Les chanteuses du groupe Wayiwane à la nuit culturelle du 3 octobre 2026 lors de la Cure Salée à Ingall
Balla Kader, connu sous le pseudonyme de Barmo, est le dernier fondateur encore en vie de la troupe dont il est aujourd’hui le leader. Wayiwane qui désigne bonjour en tamasheq, est un groupe formé dans les années 1985, principalement avec des élèves de l’école primaire Toudou d’Agadez. la troupe est connue du public nigérien après ses brillantes participations à certains événements nationaux, comme le Prix Dan Gourmou dont elle a remporté le premier prix de la catégorie ‘‘groupes musicaux’’, en 1988. Dans son registre de musique tradi-moderne qui mêle les percussions traditionnelles, guitare touareg et chansons, Wayiwane a rayonné aux couleurs des attributs culturels de l’Air, jusque dans d’autres pays d’Afrique, d’Europe et d’Asie.

Au départ, ce n’était qu’un groupe de chant traditionnel constitué d’élèves d’école primaire qui chantaient à l’occasion d’événements scolaires. Puis, « vint l’échéance de la compétition nationale du Prix Dan Gourmou de 1986. Et l’école Toudou m’a sollicité pour l’encadrement. Je jouais personnellement la guitare dans les chansons », se souvient Barmou, peu après le chant d’ouverture à la 59è édition de la Cure Salée d’Ingall, présenté par son groupe qu’il considère comme étant la 4è ’’génération’’ de chanteuses. Le groupe est constitué de 4 chanteuses, 2 batteurs, 1 assistant et 1 guitariste en la personne de Barmou. « Nous avons composé notre première chanson intitulée Wayiwane, titre à succès qui deviendra un peu plus tard le nom même de la troupe en prélude au Prix Dan Gourmou 1986 », indique Barmou.
Parmi ‘’les enfants de l’école Toudou’’ d’antan, figurait au premier rang Nana Malam Garba du groupe Sogha aujourd’hui. Elle avait, à l’époque, chanté en solo un autre titre à succès de la troupe Wayiwane intitulé ‘’Emiskini’’ qui lui a valu un prix d’encouragement. « Elle n’avait pas démérité pour la première place. C’est juste parce qu’elle n’était pas véritablement soliste, car je lui jouais la guitare », précise Balla Kader dit Barmou. En 1988, la troupe revient en force sur la scène nationale en décrochant le 1er prix dans la catégorie des groupes musicaux, avec un autre titre portant sur une légende du Ténéré.
Sous le poids de l’âge, à 66 ans, Barmou semble oublier certains détails précis de ses années de gloire. Mais il ne perd jamais de vue la ligne de conduite de Wayiwane : chanter pour valoriser l’histoire et les traditions de l’Aïr. « Nous ne pouvons être meilleurs que dans nos traditions, nos cultures. C’est ce que nous avons de mieux à faire connaître partout, les magnifier, les vulgariser. C’est cela qui a fait le succès de Wayiwane, même si nous nous ouvrons aussi aux réalités contemporaines en chantant sur des préoccupations de l’heure comme les questions de la paix, la cohésion sociale, la santé de la mère et de l’enfant, etc. », confie le vétéran de la troupe.
Sur scène, tel le cas à la l’ouverture de cette 59è édition de la Cure Salée, la Troupe Wayiwane sait se faire reconnaitre, hier comme aujourd’hui, à travers ses habits uniformes aux motifs de la croix d’Agadez, ses voix mélodieuses, ses rythmes enivrants de guitare et percussions accompagnés d’esquisses de pas de danse synchronisée de ses chanteuses. « Dès qu’on nous entend ou qu’on nous voit, à la radio, à la télé ou dans des spectacles, on comprend vite que c’est nous. Et, cette empreinte nous nous dévons de la préserver », affirme le dirigeant de la troupe Wayiwane.
« Notre premier album a été vulgarisé à l’international par le journaliste de la BBC, feu Siradji Madobi. Nous avons fait 7 albums à ce jour », notifie Barmou qui se dit perplexe quant à l’intérêt de moins en moins manifeste de la jeunesse à s’approprier et valoriser les traditions. « La relève ? Pas si sûre ! ils (les jeunes) n’accordent pas une grande importance à la culture, à la tradition. Nous avons fait de notre mieux, nous les attirons vers la marche. Nous essayons de prouver que la musique c’est un métier qui nourrit son homme lorsqu’il le considère sérieusement comme tel », estime l’artiste
« A travers le ministère de la Culture, nous bénéficions souvent du FONDAC ( Fonds National de Développement des Arts et de la Culture). Nous avons aussi quelques bonnes volontés qui nous sponsorisent. Nous proposons ensuite des projets culturels en partenariat avec des ONG. Cependant, nous n’avons pas une industrie formelle qui peut nous permettre de produire et vendre nos musiques. Nous vivons surtout des prestations lors des grands événements, avec les jets de billets sur scène », énumère Barmou qui confie être venu avec sa troupe à Ingall sur fonds propres, sans aucun contrat de prestation alors qu’il venait d’agrémenter la cérémonie d’ouverture officielle. « J’ai pris mon véhicule, j’ai mis mon carburant, j’ai pris les filles et on est venus. On m’a demandé de faire la chanson d’ouverture, on l’a faite. Les gens ont applaudi. C’est avant tout une fierté pour nous », dit avec fierté le responsable de la légendaire troupe Wayiwane.
Ismaël Chékaré (ONEP),
Envoyé spécial
