Editorial : Un passage de témoin historique

Edito
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Au lendemain de sa première prestation de serment, le 07 avril 2011, le Président Issoufou Mahamadou avait à cœur deux objectifs majeurs à atteindre pendant ce premier quinquennat : travailler, dans un premier temps, à asseoir la démocratie nigérienne sur d’institutions solides et durables, ensuite, poser les premiers jalons de sa grande entreprise de ce qu’il a appelé ‘’la détribalisation de la politique au Niger’’.

Tout au long de son engagement politique, le Président Issoufou Mahamadou, aura compris que le salut du Niger contemporain résidait uniquement dans la capacité du pays à s’imposer des règles de bonne gouvernance, à identifier les grands défis de l’heure et à proposer des pistes fécondes de réflexion afin de trouver les réponses idoines aux préoccupations fondamentales des citoyens nigériens. Mais, pour espérer parvenir à ce bonheur suprême que les grands sages grecs nommaient ataraxie (épicurisme, hédonisme), une nation, un pays doit d’abord exister, exister au sens sartrien du terme, c’est-à-dire s’incarner dans d’institutions viables et durables qui en fondent l’âme et la fortifient face aux épreuves de l’existence.

S’inscrivant sans doute dans la doctrine du président américain Barack Obama, qui soutenait que ‘’l’Afrique contemporaine a plus besoin d’institutions fortes et viables que d’hommes providentiels’’, le Président Issoufou Mahamadou aura compris que les hommes passent, mais que les institutions sont intemporelles. Pour témoigner de leur passage aux affaires, les grands hommes d’Etat s’illustrent souvent dans deux grands domaines : l’édification de grands ouvrages structurants pour leurs peuples et la matérialisation d’institutions politiques pérennes.

Et dans ces deux grandes directions, la contribution du Président Issoufou Mahamadou aura été énorme, tout simplement. En effet, en deux quinquennats, il aura réussi à concevoir un mirifique programme politique, dénommé ‘’Programme de la renaissance du Niger’’, décliné en plusieurs axes majeurs de politiques publiques sectorielles, et sous-tendu par une vision politique pragmatique et nécessairement volontariste pour un développement cohérent et harmonieux du pays. Ce programme était un véritable manifeste politique, social, économique, environnemental, voire diplomatique, qui n’épargnait aucun pan du développement humain. Ce programme lui-même procédait d’une démarche prospective, planificatrice, intitulée ‘’Programme de Développement Economique et Social (PDES) 2011-2021.

Rappelez-vous, en 2012, ce PDES avait fait l’objet d’une Table-ronde internationale au cours de laquelle le parterre de bailleurs de fonds avait été séduit par la pertinence de ce programme de développement et avait alors promis d’accompagner ledit programme pour environ deux mille milliards de francs CFA. En plus de ce PDES, il y avait l’Initiative 3 N (Les Nigériens Nourrissent les Nigériens) qui était un ambitieux projet, un projet révolutionnaire pour une agriculture performante au service des besoins des populations nigériennes. Ce projet vert avait également reçu l’approbation de la FAO, lors de son Assemblée Générale de 2012, à Rome. La mise en œuvre de ces différents programmes tout au long de ces deux quinquennats aura sans doute permis au Niger d’enregistrer des progrès majeurs sur le plan du développement humain et de l’autosuffisance alimentaire.

Pour le Président Issoufou Mahamadou, à travers le programme d’urgence, il n’était plus question que ‘’sécheresses riment avec famines au Niger’’ ; qu’il pleuve ou qu’il ne pleuve pas, le Niger saura trouver sa subsistance grâce à cette initiative qui consiste à mobiliser toutes les ressources naturelles disponibles et les moyens technologiques pour assurer aux populations nigériennes les moyens de leur subsistance. Pour preuve, depuis une décennie, le Niger n’a plus connu ces crises alimentaires cycliques qui semaient jadis la désolation dans nos campagnes et mettaient les populations sur les sentiers périlleux de l’immigration.

Sur le plan des infrastructures socioéconomiques, le nom du Président Issoufou Mahamadou sera associé à beaucoup de réalisations tangibles et concrètes. En effet, en dix ans de magistère, le Niger profond aura assisté à sa renaissance, à sa transformation profonde avec la modernisation des différents centres urbains du pays, par la construction d’infrastructures routières ultramodernes comme des échangeurs et les voiries urbaines, l’aménagement d’espaces récréatifs dans la capitale et en régions, d’infrastructures aéroportuaires de dernières générations comme le coquet Aéroport Diori Hamani. Comme on le voit, le Président Issoufou Mahamadou n’aura pas fait dans la dentelle, et une dissertation à vocation éditoriale ne saurait épuiser un tel bilan prodigieux.

Au plan institutionnel, le Président Issoufou Mahamadou restera, incontestablement, comme le premier Président démocratiquement élu qui passe le témoin à un nouveau Président démocratiquement élu, en plus de soixante d’indépendance ! Il avait pris cet engagement devant Dieu et devant les hommes, de respecter le nombre de mandats présidentiels autorisés par la Constitution, sa seule boussole politique. A cet effet, il se sera même fait le chantre du respect des mandats constitutionnels en Afrique en appelant ses pairs du continent à s’en tenir au respect strict de cette limitation constitutionnelle. Pour l’ensemble de son œuvre, il a reçu deux distinctions majeures : le prix du leadership politique de l’Institut de l’Amitié Amérique/Afrique, et cerise sur le gâteau, le prestigieux Prix Mo Ibrahim.

Mais avant de faire ses adieux à la politique, le Président Issoufou Mahamadou aura réussi un autre pari non moins important consistant à détribaliser la politique nigérienne. Tout au long de sa brillante carrière politique, il n’aura cessé de déplorer les regroupements politiques se fondant sur de considérations subjectivistes qui sont préjudiciables à l’unité nationale et à la cohésion sociale, et qui sont, de toute façon, voués à la disparition, face aux réalités tangibles. Dans le Niger rêvé par le Président Issoufou Mahamadou, l’ethnie, les origines sociales, ou encore la couleur de la peau et des yeux ne joueront aucun rôle majeur. La brillante élection de Mohamed Bazoum à la magistrature suprême du Niger en est, aujourd’hui, l’illustration la plus éloquente.

C’est donc en homme heureux et comblé que le Président Issoufou Mahamadou passe le témoin au nouvel élu Mohamed Bazoum, dans la pure tradition démocratique et républicaine. Quant au Président Issoufou Mahamadou auquel nous voudrions dire au revoir et rendre hommage à son action politique, il nous manquera très personnellement pour avoir accompagné le personnage tout au long de ses deux quinquennats et bien avant, dans la longue marche du grand opposant qu’il fut jusqu’à la consécration suprême en 2011. Nous remercions Allah Le Très-Haut de nous avoir rendu un des témoins privilégiés de cette grande présidence qu’il aura inaugurée en une décennie au Niger. Tout en formulant l’espoir que nos chemins se recroiseront à d’autres occasions, je puis vous assurer, Monsieur le Président Issoufou de ma reconnaissance pour toutes ces années de collaboration à votre grande œuvre.

Quant au nouveau Président Mohamed Bazoum, que nous avons l’insigne honneur de connaître comme un ami, nous lui disons ‘’Marhaba’’, ‘’Barka da zouwa’’, ‘’Koubeini’’, à la présidence du Niger tout en vous souhaitant plein succès dans vos nouvelles fonctions !

Par Zakari Alzouma Coulibaly