Lutte anti-tabac au Niger : «Le tabac est le seul produit légal en vente au monde qui tue un sur deux de ses consommateurs», relève M. Saouna Idi Inoussa, président de l’association SOS Tabagisme-Niger

Société
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L’association SOS Tabagisme-Niger est la première organisation de lutte contre le tabac au Niger. Elle a été créée en 1999 et ses activités ont réellement commencé au début des années 2000. Depuis plus de 20 ans, cette association lutte en faveur des mesures permettant de protéger les populations contre les effets néfastes de la consommation du Tabac. Selon le président de cette association, M. Saouna Idi Inoussa, ce cadre s’est fixé comme objectif principal le plaidoyer pour qu’il y ait des lois, des règlements qui vont créer les conditions de la restriction de la consommation du tabac, comme  l’interdiction de fumer dans les lieux publics, les avertissements sanitaires et toutes autres politiques permettant de freiner la propagation du tabagisme dans la population  notamment au niveau des jeunes.

Pour le président de l’association SOS Tabagisme-Niger, M. Saouna Idi Inoussa, la question du tabagisme a été mal perçue au début. «Les gens nous prenaient comme des fous car ce n’est pas une question inscrite sur l’agenda social. Les dirigeants politiques, les média et la population de manière générale ne croyaient pas qu’on peut lutter contre le tabac car c’est un produit qui bénéficiait d’une acception sociale», a-t-il soutenu.

«Notre premier combat était de poser le problème pour que les gens sachent que la question du tabac est un problème social et les seuls à la prendre en charge ce sont les autorités publiques et administratives», a-t-il rappelé. Selon M. Saouna Idi Inoussa, il faut faire accepter aux autorités que c’est dans leurs intérêts de prendre des mesures pour lutter contre le tabac». Il s’est réjoui que SOS ait pu réussir ce pari et cette association a milité fortement pour que le Niger ratifie dès 2003 la Convention Internationale contre le Tabac. C’est ainsi que dès 2006 le Niger s’est doté d’une loi anti-tabac. Toutefois, il fait constater jusque-là, la non-application de cette loi. «Mais nous nous sommes battus en cassant cette acceptation dont jouissait la consommation du tabac. Nous avons pu la dé-normaliser. Aujourd’hui, bien que l’Etat ne s’implique pas comme il se doit, la consommation des cigarettes est complètement dé-normalisée dans notre société», a-t-il indiqué.

A propos de la date du 31 Mai comme Journée mondiale de lutte contre le tabac, le président de SOS Tabagisme a déploré le fait que cette année la journée a coïncidé avec le contexte du COVID-19 ayant bloqué presque toutes les activités. «C’est ce qui a fait en sorte que nous n’avons pu faire une activité de rassemblement, mais nous projetons des activités pour sensibiliser la population sur le thème retenu de cette année surtout que c’est un thème qui concerne la jeunesse», a-t-il annoncé. Les jeunes sont victimes de toutes formes de manipulation pour les amener à fumer, déplore M. Saouna Idi Inoussa. «L’OMS a demandé aux gouvernants, aux média et autres leaders d’intensifier les actions en faveur de la lutte contre le tabagisme pour que les jeunes ne touchent pas la cigarette et pour que ceux qui l’ont touchée la rejette», souligne-t-il, ajoutant que cette démarche a pour but de dénouer les manipulations des industries de tabac qui enrôlent les jeunes dans la consommation de ce produit.

 

Un terrain plein d’embuches

 

Selon le président de SOS Tabagisme, M. Saouna Idi Inoussa, la lutte contre le tabac est un combat complexe. Chaque secteur doit prendre un volet. «Au niveau du SOS Tabagisme, nous nous sommes spécialisés dans le plaidoyer, afin de créer les conditions pour que les acteurs prennent les mesures en vue de régler le problème. Notre action, c’est de sensibiliser la population ainsi que les autorités pour que ces dernières fassent en sorte que les mesures prises soient appliquées, pour aboutir à une réduction drastique de la consommation du tabac dans notre pays. De son côté, le Ministère de la Santé se charge de la prise en charge et d’autres stratégies de soutien», explique-t-il.

Relativement à l’application des dispositions anti-tabac, le président de SOS Tabagisme Niger a rappelé que depuis 2008 le décret portant application de la loi anti-tabac au Niger a proscrit de fumer dans les lieux publics (fermés ou clôturés), le lieu de travail, de prière ou dans les hôpitaux. «Notre pays est très ouvert dans l’adoption des nouvelles lois, mais très peu regardant dans leur application», fait-il remarquer. Il estime que la loi dans ses dispositions actuelles est totalement désuète parce que vieille de 16 ans. «Nous sommes en train de mener un plaidoyer pour qu’elle soit révisée afin qu’elle soit plus conforme en tenant compte des nouvelles dispositions et surtout pour qu’il y ait intégration des nouveaux produits comme la chicha qui n’est pas prise en compte. C’est un produit très dangereux. D’ailleurs plus nocif que la cigarette»,  dit-il.

Insistant sur ce blocage, M. Saouna Idi Inoussa pense que cela dépend surtout de la volonté politique. «La loi actuelle renferme des dispositions qui la handicape, d’où notre plaidoyer pour qu’elle soit révisée. Cette loi est intervenue en 2006 au lendemain de l’adoption de la convention cadre. Plus tard, il y a eu des rencontres, des conférences des parties qui ont adopté des directives qui précisent comment l’appliquer. Or notre loi est un peu brute. En fait, elle ne tient pas compte de ces nouvelles directives qui sont intervenues après son adoption. C’est pour cela qu’il faudrait la rendre conforme à ces directives» ajoute-t-il. Malheureusement, «nous constatons de la résistance, mais nous continuerons le plaidoyer. Nous sommes convaincus que ces résistants finiront par céder», espère le président de SOS Tabagisme.

«La fumée (du tabac) est dangereuse pour ses consommateurs, leur famille et pour la société. C’est  le seul produit légal en vente au monde qui tue un sur deux de ses consommateurs. Elle n’a rien de positif, c’est totalement létal. Il ne faut pas commencer et pour ceux qui ont commencé, il ne faut pas continuer, il faut la rejeter, il ne faut pas se laisser mystifier par les sirènes de la manipulation de l’industrie du tabac»,  prévient M. Saouna Idi Inoussa.

 

  Mamane Abdoulaye(onep)