Entretien avec M. Garba Ousmane, fonctionnaire nigérien à Nouakchott, Secrétaire Général de l’Association des Nigériens en Mauritanie : «La communauté nigérienne est l’une des plus disciplinées et respectueuses en Mauritanie ; nous vivons en parfaite cohésion avec le peuple mauritanien»

Société
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Monsieur Garba, vous êtes fonctionnaire nigérien expatrié en Mauritanie. Depuis votre arrivée à Nouakchott vous consacrez votre temps libre à la communauté nigérienne en Mauritanie. Qu’est-ce qui a motivé cet activisme ?

Quand je suis venu en 2014, j’ai trouvé une communauté nigérienne dans laquelle, on peut dire, vivent deux sous-groupes. D’un côté les commerçants ultra- majoritaires et de l’autre les fonctionnaires qui étaient une dizaine. Au sein de cette communauté des fonctionnaires il y avait un certain M. Maï, un grand rassembleur qui travaille à l’UNICEF. Ce monsieur a consacré lui aussi une partie de son temps au profit de cette communauté dans sa globalité. Après une année il a quitté. Il n’y avait aucun problème de cohabitation entre les deux sous-groupes. Mais ils ne se fréquentaient pas régulièrement. Donc pendant son séjour, M. Maï a fait de son mieux pour créer les conditions de retrouvailles et de rapprochement des nigériens en Mauritanie en général et à Nouakchott en particulier.

Ainsi, après son départ, j’ai pris le relais. En réalité j’ai été touché, personnellement, ce qui m’a poussé à m’impliquer dans la consolidation et la promotion des acquis laissés par monsieur Maï. C’est ainsi que je me suis engagé aux côtés de la communauté des commerçants pour les rapprocher des fonctionnaires et vice versa. Donc avec l’appui des autres commerçants et fonctionnaires nous nous sommes battus pour établir un lien entre les deux. En réalité les commerçants ont appris les problèmes que certaines communautés rencontrent notamment, entre les deux sous-groupes. Donc c’est cette situation qui a inquiété les commerçants nigériens de s’éloigner des fonctionnaires. Nous nous sommes investis pour créer la confiance entre les commerçants et les fonctionnaires. Donc nous avons travaillé pour montrer à tous la nécessité de rester ensemble parce qu’à l’extérieur nous sommes une famille. Dans cette démarche nous avions bénéficié du concours du Consul honoraire.

Aujourd’hui comment se porte cette communauté ? Est-ce qu’il y’a une Association formelle qui vous réunit?

Par rapport à l’Association, les expatriés n’ont pas une organisation formelle à Nouakchott. Par contre il y’a un bureau de l’association des Nigériens qui résident à Mauritanie. Je suis le seul fonctionnaire expatrié qui siège dans ce bureau en tant que Secrétaire Général. Ma principale mission consiste à renforcer le rapprochement entre les deux sous-groupes. Aujourd’hui, ça se passe vraiment très bien. On n’a jamais eu de problèmes entre Nigériens. Certes il ne manque pas des petites incompréhensions qui se règlent facilement entre nous. Donc par la grâce d’Allah tous se passe bien.

Monsieur Garba est-ce que vous avez une estimation du nombre des Nigériens résidant en Mauritanie ou à Nouakchott ?

En 2017 dans la perspective de la participation aux élections qui se dessinaient pour 2020-2021, on avait estimé les Nigériens résident en Mauritanie à peu près 2700 personnes réparties dans toutes les régions du pays.

Quels sont les principales activités exercées par les Nigériens en Mauritanie ?

Les Activités dépendent des localités de résidence des personnes. Les principales activités dont personnellement je suis au courant sont de toutes sortes. A Nouakchott par exemple, la capitale politique, il y’a toute sorte d’activités. Particulièrement on trouve beaucoup de frères dans la boucherie, dans laquelle les Nigériens excellent. C’est vraiment très apprécié ici à Nouakchott. Beaucoup de Nigériens ont réussi à s’installer dans plusieurs quartiers. Partout où vous entendez parler de méchoui haousa, les gens apprécient non seulement la qualité de la viande mais aussi l’hygiène.

L’hygiène et la propreté sont l’un des aspects que les Mauritaniens apprécient chez les Nigériens dans leur lieu du commerce. Donc c’est la première activité que je peux dire. L’autre activité, c’est la vente des bijoux et articles précieux, mais aussi les herbes les plantes médicinales. Il y’a aussi ceux qui font du commerce général sans oublier les vendeurs des pièces détachées. D’autre part, il y’a des zones fréquentées par les Nigériens dans leurs aventures pour chercher de l’or. A l’intérieur du pays, il y a ceux qui vendent des habits et généralement les Nigériens s’accommodent à l’activité principale de leur région hôte.

