Intretien avec Mme Isabelle Defourny, Directrice des opérations de Médecins Sans Frontières (MSF) : «Des progrès très importants ont été réalisés dans la prise en charge de la malnutrition aiguë»

Société
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En visite de travail au Niger, dans le cadre de la supervision des actions de son institution, Mme Isabelle Defourny a accepté d’accorder un entretien à une de nos équipes de reporters. Dans cet échange, il a été question du partenariat entre MSF et notre pays, des impacts des crises sécuritaires et sanitaires sur les actions de MSF et les perspectives pour améliorer la résilience des populations.  La Directrice des opérations Médecins Sans frontière a saisi cette opportunité pour  remercier les autorités nigériennes pour toutes les facilités qu’elles apportent aux équipes de MSF sur le terrain.

Mme la directrice, pouvez-vous nous situer l’objet de votre visite au Niger ?

Les équipes MSF ont signalé une augmentation importante des cas de malnutrition dans le sud de la région de Maradi. Il s’agit d’enfants du Niger mais aussi du Nigéria frontalier. En conséquence, nous avons décidé d’ouvrir de nouveaux projets au Nigéria mais aussi de renforcer notre appui dans la région de Maradi. Je suis donc venue pour rencontrer les autorités nigériennes et les acteurs travaillant dans le domaine de la malnutrition afin d’établir de quelle façon MSF peut aider au mieux à prendre en charge le pic de malnutrition et de paludisme cette année ; mais aussi réfléchir au projet de MSF au Niger pour les années futures.

Des progrès très importants ont été réalisés dans la prise en charge de la malnutrition aiguë. Le nombre d’enfants traités est impressionnant, plusieurs centaines de milliers chaque année. La mortalité des enfants de moins de 5 ans recule. Il me semble cependant que la prise en charge hospitalière doit être renforcée et qu’il faut s’atteler à atténuer l’ampleur du pic annuel de malnutrition. Il est quasiment impossible pour un système de santé de faire face chaque année à de tels nombres d’enfants. La question de la prévention de la malnutrition est cruciale. Je n’oublie pas les régions du Niger soumises à l’insécurité comme la région de Tillabéri et de Diffa où d’autres équipes de MSF déploient également des activités médicales. Nous discuterons également, si dans ces zones, un renfort est nécessaire.

MSF intervient au Niger depuis de longues dates et ses actions couvrent les volets médicaux et humanitaires. Quelle appréciation faites-vous de vos relations et/ou partenariat avec le Niger ?

Nous travaillons au Niger sur la question de la malnutrition depuis 2001. Au début, en mettant en place un projet pilote de prise en charge de la malnutrition aiguë sévère en ambulatoire avec des aliments prêts à l’emploi et ensuite sur la mise à l’échelle de cette prise en charge avec les autorités. Actuellement, les relations de travail entre MSF et les autorités nigériennes sont très positives, autant que la prise en charge de la malnutrition que sur la réponse aux urgences, particulièrement aux épidémies. A Madarounfa, le projet est géré en collaboration étroite entre le médecin chef de district et le responsable MSF.

Ces dernières années, le Sahel en général et le Niger en particulier font face à des crises, notamment sanitaire et sécuritaire. Quelles sont les impacts de ces crises sur vos interventions au Niger ?

Beaucoup de populations de la région sont gravement impactées par les conflits, certaines perdent la vie ou sont blessées, d’autres doivent quitter leur domicile ou ne peuvent cultiver, n’ont plus accès aux soins de santé. Il est aussi probable que l’insécurité participe à l’augmentation du prix des denrées alimentaires, rendant de plus en plus compliquée la possibilité d’une alimentation complète pour toute la famille. MSF a des équipes déployées au Mali, au Burkina Faso, au Nigéria et au Niger. Nous soutenons des hôpitaux, des centres de santé et nous avons des cliniques mobiles. Nous prenons en charge des populations déplacées et nous participons à la réponse aux épidémies.

Au Mali, au Burkina Faso et dans le Borno au Nigéria, où les conflits sont très actifs, nous avons de grandes difficultés voire parfois une impossibilité d’atteindre certaines populations. Au Niger, ce n’est pas le cas, nous parvenons à travailler dans toutes les régions, même si, en 2019, nous avons été contraints de fermer un projet à Mainé Soroa suite à une attaque de notre bureau au cours de laquelle un de nos staffs a été blessé.

Quelles sont les dispositions prises pour sécuriser vos agents et en même temps répondre aux besoins des populations ?

Comme tout le monde, nous avons été très marqués par l’assassinat des équipes d’Acted. Nous sommes très vigilants sur la sécurité de nos équipes. Nous avons la chance de compter parmi nos équipes des cadres nigériens et de la région très expérimentés, qui suivent de près l’évolution du contexte mais aussi l’utilité de nos activités, la réalité du service rendu aux populations.

Par rapport à ce besoin des populations, quels sont les défis pour votre organisation et les perspectives pour améliorer la résilience des populations ?

Comme mentionné au début de l’interview, je pense primordial d’adresser la question de la prévention de la malnutrition des jeunes enfants.

Avez-vous un appel ou des attentes dans ce sens ?

Prévenir la malnutrition est une question compliquée qui relève de plusieurs secteurs, mais, dans le champ de la santé et de la nutrition, nous pouvons encore progresser. Pour avoir une croissance normale, les jeunes enfants ont besoin d’une alimentation riche en protéines de lait, en acides gras essentiels et en vitamines et minéraux. Certaines familles peinent à fournir cette alimentation à leurs enfants, particulièrement en période de soudure. Hors, des compléments nutritionnels très efficaces existent. Il faudrait réfléchir à rendre disponibles les aliments – ou les compléments alimentaires – nécessaires à la bonne croissance des enfants en période de soudure. Les maladies banales des jeunes enfants doivent aussi être prévenues et traitées rapidement. Les couvertures vaccinales se sont nettement améliorées mais le paludisme reste très présent malgré les campagnes de CPS (prophylaxie médicamenteuse). Un nouveau vaccin contre le paludisme est en cours de développement  et nous espérons qu’il donnera de bons résultats.

Réalisé par Ali Maman(onep)