notamment celui qui se fait entre les coépouses. « La deuxième femme se rend chez la première pour réclamer sa Shaara. Ce qui leur permet de vivre ensemble dans la paix et renforcer le vivre ensemble », ajoute-t-elle.

Farida. A. Ibrahim (ONEP)