Alors comment se passe la cohabitation avec la population du pays hôte ?

Les Mauritaniens et la communauté nigérienne cohabitent dans l’harmonie totale. Tout se passe à 99℅ dans de très bonnes conditions. Avant tout le Niger est un pays ultra musulman et la Mauritanie est une République Islamique. Cela facilite beaucoup la cohabitation. Aujourd’hui je peux vous l’affirmer, à notre connaissance il n’y a aucun Nigérien en prison ou en garde à vue en terre mauritanienne. Vous pouvez faire le tour des différents commissariats ou des différentes prisons de ce pays vous ne trouverez aucun Nigérien. Ça c’est un point que même les autorités mauritaniennes apprécient et le disent à nos autorités à chaque fois qu’elles sont en mission en Mauritanie ou au Niger. Les quelques fois qu’on apprend qu’un Nigérien est au commissariat, je peux aussi vous le dire, c’est un problème d’incompréhension et ça finit toujours par se régler. Même par mal chance si un Nigérien se trouve dans les mains d’une autorité, rassurez-vous que ce n’est pas lié à un délit. La communauté Nigérienne est l’une des plus disciplinées et respectueuses en Mauritanie. Nous vivons en parfaite cohésion avec le peuple mauritanien qui est un peuple frère.

Avez-vous des difficultés particulières que vous souhaitez faire connaitre ?

Les problèmes que les Nigériens rencontrent généralement sont liés aux papiers, notamment la carte de séjour. C’est pourquoi, nous plaidons pour la création d’une ambassade ici ou d’un consulat de plein pouvoir. C’est cette fameuse carte de séjour qui pose beaucoup plus de problème.

Je vais ouvrir une parenthèse parce que de nos jours tous nos pays sont des pays de passage pour la migration. Connaissant les risques liés à la traversée de l’océan de manière illégale, l’association des Nigériens qui résident en Mauritanie a depuis 2016 et ce malgré ses moyens limités (cotisations entre nous), mené une sensibilisation de proximité et a réussi à dissuader des candidats à la traversée de l’océan. On a réussi à les retenir, à les installer et à les intégrer. Aujourd’hui beaucoup d’entre eux ont trouvé un métier. L’Association a loué un appartement avec trois chambres pour que tous les nouveaux venus puissent être hébergés pendant deux à quatre semaines. Nous profitons de ce moment pour les sensibiliser et les assister aussi à intégrer leurs frères Nigériens.

Dans d’autres pays des Nigériens s’adonnent par exemple à la mendicité ; est-ce qu’en Mauritanie on trouve des nigériens dans ce genre d’activité ?

Certes dans toute population, il ne manque pas de personnes nécessiteuses ou vulnérables du fait de plusieurs conditions. Mais je peux dire Alhamdoulillah pour le cas de la Mauritanie. Ici à Nouakchott où on trouve le plus grand nombre de Nigériens, il n’y a aucun mendiant nigérien. Malgré la situation de vulnérabilité et de précarité pour d’autres, les gens s’organisent à l’interne pour s’entraider autant qu’ils le peuvent. Mieux, à cause de la Covid19, nous expatriés avec quelques commerçants avons l’habitude à chaque veille de ramadan de faire des cotisations pour cibler les Nigériens les plus vulnérables à qui nous apportons des aides.

Avez-vous un message particulier ou un appel ?

Je vais commencer par le niveau inférieur pour nous qui sommes ici. C’est un appel à l’union des forces et à la solidarité. Nous qui sommes déjà là, il faut qu’on sache que nous sommes dans un pays étranger et nul n’est censé ignorer la loi. On doit tous œuvrer au respect la loi du pays hôte. A l’endroit des expatriés, c’est de continuer à comprendre davantage nos frères qui sont généralement illettrés pour les aider à respecter la loi du pays d’accueil. A l’endroit de l’État c’est de trouver les moyens pour simplifier la tâche aux Nigériens par rapport à l’obtention de la carte de séjour. Ça sera un grand soulagement pour la population nigérienne résidant en Mauritanie. Et je ne finirai pas sans souhaiter vraiment la paix pour tous les pays en difficultés particulièrement le Niger.

Propos recueillis par Ali Maman(onep), envoyé spécial